1 000e greffe hépatique

Le 25 août 2006, le Professeur Karim Boudjema et son équipe de transplantation ont réalisé la 1 000e greffe hépatique. Ce chiffre symbolique sera l'occasion pour le CHU de Rennes de célébrer «Trente ans de transplantation hépatique à Pontchaillou ». L'évènement aura lieu le 7 octobre prochain en présence de Madame Camby, directrice générale de l'Agence de biomédecine, et de Monsieur le Préfet.

Le 25 août 2006, le Professeur Karim Boudjema et son équipe de transplantation ont réalisé la 1 000e greffe hépatique. Ce chiffre symbolique sera l’occasion pour le CHU de Rennes de célébrer «Trente ans de transplantation hépatique à Pontchaillou ». L’évènement aura lieu le 7 octobre prochain en présence de Madame Camby, directrice générale de l’Agence de biomédecine, et de Monsieur le Préfet.

Trente ans… ou presque. Parce qu’en effet, le 21 avril 1978, était réalisée la première greffe de foie à Rennes. Le CHU prenait ainsi position parmi les toutes premières équipes du monde à pratiquer ce type de transplantation et faire le pari qu’il s’agirait d’un traitement d’avenir. Pari gagné ! La greffe est aujourd’hui le traitement le plus performant des maladies graves du foie et l’équipe de transplantation hépatique de l’Hôpital Pontchaillou a réalisé la 1 000e ce mois dernier. Mille ! Le nombre époustouffle lorsque l’on sait la quantité de travail et d’attention que requièrt chaque greffe.

S’il faut saluer l’expertise des soignants, c’est aussi le travail d’équipe qui mérite d’être félicité. Toutes les spécialités, tous les corps de métiers de l’hôpital ont en effet été impliqués pour mener à bien les opérations. Ce n’est pas le hasard si outre Atlantique, on fait référence à l’activité de transplantation d’un hôpital pour témoigner de ses compétences.
Célébrer la 1 000e greffe, dire tout le travail réalisé, se féliciter des extraordinaires résultats de ce traitement, c’est aussi une manière pour la société d’exprimer sa reconnaissance aux familles des hommes, des femmes, parfois des enfants qui, à leur mort survenue brutalement, ont fait don de leurs organes. C’est par eux qu’a pu se continuer la vie.

Le CHU de Rennes et la greffe hépatique
C’est en 1972 que le CHU de Rennes s’est lancé dans cette activité complexe de la transplantation d’organe, en l’occurrence le foie. La transplantation hépatique s’impose depuis plus de dix ans comme le seul traitement efficace des maladies du foie parvenues à un stade terminal.
À cette époque, sous l’égide du Professeur Bernard Launois, le CHU de Rennes était le deuxième établissement de santé après l’hôpital Paul Brousse à réaliser la greffe hépatique.
En France, 900 malades environ bénéficient d’une transplantation hépatique chaque année.
Les techniques opératoires ont connu en 30 ans une évolution spectaculaire.

Les évolutions de la transplantation hépatique depuis 30 ans
Aspect médical
La première greffe hépatique fonctionnelle remonte, à Rennes, à 1978. Le patient le plus anciennement greffé a une survie actuelle du greffon de près de 20 ans. Le nombre de greffes est en constante augmentation : jusqu’en 1998, moins de 35 greffes/an ; en 1998 et 1999, 50 greffes/an ; depuis 2000, de 80 à 100 greffes/an ; cette augmentation étant supérieure à celle du niveau national (+ 13 % en France depuis 2000, + 16 % à Rennes depuis cette même date).
Trois conférences de consensus à travers le monde ont précisé les indications au fil du temps :
• à Washington en 1983, la question posée était “La transplantation hépatique est-elle un procédé thérapeutique ?” ;
• à Paris en 1993 “Quels malades doit-on transplanter ?” ;
• à Lyon, dont l’organisation était notablement orientée par les Rennais, en 2005, “Influence des traitements associés à la transplantation hépatique sur les résultats de la greffe ?”.

Actuellement, les maladies qui motivent une transplantation sont des cirrhoses dans 45 % des cas, des cancers du foie sur cirrhose dans 25 %, des hépatopathies cholestatiques dans 6,5 % des cas, les hépatites fulminantes dans 5,3 % des cas et les retransplantations hépatiques dans 11 % des cas. Il y a eu une évolution bien sûr des indications, avec essentiellement un élargissement de celles-ci, en particulier au plan néoplasique. Actuellement la survie globale de notre série est de 60 % à 10 ans, essentiellement influencée par l’étiologie. Dans les maladies cholestatiques, survie à 78 % ; dans les cancers sur cirrhose, survie à 59 %.
Au plan de l’immuno-suppression, les principales étapes ont été l’apparition de la Ciclosporine (Néoral) dans les années 1980, du Tacrolimus (Prograf) dans les années 1996.
Actuellement, plus de 750 patients sont suivis en suites de greffe, en réseau avec les CHU et les autres hôpitaux du Grand Ouest.

