7e naissance mondiale après autogreffe de tissu ovarien,1ère en France

3,7 kg, c'est le poids de la petite fille qui a vu le jour hier au CHU de Besançon. L'enfant et la maman se portent bien. C'est la 7e naissance après autogreffe de tissu ovarien au monde et la première nationale !

3,7 kg, c’est le poids de la petite fille qui a vu le jour hier au CHU de Besançon. L’enfant et la maman se portent bien. C’est la 7e naissance après autogreffe de tissu ovarien au monde et la première nationale !
En 2005, au CHU de Besançon, une patiente atteinte d’une pathologie hématologique a pu bénéficier d’une congélation de tissu ovarien, en prévision d’un traitement curatif mais stérilisant. En 2008, ce tissu ovarien lui a été greffé dans l’espoir de satisfaire à son désir d’enfant. La greffe a été un succès : elle a permis une restauration de sa fertilité suivie d’une grossesse spontanée menée à terme.
Ce succès est le fruit d’une collaboration entre les CHU de Besançon et de Limoges. Une première grossesse avait été obtenue au CHU de Limoges en 2008 mais il s’agissait malheureusement d’une grossesse extra-utérine. Cette patiente est de nouveau enceinte de 20 semaines d’aménorrhée.

Chronologie des événements
Au CHU de Besançon, une patiente suivie depuis sa petite enfance pour une maladie du sang, une forme grave de drépanocytose, et présentant de nombreuses complications dues à cette maladie s’est vu proposer en 2005 à l’âge de 20 ans (par le professeur Pierre Simon ROHRLICH des services d’hématologie et de pédiatrie), un traitement curatif de sa maladie : une greffe de moelle osseuse provenant d’un donneur compatible.
Cette greffe de moelle osseuse nécessitant une destruction des cellules de la moelle osseuse de la patiente par l’administration d’une chimiothérapie intensive, hautement toxique pour sa fonction ovarienne donc stérilisante, il lui a été proposé une autoconservation de son tissu ovarien.

Cryoconservation du tissu ovarien
Fin 2005, avant l’administration de ce traitement gonadotoxique, un ovaire a été prélevé chez la patiente par le Docteur Germain AGNANI du service de Gynécologie Obstétrique. La zone externe de cet ovaire (la corticale) riche en follicules a été disséquée en petits fragments qui ont été conditionnés, congelés et cryoconservés à -196°C dans l’azote liquide par l’équipe du Pr Christophe ROUX (Unité de biologie de la Reproduction, Cryobiologie – CECOS du service de Génétique Histologie Biologie du Développement et de la Reproduction).

Autogreffe de tissu ovarien cryoconservé
En avril 2008, la patiente guérie de sa maladie hématologique mais stérile car ménopausée prématurément suite à la chimiothérapie administrée, désireuse d’avoir un enfant avec son mari, a bénéficié, après accord de l’équipe multidisciplinaire et après avis du comité d’éthique clinique et de la Délégation à la Recherche Clinique et à l’Innovation du CHU, d’une greffe de son tissu ovarien préalablement congelé.
Cette autogreffe a nécessité une décongélation des fragments de corticale ovarienne et une greffe de ces fragments à la patiente. Pour cette greffe proprement dite le Pr Christophe ROUX et le Dr Germain AGNANI se sont adjoints les services du Dr Pascal PIVER du CHU de Limoges, responsable du centre d’assistance médicale à la procréation, Service de Gynécologie Obstétrique du Pr Yves AUBARD, équipe ayant déjà une longue pratique de la greffe d’ovaire chez l’animal puis chez l’homme.

La technique chirurgicale de greffe utilisée pour la patiente fait l’objet d’une communication orale par le Dr Pascal PIVER au 25e congrès de l’ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryology) (Amsterdam 28 juin – 1 juillet 2009).

Reprise de la fonction gonadique et grossesse
Un suivi régulier de la patiente au centre d’assistance médicale à la procréation (AMP) du CHU de Besançon a permis de s’assurer de la réussite de la greffe, de la reprise de la fonction ovarienne, et à l’équipe d’AMP d’effectuer un monitorage d’un cycle ovulatoire chez la patiente afin de lui permettre d’obtenir une grossesse spontanée après rapports sexuels programmés avec son conjoint.

Indications de la Cryopréservation de tissu ovarien
La cryopréservation de tissu ovarien est proposée à des petites filles ou à des femmes jeunes devant subir une chimiothérapie et/ou une radiothérapie lourde(s) pour une maladie qui peut être cancéreuse ou non. Ces traitements administrés sont très souvent responsables d’une stérilité par destruction des cellules ovariennes nécessaires à la reproduction. Le cours délai entre le diagnostic et la mise en route du traitement, le très jeune âge des patientes, l’absence de conjoint sont autant de facteurs qui rendent illusoires d’envisager, avant le traitement, la réalisation d’une tentative d’assistance médicale à la procréation avec congélation d’ovocytes et/ou d’embryons pour tenter de préserver la fertilité de ces patientes. L’autoconservation de tissu ovarien est alors la seule alternative que l’équipe médicale pluridisciplinaire peut proposer à la patiente pour préserver sa fertilité et lui permettre d’avoir, avec ses propres gamètes, un enfant qui, génétiquement, sera le sien.
Cette cryopréservation d’ovaire nécessite le prélèvement de tout ou d’une partie d’un ovaire, acte chirurgical qui se fait généralement par coelioscopie sous anesthésie générale et qui peut être isolé ou réalisé au cours d’une autre intervention nécessaire à la prise en charge de la maladie de la patiente.

