Diabète : Eviter le sucré-salé préconisent les chercheurs lillois

De simples mesures diététiques mimant l’effet d’une pratique de la chirurgie bariatrique, comme la diminution de la prise simultanée de sel et de sucre, pourraient contribuer à prévenir le de type 2. Ce précieux enseignement est à mettre à l’actif de la toute dernière recherche lilloise.
De simples mesures diététiques mimant l’effet de la chirurgie bariatrique, comme la diminution de la prise simultanée de sel et de sucre, pourraient contribuer à prévenir le diabète de type 2. Ce précieux enseignement est à mettre à l’actif de la toute dernière recherche lilloise.
De la chirurgie à la diététique
L’engagement de patients volontaires aux côtés chercheurs a permis de mieux comprendre le mécanisme impliqué dans la diminution du diabète de type 2 après une chirurgie de l’obésité de type bypass. Cette intervention consiste à modifier le circuit alimentaire, en court-circuitant une partie de l’estomac et de l’intestin. Pour établir ces résultats, les scientifiques ont étudié les conséquences de l’opération chez le miniporc, un mammifère omnivore, dont l’anatomie et la physiologie digestives sont très proches de celles de l’homme. Le 25 février 2016, ils rapportent dans un article publié par la revue Cell Metabolism* des résultats inattendus dont un mécanisme tout simple : après un bypass gastrique, le sucre ingéré n’est plus absorbé que dans la partie basse de l’intestin, lorsqu’il entre en contact avec la bile. De plus, cet effet de la bile est annulé en présence de phlorizine, un inhibiteur de l’absorption du glucose, naturellement contenu dans l’écorce de pommier. Enfin, l’addition de sodium (sel) au repas, a suffi aux chercheurs pour restaurer l’absorption du sucre dans la partie haute de l’intestin, et accroître le taux de sucre postprandial chez les animaux opérés. Le lien entre l’addition de sel et l’augmentation de la glycémie au cours d’un repas était ainsi démontré pour la 1ère fois.
Profitant du contexte anatomique particulier du bypass gastrique, les chercheurs soulignent l’influence essentielle du sodium sur l’absorption intestinale du glucose. L’équipe lilloise a prouvé que c’est bien le sodium endogène, excrété dans la bile et les secrétions digestives, qui assure la majorité de l’absorption physiologique du glucose par l’intestin. La diminution sélective de l’absorption du glucose par l’intestin n’est pas la seule explication des résultats spectaculaires du bypass gastrique pour les personnes diabétiques. Ainsi, la perte de poids et la diminution de l’appétence pour les aliments sucrés jouent aussi un rôle important pour le maintien au long cours des résultats. 

Le glucose est absorbé uniquement lorsqu’il entre en contact de la bile et du sel qu’elle contient
Les chercheurs lillois réconcilient la théorie et la clinique, en expliquant plusieurs observations jusque-là incomprises, comme la diminution immédiate du taux de sucre après un repas chez les patients diabétiques opérés, ou la meilleure efficacité des interventions réduisant le plus la longueur d’intestin fonctionnel. Plus généralement, ces résultats confirment aussi l’influence du contenu en sel des repas sur l’élévation de la glycémie, récemment illustrée chez des individus sains, par une étude israélienne (Zeevi et al. Cell 2015). Les chercheurs lillois concluent d’ailleurs leurs travaux en soulignant l’intérêt de prévenir ou traiter le diabète en modulant l’absorption intestinale du glucose par des mesures diététiques (par la diminution de l’ingestion simultanée de sel et de sucre) ou pharmacologiques (à l’aide de molécules inhibant sélectivement le transporteur sodium-glucose intestinal, dont les premières résultats chez l’homme semblent prometteurs). 
La chirurgie bariatrique aide à comprendre les liens entre l’intestin, l’alimentation et l’équilibre glycémique
Depuis sa recommandation par la Haute Autorité de Santé en 2009, la chirurgie bariatrique a été réalisée chez plus de 200 000 français atteints d’obésité sévère. Chez les patients présentant également un diabète de type 2, la dérivation de l’estomac, appelée bypass gastrique entraîne aussi une diminution rapide du taux de sucre dans le sang (glycémie). Une fois opérés, de nombreux patients peuvent diminuer voire interrompre leurs médicaments antidiabétiques, avant même d’avoir perdu du poids. 
Au-delà de la chirurgie, l’élucidation des liens unissant l’intestin, l’alimentation et l’équilibre glycémique ouvre de nouvelles perspectives pour la prise en charge du diabète de type 2, une maladie qui frappe 5% des français et plus de 300 millions de personnes dans le monde. 
Cette meilleure compréhension d’un phénomène métabolique est le résultat des travaux conduits par les chercheurs de l’Unité Mixte de Recherche 1190 «Recherche Translationnelle sur le Diabète» (Université de Lille – Inserm – CHRU de Lille) dirigée par le Pr Pattou.
Ces recherches ont été possibles grâce au soutien financier de : Fondation de l’Avenir (ET2-665) ; Fondation Francophone pour le Recherche sur le Diabète ; European Genomic Institute for Diabetes (ANR-10-LABX-46) ; Conseil Régional Nord-Pas de Calais-Picardie et Commission Européenne (ERDF CARDIO-DIABETES 12003944).
*Bile Diversion in Roux-en-Y Gastric Bypass Modulates Sodium-Dependent Glucose Intestinal Uptake – Baud et al., 2016, Cell Metabolism 23, 1–7 (March 8, 2016 ª2016 Elsevier Inc.)

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