Cannabis et vision : le CHRU de Nancy à la tête d’une vaste étude nationale

Nom de baptême : CAUSA MAP comme « CAnnabis USe And MAgnocellular Processing » ou en français « Evaluation du traitement magnocellulaire chez les fumeurs chroniques de cannabis ». Ce consortium de recherche rassemble plus de 20 chercheurs...

Nom de baptême : CAUSA MAP comme « CAnnabis USe And MAgnocellular Processing » ou en français « Evaluation du traitement magnocellulaire chez les fumeurs chroniques de cannabis ». Ce consortium de recherche rassemble plus de 20 chercheurs du CHRU de Nancy, du Centre de Recherche en Automatique de Nancy et du laboratoire INTERPSY de l’Université de Lorraine, de Strasbourg (Unité INSERM U1114) et de Paris (Unité INSERM U875, Université Paris VIII, Hôpital Necker). CAUSA MAP est placé sous la responsabilité du Dr Vincent Laprévote et du Pr Raymund Schwan du CHRU de Nancy, spécialistes en addictologie.
Leur mission : étudier l’impact de la consommation régulière de cannabis sur le fonctionnement du cerveau humain en s’appuyant sur la vision. En effet, des équipes de recherche ont posé l’hypothèse que de fortes consommations de cannabis à l’adolescence pourraient modifier les systèmes de communications entre les neurones, lesquels sont particulièrement impliqués dans la vision humaine. Cette fonction cérébrale, maintenant bien connue et accessible aux mesures, peut être un marqueur très précoce d’anomalies du fonctionnement cérébrale. Cette recherche permettra d’accroître les connaissances sur l’impact de l’usage de cannabis sur le cerveau humain mais aussi sur la vision, une fonction impliquée notamment dans la conduite automobile et les accidents de la voie publique.
CAUSA MAP va comparer, au sein d’un panel de 180 personnes, 3 groupes de volontaires âgés de 18 à 55 ans :
– des personnes qui fument du cannabis au moins 7 fois par semaine depuis plus d’un an, et qui ne souffrent pas d’une maladie neurologique ou psychiatrique déjà développée
– des fumeurs réguliers de tabac
– des personnes ne fumant ni tabac, ni cannabis.
Chaque volontaire consacre deux demi-journées à l’étude. Il répond tout d’abord à un questionnaire sur sa santé et ses habitudes de consommation, passe un examen urinaire, des tests de mémoire et d’attention, puis des tests visuels avec un électrorétinogramme, examen mesurant l’activité électrique de l’œil lorsqu’un signal lumineux lui est envoyé. Dans un deuxième temps, grâce à un bonnet de 64 capteurs placé sur son crâne et relié à un appareil spécifique, l’activité électrique du cerveau du volontaire sera mesurée par un système indolore et insensible d’électroencéphalogramme, afin de connaître le fonctionnement de différentes parties du cerveau impliquées dans ces tests. 
« Il s’agit de voir ce qui se passe dans les 200 premières millisecondes de réaction du cerveau. Notre hypothèse est qu’il existe une discrimination spatiale et temporelle de la perception d’un signal et que la capacité du système visuel est perturbée par l’usage du cannabis. Si cela se vérifie, nous aurons trouvé ainsi un marqueur des risques de la consommation du cannabis et nous pourrons mieux détecter et conseiller les consommateurs », précise le Dr Laprévote.
L’étude doit permettre d’établir une cartographie du fonctionnement du cerveau visuel lors de l’usage régulier de cannabis. A l’issue de la recherche qui doit durer un an les résultats seront publiés dans les journaux scientifiques, présentés dans des congrès. L’organisation d’un colloque spécifique est aussi prévue. 
CAUSA MAP est financé à hauteur de 700 000 € par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et Toxicomanies (MILDT). Ce financement est adossé à un appel à projets national (80 candidatures, 16 projets sélectionnés) et celui de Nancy a été retenu car particulièrement novateur et original. Il met en synergie plusieurs services de l’hôpital de Nancy engagés dans ce travail transversal : les services d’addictologie (Maison des Addictions), d’ophtalmologie, de neurologie au travers de l’équipe ESPACE et les laboratoires de biologie/toxicologie.  
Le cannabis est la substance illicite la plus consommée en France et son usage reste très élevé à l’adolescence. C’est une période où le cerveau, encore en développement, est très sensible à son environnement. Il est déjà établi que l’usage régulier et intensif du cannabis a un impact sur la mémoire, l’attention ou la capacité à résoudre des problèmes mais son influence à long terme sur des fonctions sensorielles est moins connue. 
En savoir + sur l’étude et l’appel à volontaires : http://causa-map.chu-nancy.fr

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