Aspect chirurgical
La greffe hépatique a bénéficié d’une évolution spectaculaire au cours de ces trente dernières années, tant sur le plan de l’obtention de greffons que sur le plan de la greffe elle-même.
En effet, au début de la transplantation, le prélèvement d’organe se faisait à “coeur battant”, rendant les conditions de prélèvements difficiles. L’apparition de la technique du prélèvement à froid, ultra-rapide, inauguré à Rennes en 1986, a permis d’augmenter le nombre des greffons et ouvert la greffe aux prélèvements multi-organes. Le centre de Rennes a été l’un des tous premiers à réaliser cette technique.
En parallèle, on modifiait la technique elle-même de la greffe, en rapportant l’utilisation de la pompe d’assistance mise au point aux USA, puis en développant, à partir de 1990, une technique évitant l’utilisation de cette même pompe et tout en simplifiant l’implantation du greffon (technique du Piggy Back). Afin d’optimiser les greffons, on a développé la bipartition hépatique (deux greffes avec un seul foie).
Associées à ces techniques chirurgicales, on a assisté à une amélioration de la prise en charge anesthésique, permettant de réaliser dans un nombre de cas, non rares, des greffes sans transfusion de sang.

Plusieurs secteurs gravitent autour de la transplantation hépatique
Département de chirurgie viscérale
Les activités sont organisées en trois pôles : transplantation hépatique et chirurgie hépato biliaire, chirurgie viscérale oncologique, chirurgie digestive.
La transplantation hépatique est un axe fort de ce département avec une vocation interrégionale. Les patients accueillis dans ce secteur sont issus du grand ouest (de Caen à Angoulême). Le CHU de Rennes est reconnu comme l’un des tout premiers centres de transplantation en France.

Sur les cinq dernières années, le nombre moyen de greffes hépatiques se situe à 90 greffes par an.
Le service des maladies du foie

Ce service travaille en étroite collaboration avec le département de chirurgie viscérale et accueille dans ses locaux, au pavillon Laënnec, l’unité de suivi post-greffe. Les patients sont ainsi pris en charge en dehors de l’acte chirurgical dans un lieu unique : en hospitalisation pour un bilan qui confirme ou non l’indication de greffe puis en suivi post-greffe et en consultation de suivi durant de longues années.

L’équipe de coordination hospitalière des prélèvements d’organes et de tissus
Cette équipe a la lourde tâche de recueillir le consentement des familles des défunts pour autoriser les prélèvements d’organes puis d’organiser le prélèvement, voire le transport du greffon, en vue d’une transplantation.

Évolution du suivi des greffes : Prométhée
Le Professeur Karim Boudjema a créé le réseau de surveillance des transplantés hépatiques dénommé Prométhée qui se matérialise par le partage entre professionnels de santé (spécialistes libéraux et hospitaliers) du dossier de chaque greffé en utilisant internet.
C’est le premier réseau de ce type en France qui s’inscrit dans le cadre d’un partenariat institutionnel entre les CHU de Brest, Angers, Nantes, Poitiers, Tours et Rennes. Ce réseau permet aux patients greffés d’être suivis par un hépato gastro-entérologue de proximité et évite ainsi des déplacements coûteux et fatigants au CHU de Rennes.
La mise à jour du dossier médical commun permet à chaque membre du réseau d’être informé de l’évolution clinique du patient qui peut même autoriser son médecin traitant à accéder à son dossier dans le réseau prométhée.

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Dossier : L’endométriose

En Janvier 2022, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’une stratégie nationale de lutte contre l’endométriose, maladie gynécologique mieux connue depuis quelques années et qui touche aujourd’hui une femme sur dix. Notre dossier.

Urgences : “La régulation médicale apparaît comme une solution pertinente pour garantir la qualité de la prise en charge”

Responsable d’une “mission flash” d’un mois pour les urgences – déjà contestée par plusieurs organisations qui craignent un énième rapport sans réelle traduction en actes -, François Braun était présent quelques jours auparavant au Salon Santexpo pour parler du Services d’accès aux soins. Le Chef du pôle Urgences santé mentale au CHR de Metz-Thionville et président de Samu-Urgences de France voit dans le SAS, déjà déployé sur vingt-deux sites pilotes en France, qu’il une solution de désengorgement efficace des urgences. Explications.