16es Assises nationales hospitalo-universitaires: Ecrire la prise en soins de demain

«Le CHU va connaître une profonde mutation. Il va devoir se projeter hors du murs et trouver sa place sur les territoires», a annoncé Jean-Pierre Dewitte en ouverture des 16es Assises nationales hospitalo-universitaires. «Le CHU est au cœur d’une série de problématiques: la santé publique, la prévention, l’innovation, la recherche, l’éthique, l’ouverture vers l’extérieur», a déclaré, pour sa part, Alain Claeys, Président du Grand Poitiers, président du conseil de surveillance du CHU et maire de Poitiers. Autant de sujets déclinés au cours de cette première journée des Assises dans une ville, Poitiers, au sein de laquelle a déjà été mise en œuvre une initiative exemplaire : «la villa santé». Ce lieu, inauguré par le CHU de Poitiers fin novembre, permet aux patients d’apprendre à se soigner et à développer des stratégies de prévention.

«Le CHU va connaître une profonde mutation. Il va devoir se projeter hors du murs et trouver sa place sur les territoires», a annoncé Jean-Pierre Dewitte en ouverture des 16es Assises nationales hospitalo-universitaires«Le CHU est au cœur d’une série de problématiques: la santé publique, la prévention, l’innovation, la recherche, l’éthique, l’ouverture vers l’extérieur», a déclaré, pour sa part, Alain Claeys, Président du Grand Poitiers, président du conseil de surveillance du CHU et maire de Poitiers. Autant de sujets déclinés au cours de cette première journée des Assises dans une ville, Poitiers, au sein de laquelle a déjà été mise en œuvre une initiative exemplaire : «la villa santé». Ce lieu, inauguré par le CHU de Poitiers fin novembre, permet aux patients d’apprendre à se soigner et à développer des stratégies de prévention. 
Et à la veille de la présentation du rapport « le CHU de demain », le Pr François-René Pruvost, Président de la conférence des présidents de CME, a souligné avec force que « le changement n’est pas une destination en soi, pas plus que l’espoir n’est une stratégie », témoignant « une volonté de rupture tout en préservant nos valeurs ».
« La persévérance, la force du collectif, la capacité à s’émerveiller, telles sont les trois qualités qui nous ont permis de travailler ensemble.» a confié le Pr Jean Sibilia, président de la conférence des doyens des facultés de médecine alors que le Pr Bernard Muller, président de la conférence des doyens de pharmacie, a souligné «l’implication des pharmaciens dans le CHU du futur, de la médecine personnalisée prédictive à la prévention».
Dans le champ de la prévention, thématique de la première table ronde, plusieurs idées-forces ont été rappelées : la formation de l’ensemble des professionnels soignants, le nécessaire ciblage des populations les plus jeunes et le soutien des nouvelles technologies. « Ajouter aux soins, à la recherche et à l’enseignement cette quatrième mission qui est celle de la prévention est désormais inéluctable », a conclu le Pr Benoît Vallet, conseiller maître à la Cour des Comptes, ancien Directeur général de la santé. 

L’innovation, ADN des  CHU

« Un positionnement commun des CHU sur les innovations en santé doit être développé et c’est ce que nous proposerons », a déclaré Catherine Geindre, Directrice générale des Hospices civils de Lyon, en ouverture de la table ronde sur l’innovation en médecine. Après avoir mis en lumière la richesse et le potentiel de l’innovation dans notre pays, Jean-Yves Fagon, délégué ministériel à l’innovation en santé a aussi donné quelques chiffres très concrets : « Sur les 78 traitements qui étaient en cours de développement dans la lutte contre le cancer du poumon il y a deux ans, seule une dizaine seront mis sur le marché. Depuis un peu plus de 2 ans, j’ai vu 250 porteurs de projets. Les dispositifs médicaux arrivent en tête avec 28% des projets ». Le Pr Antoine Magnan, Président de la CME du CHU de Nantes a quant à lui « quelque peu dévoilé l’esprit du rapport » sur le CHU de demain, appelant à associer toujours davantage l’hôpital et l’université pour booster l’innovation et la recherche : « L’innovation, c’est ce que nous faisons tous les jours. Nous développons à la fois des innovations technologiques et organisationnelles. Se pose maintenant la question des nouveaux métiers. L’innovation devient aussi un objet de recherche : si une molécule se révèle efficace dans une pathologie, nous aurons la volonté de la tester dans des pathologies proches ».

