Février 2013 : Drame à la maternité de Pont Royal – Urgences sous tension

Deux services sensibles font les gros titres de février : la maternité avec le tragique décès d’un fœtus in utéro qui relance le débat sur l’organisation de la périnatalité en France et les urgences où la tension semble monter d’un cran.

Deux services sensibles font les gros titres de février : la maternité avec le tragique décès d’un fœtus in utéro qui relance le débat sur l’organisation de la périnatalité en France et les urgences où la tension semble monter d’un cran.
Emoi national suite au décès in utero d’un bébé alors que sa mère venue par par deux fois à la maternité de Cochin-Port Royal les 29 puis le 31 janvier, avait été renvoyée à son domicile. Réexaminée dans la nuit du 31 au 1er février, elle a appris la perte de son fœtus in utero. Pour la jeune femme la faute incombe à la maternité saturée. Le 3 février l’AFP annonçait qu’une triple enquête, médicale, administrative et judiciaire était lancée « pour éclaircir les circonstances du décès ». Le lendemain, l’AFP relayait le mécontentement de professionnels dénonçant le manque de moyens humains « trop faibles dans les maternités françaises » alors que les moyens techniques sont multipliés chaque année. L’agence cite la Cour des comptes préconisait « une remobilisation d’urgence des acteurs nationaux et locaux" en matière de périnatalité en 2012. La parole est aussi donnée à l’urgentiste Patrick Pelloux qui déclare "On est allés trop loin dans la déstructuration de notre tissu de maternités", rappelant que le nombre de maternités est passé de 1 400 dans les années 1970 à environ 500 aujourd’hui. Interrogé sur Europe 1 le 4 février l’obstétricien René Frydman estime quant à lui « qu’un plan de périnatalité plus en adéquation avec les besoins d’aujourd’hui est peut-être nécessaire. Quant au président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens, Jean Marty, il dénonçait sur LCI le 3 février "le dévoiement" du plan périnatalité, qui en classant les maternités de niveau I,II ,III (par décret en date de 1998) « a abouti au discrédit  des maternités de faible niveau (…) Les gens ont pensé qu’ils étaient plus en sécurité dans les maternités de type III et donc on a eu un engorgement de ces établissements, avec, dans le même temps, la volonté de l’administration de fermer les maternités privées de type I pour récupérer ce volume économique"
L’affaire a fait la Une de la presse nationale : TF1, France 2, France 3, des quotidiens et des hebdomadaires. Dans un communiqué en date du 4 février, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris annonçait que « L’examen de l’organisation de la maternité de Port-Royal au cours de cette période permet de dire que les effectifs soignants, médicaux et paramédicaux, étaient au complet et que la disponibilité des lits et des salles permettait de recevoir les urgences. L’examen médical de cette patiente n’a pas conduit à la décision de la prendre en charge en urgence. »
Le même jour, l’AFP prévenait qu’une jeune femme qui avait perdu son bébé in utero dans cette maternité en 2011 allait, elle aussi, porter plainte.
Les urgences à la Une
Alors que le documentaire sur le service-vitrine du CHU de Montpellier «24h00 aux urgences» est suivi par près de 2 millions de téléspectateurs à chacun de ses passages sur TF1, la tension monte dans les unités de Grenoble où les urgentistes menacent de démissionner et de Strasbourg où les médecins et soignants en colère dénoncent les conditions d’accueil des patients, la qualité des soins et les conditions de travail du personnel déplorant « une maltraitance institutionnelle organisée ». Pour Marisol Touraine « le renforcement des effectifs aux urgences n’est pas la "seule réponse" pour désengorger ces services, qui nécessitent une meilleure organisation à l’intérieur et à l’extérieur de l’hôpital. » lit-on dans l’AFP du 6 février. Le 20 février une dépêche révélait qu’un protocole de sortie de crise avait été signé le matin même entre les médecins des urgences et la direction du CHU de Grenoble et qu’ayant obtenu trois postes de médecins en plus des quatre prévus depuis plusieurs mois, les urgentistes avaient levé leur menace de démission.  2 jours plus tard l’AFP reprenait les termes d’une lettre adressée à Marisol Touraine par Patrick Pelloux, président de l’Amuf (Association des médecins urgentistes de France) et Marc Giroud, président du Samu-urgences de France qui sonne comme une alerte « Les urgences sont entrées dans une crise majeure, une crise de leurs ressources humaines. »