Cryopréservation de tissu ovarien au CHU de Besançon
Depuis 2003, le CHU de Besançon effectue des cryopréservations de tissu ovarien. Les premières tentatives ont fait l’objet d’un protocole de recherche clinique multicentrique coordonné par le CHU de Limoges. Cette pratique d’autoconservation de tissu germinal ovarien est depuis prévue par la loi n°2004-800 du 6 août 2004 (Article L2141-11) et son régime d’autorisation réglementé par le décret n°2006-1660 du 22 décembre 2006 (Article 3). Le CHU de Besançon est actuellement agréé pour ce type d’activité.
Les prélèvements d’ovaire sont effectués, selon l’âge de la patiente, soit en chirurgie infantile, soit en chirurgie gynécologique. La préparation des fragments d’ovaire, leur congélation et leur cryoconservation sont réalisées dans les unités de Biologie de la reproduction et cryobiologie-CECOS du service de Génétique Histologie Biologie du Développement et de la Reproduction du CHU. Au CHU de Besançon, l’âge des patientes au moment de la congélation d’ovaire s’échelonne de 6 à 30 ans.

La greffe de tissu ovarien
La réutilisation par autogreffe du tissu ovarien cryoconservé est actuellement la seule technique envisageable quand la patiente ayant sa fonction ovarienne irrémédiablement perturbée, désire un enfant. Cette greffe implique que la patiente soit guérie de sa maladie, qu’il n’y ait pas de contre-indication à la grossesse et que la greffe d’ovaire ne présente pas un risque de réintroduction de cellules anormales dans l’organisme. Les techniques de greffe ayant permis des naissances dans le monde ont toutes consisté à replacer les fragments d’ovaire au niveau de l’ovaire restant et/ou dans la région anatomique des ovaires. En cas de succès de la greffe, si une reprise de la fonction ovarienne se manifeste, celle-ci ne semble pas pouvoir excéder quelques années et peut nécessiter la greffe de nouveaux fragments cryoconservés ; à défaut la patiente pourrait se retrouver ménopausée prématurément.
On ne peut écarter la possibilité dans le futur de ne plus avoir recours à la greffe, mais de pouvoir obtenir en laboratoire par culture in vitro, à partir des ovocytes immatures des fragments congelés, des ovocytes utilisables en technique de fécondation in vitro.

Résultats et retombées de la greffe
Cette naissance fait suite à :
– un prélèvement d’ovaire réalisé en 2005 par le Dr Germain Agnani, du CHU de Besançon ;
– une congélation, une cryoconservation du tissu ovarien et une préparation des greffons (2005 à 2008) par le Pr Christophe Roux, du CHU de Besançon ;
– une autogreffe de tissu ovarien réalisée au CHU de Besançon (2008) par le Dr Pascal Piver, du CHU de Limoges.
C’est une première nationale en terme de naissance et le premier cas mondial dans le cadre d’un traitement pour drépanocytose. Elle offre un espoir de préservation de la fertilité chez des femmes susceptibles de recevoir un traitement stérilisant et pouvant être candidates à la cryoconservation de leur tissu ovarien.
Ces résultats doivent encourager le développement des recherches médicales dans ce domaine.
En effet, si cette greffe a pu être effectuée à Besançon en 2008, les modalités de réutilisation de tissu gonadique cryoconservé sont actuellement du domaine de la recherche suite à la publication de l’arrêté relatif aux règles de bonnes pratiques cliniques et biologiques d’assistance médicale à la procréation, le 23 mai 2008. Une organisation et des moyens devront être mis en place rapidement pour permettre de poursuivre en France les avancées dans ce domaine.

Contacts presse

Pr Christophe ROUX
Service de Génétique Histologie Biologie du Développement
et de la Reproduction – CHU de Besançon
Tél. 03 81 21 86 98

Dr Pascal PIVER
Service de Gynécologie Obstétrique – CHU de Limoges
Tél. 05 55 05 64 72 ou 05 55 05 63 06

Philippe FRUGIER
Responsable communication
Tél. 05 55 05 62 49 – philippe.frugier@chu-limoges.fr

Sophie Muraccioli – CHU de Besançon
Chargée de communication
Tél. 03 81 21 86 26 – smuraccioli@chu-besancon.fr

Secrétariat de la direction générale – CHU de Besançon
Tél. 03 81 21 82 15

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Au chevet des brûlés

Il y a quinze jours, nous mettions en ligne notre reportage vidéo tourné au centre de traitement des brûlés du CHU de Nantes, l’un des huit en France à prendre en charge les adultes comme les enfants. Dans ce service, une dizaine de métiers et d’expertises se mêlent au quotidien. Nous associons aujourd’hui les mots à l’image pour mieux rendre compte de ce qu’implique le soin de la brûlure, une pathologie répandue (400 000 personnes touchées tous les ans), complexe dans sa prise en charge, violente pour les corps et les esprits. Reportage.

Arrêt cardiaque : être préparé pour sauver demain

Dans les locaux du SAMU 44 (CHU de Nantes), le Centre d’Enseignement aux Soins d’Urgences (CESU) forme les professionnels de santé aux gestes et soins d’urgence. Il y a quelques semaines, nous avons suivi une matinée intense de formation à destination d’étudiants en troisième année de médecine, centrée sur l’arrêt cardiaque. Reportage.

Renaissance des urgences de Jeanne de Flandre

Le CHU de Lille inaugure ce mois-ci ses nouvelles urgences gynécologiques et obstétricales, situées au sein de l’Hôpital Mère-Enfant Jeanne de Flandre. Au-delà de la rénovation du service, c’est l’ensemble de la prise en charge des patientes qui a été rebâtie. Un atout de plus à destination de la femme, du nouveau-né ou de l’enfant.