Cancer du rein : les chirurgiens mettent au point l’image palpable avec l’imprimante 3D

Le rein est un organe profond, enfoui au fond de l’organisme et chaque intervention demande au chirurgien un effort mental pour se représenter la tumeur et les étapes de l’intervention. Jusqu'à présent le praticien s'aidait des données de l’imagerie en noir et blanc et en coupes qu'il devait interpréter. Aujourd'hui, grâce à une application médicale spécifique à la pathologie tumorale rénale, il est aisé d'avoir une vision très précise de la tumeur rénale et de son volume en l'imprimant en 3 dimensions.

Le rein est un organe profond, enfoui au fond de l’organisme et chaque intervention demande au chirurgien un effort mental pour se représenter la tumeur et les étapes de l’intervention. Jusqu’à présent le praticien s’aidait des données de l’imagerie en noir et blanc et en coupes qu’il devait interpréter. Aujourd’hui, grâce à une application médicale spécifique à la pathologie tumorale rénale, il est aisé d’avoir une vision très précise de la tumeur rénale et de son volume en l’imprimant en 3 dimensions.
Cette application est le fruit d’une collaboration internationale inédite entre le service d’urologie, andrologie et transplantation rénale du CHU de Bordeaux, l’Institute of Urology de Los Angeles (University of Southern California) et le service d’urologie de Tokyo (Teikyo University). Le modèle a été présenté les 16 et 17 octobre 2015 lors du salon 3D Printshow de Paris, à l’occasion d’une conférence grand public donnée par le Dr Jean-Christophe Bernhard, praticien hospitalier universitaire au CHU de Bordeaux.
Une meilleure planification opératoire des interventions complexes
L’impression 3D est une technologie à fort potentiel dans le domaine de la santé. L’une des transpositions médicales d’intérêt consiste à rendre palpable et à donner une forme tridimensionnelle physique aux informations issues de l’imagerie médicale. Cette modélisation, permet au chirurgien d’améliorer la qualité de sa planification opératoire notamment en vue de la réalisation d’une chirurgie conservatrice ou néphrectomie partielle.
Cancer du rein : l’ablation de la tumeur, un geste de haute technicité aidé par la 3D
Cette intervention, parmi les plus complexes de la chirurgie urologique, consiste, lorsque le rein est atteint d’une tumeur, à n’enlever que celle-ci pour conserver un maximum de parenchyme sain et ainsi préserver au mieux la fonction rénale du patient. La réussite de cette intervention est tout d’abord sous-tendue par la capacité du chirurgien à se représenter l’emplacement de la tumeur dans le volume global de l’organe de façon à en définir « l’approche » la plus adaptée. Quand vient le temps de l’exérèse tumorale, tout l’enjeu est ensuite de parvenir à libérer avec le plus de délicatesse possible, la tumeur dans sa totalité (sans en laisser) tout en respectant les structures adjacentes indispensables au bon fonctionnement du rein que l’on souhaite conserver : vaisseaux (artères, veines), parenchyme sain et cavités collectrices (cavités à l’intérieur du rein qui récupèrent les urines produites). Une meilleure représentation de la tumeur aide à mieux en planifier l’accès et la dissection.
« Bien évidemment la finesse et la précision du modèle 3D dépendent de la qualité de l’imagerie réalisée, nous ayant conduits, avec le service de radiologie du CHU de Bordeaux à mettre au point un protocole dédié.
La finesse de la planification vient ainsi aujourd’hui, précéder et compléter la finesse de la dissection offerte par l’assistance robotique. » commente le Dr JC. Bernhard
 