Données numériques & Intelligence artificielle

Quatre temps d’échanges ont ensuite rythmé l’après-midi consacré à l’intelligence artificielle et aux données numériques, un « sujet stratégique pour l’avenir des CHU et celui de nos patients » pour reprendre les termes du Dr Eric Bord, Vice-Président de CME du CHU de Nantes.
Aide à la décision pour le dépistage du cancer du sein présentée par Olivier Clatz, PDG de Therapixel et aide à l’analyse de l’électrocardiogramme ambulatoire présentée par Yann Fleureau, PDG de Cardiologs ont témoigné de formidables avancées avant l’exposé de la stratégie du Health Data Hub. Auditionné dans le cadre de cette stratégie, le Pr Pierre-Antoine Gourraud, UMR Inserm 1064, CHU de Nantes : « Les CHU sont les carrefours des données de santé au sein d’un territoire. Mais que l’on parle de Hub local ou de centre de données, nous avons besoin d’un tiers expert au service de ces données. Notre défi est maintenant de proposer des structures locales labellisées pour créer de la valeur. Sur notre territoire, nous avons réuni des acteurs de la santé, des universitaires et des entreprises pour travailler ensemble sur l’IA. Nous avons défini ensemble huit principes : la transparence, le décloisonnement, la responsabilité, l’éthique, le respect de la vie privée, la gouvernance, la culture scientifique et technique et enfin, la coopération homme-machine ».
Le troisième temps a été consacré à l’éthique. Le Pr Jean-François Delfraissy, Président du CCNE, a souligné à quel point le sujet du numérique est majeur : « Nous avons créé un groupe de travail ad hoc avec des membres du CCNE et des membres extérieurs, piloté par David Gruson et Claude Kirschner. Dans son avis 129 de septembre 2018, le CCNE a consacré un chapitre à l’IA et à la santé. Un sujet reste insuffisamment abordé dans le débat public : avec les big data, nous allons traiter des informations qui n’entreront pas dans les outils de recherche tels que nous les connaissons. Donc, je pose la question : que voudra dire le consentement éclairé dans le monde des Big Data ? »
S’agissant des patients, Danièle Desclerc Dulac, Présidente de France Assos Santé Centre-Val de Loire, a témoigné de leur enthousiasme mais aussi de leurs craintes « Attention au mésusage des données par les acteurs privés. Par ailleurs, celles-ci peuvent aussi créer de l’anxiété et pousser à une médicalisation qui n’a pas lieu d’être ». D’où quelques recommandations pour une utilisation du numérique respectueuse des patients, avec parmi celles-ci : recueillir le consentement éclairé des utilisateurs, ne pas traiter inutilement des données personnelles, anonymiser celles qui seront utiles à la recherche, ou encore ne pas oublier les patients non connectés.
« L’intelligence artificielle génère des risques éthiques, comme celui de la délégation de la décision médicale ou encore celui de la mise en confrontation de situations individuelles et collectives », a pour sa part conclu David Gruson, de la Chaire Santé Sciences-Po Paris et fondateur d’Ethik-IA.

La génomique et sa dimension éthique

Enfin, un échange entre Philippe Vigouroux, Directeur général du CHU de Bordeaux et le Pr Jean-François Delfraissy, a porté sur la recherche sur le génome et les questions éthique qu’elle soulève.  « Les grandes questions de bioéthique se posent dès lors que génomique et big data se conjuguent » a relevé Jean-François Delfraissy
Les CHU auront sans doute un nouveau rôle d’expertise à jouer :« Bientôt, il faudra former des conseillers en génétique.» anticipe Philippe Vigouroux.
Revenant au débat français, le Pr Delfraissy a aussi évoqué la place du citoyen dans le système de soins et la médecine du futur : « Un doute s’instaure vis-à-vis des professionnels de santé. Il y a une vraie demande de gouvernance des citoyens dans le système de santé. Nous devons aujourd’hui rétablir la confiance ».
Hélène DELMOTTE

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