Février aura aussi été le mois de la remise du rapport de la Cour des comptes. "Mal conduites" , "inachevées" le rapport de la Cour des comptes pointe les failles des restructurations hospitalières lancée voici 15 ans. L’AFP du 12 février cite les trois cas analysés : la rénovation du centre hospitalier de Perpignan, le regroupement de l’offre hospitalière de la vallée de la Tarentaise et l’implantation d’un plateau technique unique dans le nord-Deux-Sèvres et revient sur leur longue gestation, et pour le premier sur son inadaptation aux  normes modernes de qualité et sécurité.  Dans Les Echos qui met en lien l’intégralité des documents,  Valérie Mazuir regrette que  les restructurations se heurtent aux « réticences, souvent amplifiées par les communautés médicales et hospitalières elles-mêmes, des populations et des élus, à accepter les fermetures de services » – même quand la sécurité des patients est en jeu du fait d’un niveau insuffisant d’activité ou de difficultés de recrutement de professionnels de santé.
Le Parcours de soins selon Jean-Marc Ayrault
En déplacement au CHU de Grenoble le 8 février, le 1er ministre a lancé  le « nouveau modèle français de santé publique » avec pour « objectif d’améliorer la santé des citoyens, de garantir l’égal accès de tous à l’offre de soins et de rééquilibrer les comptes du régime général de la Sécurité sociale » explique Fabien Piliu dans La Tribune du même jour. Jean-Marc Ayrault a notamment a rappelé les contours du parcours de soins qu’habituellement le patient construit lui-même en prenant l’avis de son généraliste et son spécialiste.  Damien Mascret, journaliste au Figaro, reprend les propos de Jean-Marc Ayrault qui plaide pour une médecine qui ne soit plus  « une succession d’actes ponctuels » mais une médecine de parcours, « qui repose sur la coopération des professionnels et l’implication des patients». « Ce n’est pas au patient de coordonner lui-même la série d’actes ou d’interventions dont il a besoin» a insisté le chef du gouvernement. Une position qui rejoint les recommandations 2 et 3 élaborées lors des 13èmes Assises nationales hospitalo-universitaires des 6 et 7 décembre 2012*.
Enfin, en cette ère post Mediator, retenir aussi la question sur les liens d’intérêts posée par Jérôme Jadot dans l’émission le plus de France Info :   Industrie pharmaceutique et médecins : peuvent-ils être indépendants ?  et avant de répondre trop vite, prendre le temps d’écouter les explications sur la complexité de l’organisation et du financement de la recherche française à travers les réponses des intéressés 
Marie-Georges Fayn


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Relais H, un réseau très hospitalier

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* 2. PENSER «parcours de soin», le CHU participant à sa juste place à la coordination de l’ensemble, créant un comité de liaison ville/hôpital et enrichissant les liens avec la médecine de ville y compris en matière de recherche.
3. INSCRIRE parmi les priorités du projet médical et du projet d’établissement le parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d’autonomie, en créant là ou ce n’est pas encore le cas des pôles gériatriques et une commission de coordination gériatrique (associant médecins et soignants) auprès des instances dirigeantes du CHU.

Extrait des 15 propositions émises par les directeurs généraux de CHU, les présidents de commissions médicales d’établissement de CHU et les doyens des facultés de médecine réunis à Bordeaux dans le cadre des XIIIèmes Assises Nationales Hospitalo-Universitaires, les 6 et 7 décembre 2012.

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