Vues comparées TDM (Topography and Deformation Measurement)  – Modèle 3D
Avec l’impression 3D, le patient visualise mieux et comprend mieux l’intervention qui lui est proposée
Mais l’intérêt de ces modèles ne s’arrête pas là ! Ils permettent aussi d’améliorer la qualité de l’information dispensée au patient et de faciliter la compréhension de la pathologie et de l’intervention proposée. L’article récemment publié dans le World Journal of Urology a ainsi démontré, en fonction des composantes étudiées, un niveau de compréhension des patients nettement amélioré de +16 à +50% (1).
Avec l’impression 3D, le chirurgien améliore sa préparation
Enfin, dans la mesure où l’impression 3D permet de représenter fidèlement et  physiquement les données de l’imagerie médicale en créant des modèles personnalisés, patient-spécifiques, cette technologie représente sans nul doute l’avenir de l’enseignement et de la simulation chirurgicale. "Comme un pilote simule son atterrissage à New-York ou Paris, demain, le chirurgien pourra certainement, grâce l’impression 3D, pratiquer, la veille, l’intervention du lendemain !" signale le Dr JC. Bernhard
(1) Bernhard JC, Isotani S, Matsugasumi T, et al. Personalized 3D printed model of kidney and tumor anatomy: a useful tool for patient education. World J Urol. 2015 Jul 11.  

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Dépistage du mélanome : ce scanner crée un avatar numérique de la peau 

Il y a quelques semaines, le Vectra 3D prenait ses quartiers dans le tout nouveau centre de dépistage automatisé du mélanome Marseille, situé à l’hôpital de la Conception (AP-HM). Concrètement, il permet à un patient qui aurait de nombreux grains de beauté de voir l’ensemble de sa peau scannée en images haute définition et reconstituée sous la forme d’un avatar numérique. Une avancée importante dans le dépistage du mélanome, véritable problème de santé publique. Reportage.

Quartiers nord de Marseille : un centre de santé unique rattaché à l’AP-HM

Nous avions déjà entendu Michel Rotilly parler du centre de santé des Aygalades, structure multidisciplinaire rattachée à l’AP-HM. C’était au mois de mai à Paris. La fracture territoriale entre les quartiers nord et le reste de la cité phocéenne, illustrée entre autres par un taux élevé de mortalité durant la crise du COVID, avait servi de préambule à la présentation du centre, unique en son genre. Deux mois plus tard, nous le retrouvons sur place pour en comprendre le fonctionnement et les enjeux au quotidien. Entretien.

Céline Meguerditchian : “la médecine d’urgence à l’hôpital public est devenu un combat au quotidien”

Lorsque nous rencontrons Céline Meguerditchian dans son bureau, nous savons déjà que l’interview ne sera pas un entretien fleuve. Car pour celle qui a été nommée cheffe des urgences adultes de la Timone (AP-HM) il y a six mois, le temps est un luxe. Entre les appels qui ne s’arrêtent jamais, elle aura néanmoins réussi à nous parler durant une vingtaine de minutes de sa mission, du fonctionnement d’un service en sous-effectif qui doit compter sur des docteurs junior en plein été, et de ce qui fait de la médecine d’urgence à l’hôpital public est devenu « un combat » au quotidien.

Gaétan Basile, taulier tranquille des ECN

Et dire qu’à quelques heures près, on aurait pu le rater. Ciao Bordeaux, bonjour Capbreton ! Tout cela pour une histoire de vacances bien méritées après une sixième année de médecine particulièrement dense. Silhouette longiligne et sourire réservé, Gaetan Basile incarne plutôt bien la force tranquille. Lorsqu’on le retrouve pour parler de sa première place aux concours des ECNi sur plus de 9000 candidats, le Landais de 23 ans, auréolé de la réussite, répond avec calme et simplicité. Sans jamais s’enflammer.

Fumagilline, itinéraire d’une réapparition

L’information a été reprise par plusieurs médias. Pour soigner un jeune patient, les Hospices Civils de Lyon ont recréé un médicament disparu de la circulation : la fumagilline. Si ce dernier fait office de remède miracle, sa fabrication tient davantage de l’abnégation des équipes du CHU qui, à l’heure actuelle, se battent pour en pérenniser la production.