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Cancer et immunothérapie un traitement révolutionnaire par CAR T-CELLS au CHU de Rennes

CHU de Rennes - lundi 10 septembre 2018. 2559 vu(s)

Photo des Professeur Thierry Lamy de la Chapelle – chef de service hématologie clinique, Professeur Roch Houot – hématologue @CHU de Rennes

De gauche à droite - Professeur Thierry Lamy de la Chapelle – chef de service hématologie clinique, Professeur Roch Houot – hématologue @CHU de Rennes

Un patient traité pour un cancer du système lymphatique vient de recevoir un traitement innovant, une injection de cellules T porteuses d'un récepteur chimérique nommées « CAR T-cells »*. Ce traitement réalisé dans le cadre d’un essai clinique coodonné par le CHU de Rennes consiste à modifier les lymphocytes T du patient pour les éduquer à reconnaître les cellules cancéreuses. Pour les personnes en échec des traitements standards, cette 1ère en région Grand Ouest, signe un tournant révolutionnaire dans l’immunothérapie.

 Un processus extrêmement sophistiqué

« Les cellules de notre patient ont été prélevées à l’EFS Bretagne en juillet dernier et envoyées dans un laboratoire aux Etats-Unis où elles ont été génétiquement modifiées : les lymphocytes T ont été équipés d’un récepteur capable de reconnaître et de tuer les cellules cancéreuses de notre patient. Cette poche d’à peine 70 ml contenant les lymphocytes génétiquement modifiés a été réinjectée au patient le 23 aout2018. En se multipliant dans l’organisme, les cellules peuvent combattre les cellules malignes » explique le Professeur Roch Houot, hématologue et coordonnateur national de l’essai clinique CAR-T cells conduit parKite/Gilead

Des médicaments vivants dotés de mémoire

Les CAR-T cells ont la particularité d’être des «médicaments vivants» (« living drugs » selon l’expression anglo-saxonne) ce qui leur confère des propriétés uniques, notamment la capacité de se multiplier in vivo, à l’intérieur même du patient (leur nombre peut ainsi être multiplié d’un facteur 1.000 voire 10.000 par rapport au nombre de cellules injectées),

Elles sont aussi dotées de « mémoire » leur permettant de persister pendant des mois, voire des années, assurant ainsi une surveillance immunitaire pour prévenir une éventuelle rechute.

Un traitement encore réservé a une poignée de patients

Ce médicament « sur mesure » ne concerne aujourd’hui qu’une poignée de patients en France et présente encore des limites. Ultra personnalisé et conçu à distance, son temps de production (fabrication et logistique) se compte en semaines et son coût reste aujourd’hui très élevé (de 373.000 à 475.000$ aux Etats-Unis). Il s’adresse à des patients pour lesquels les traitements standards ont été inefficaces.

Un traitement sous haute surveillance

Cette thérapie cellulaire peut également provoquer des effets secondaires potentiellement sévères: les lymphocytes injectés se multiplient et libèrent des cytokines en très grand nombre (substances élaborées par les cellules immunitaires, servant de messagers intercellulaires) pouvant provoquer une forte fièvre, une chute de la tension artérielle, une gêne respiratoire et/ou d’autres défaillances viscérales. Des effets secondaires neurologiques sont également possibles : une confusion pouvant aller jusqu’au coma ou d’autres manifestations (troubles de l’élocution, convulsions, déficits moteurs,…). Ces toxicités, généralement réversibles sans séquelles, peuvent nécessiter une prise en charge en réanimation.

Deux ans de travaux ont été nécessaires au Professeur HOUOT pour effectuer cette première dans la région du Grand Ouest dans le cadre des essais CAR-T cells de Kite/Gilead (le prix du traitement n’ayant pas encore été déterminé en France, les patients sont traités soit dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation – ATU- soit dans le cadre d’essais cliniques comme au CHU de Rennes).

Une avancée qui confirme le caractère pionnier du CHU de Rennes

31 ans après la réalisation de la première allogreffe de moelle osseuse, l’application de la technique des CAR – T cells au traitement de certains cancers ouvre à son tour des perspectives extraordinaires pour certains patients. « Il reste encore un long chemin à parcourir; le potentiel est immense car ces lymphocytes sont modifiables « à l’infini » grâce aux techniques de modification génétiques. Ils pourraient également avoir des applications dans les maladies infectieuses et auto-immunes par exemple» s’enthousiasme le Professeur Lamy de la Chapelle, chef du service d’hématologie clinique du CHU.

Cette avancée a eu lieu quelques jours avant l’approbation par l’Agence Européenne du Médicament des 2 premiers médicaments de cette nouvelle classe thérapeutique - Kymriah (Novartis) et Yescarta (Kite/Gilead) – respectivement pour le traitement des leucémies aigües lymphoblastiques B (LAL-B) du sujet jeune (moins de 25 ans) et des lymphomes diffus à grandes cellules B en rechute ou résistants à la chimiothérapie.

En savoir plus sur 

Les lymphomes malins
Les cancers du système lymphatique touchent près de 15.000 nouveaux cas par an en France. Il s’agit du 5ème cancer par ordre de fréquence.

Le service d’hématologie clinique du CHU de Rennes
Spécialisé dans le traitement des lymphomes et particulièrement investi dans la recherche et les approches d’immunothérapie, le service d’hématologie clinique adulte du CHU de Rennes est le Centre coordonnateur national de certains essais CAR-T cells du laboratoire Kite/Gilead dans le lymphome (études ZUMA-1 et ZUMA-2).

Dirigé par le Pr Thierry Lamy de La Chapelle, le service est fortement investi dans la recherche. Dans la recherche clinique avec plus de 50 essais cliniques en cours, en lien avec l’Unité d’Investigation Clinique du CHU de Rennes et dans la recherche fondamentale en conduisant des travaux avec l’Unité INSERM U1236 et Etablissement Français du Sang spécifiquement dédiée à la recherche sur les lymphomes.

Centre coordonnateur national des essais CAR-T cells de Kite/Gilead dans le lymphome (ZUMA-1 et ZUMA-2), le service a traité le 1er patient du Grand-Ouest traité par CAR T-cells pour un lymphome malin, fin août 2018.

*cellules T porteuses d’un récepteur chimérique (Chimeric antigen Receptor)

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Catégorie : CHU Rennes, Innovation, Recherche -Etude, Cancer, A la une, Newsletter 955 - 11/09/2018

Pour plus d’information : CHU Rennes


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Mis à jour le :  25-09-2018