« Initiatives Psychiatrie » : fédérer la profession pour impulser le changement -17

Olivier Bonnot, professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU de Nantes, Noël Pommepuy, praticien hospitalier à l’EPSM de Ville Evrard, vice-Président de CME, Halima Zeroug-Vial, psychiatre, praticien hospitalier au CH du Vinatier, vice-Président de CME et Antoine Pelissolo, psychiatre chef de service au CHU Henri-Mondor, président de la Collégiale des psychiatres de l’AP-HP lancent "Initiatives psychiatrie", un mouvement pour établir, au-delà des nombreux champs théoriques qui animent la discipline, un socle commun de pratiques de soins en psychiatrie.

Olivier Bonnot, professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU de Nantes, Noël Pommepuy, praticien hospitalier à l’EPSM de Ville Evrard, vice-Président de CME, Halima Zeroug-Vial, psychiatre, praticien hospitalier au CH du Vinatier, vice-Président de CME et Antoine Pelissolo, psychiatre chef de service au CHU Henri-Mondor, président de la Collégiale des psychiatres de l’AP-HP lancent "Initiatives psychiatrie", un mouvement pour établir, au-delà des nombreux champs théoriques qui animent la discipline, un socle commun de pratiques de soins en psychiatrie.
"Initiatives Psychiatrie se veut être un mouvement fédérateur de la profession en provoquant un changement nécessaire par la juste reconnaissance par les pouvoirs publics des moyens indispensables à allouer à la discipline en vue d’assurer une psychiatrie de qualité aux usagers, aux familles et aux professionnels et la refondation et de l’amélioration des pratiques que nous souhaitons mener au sein de notre collectif, au service des grands enjeux de santé publique en psychiatrie", expliquent les quatre praticiens hospitaliers à l’origine de la création d’Initiative Psychiarie. 
Un site Internet détaille les valeurs du mouvement, ainsi que ses propositions. Parmi celles-ci, la coordination des politiques nationales en psychiatrie et santé mentale par une mission interministérielle portée par le ministère de la Santé en lien avec ceux de l’Education nationale, des Universités et de la Recherche, de la Jeunesse et des Sports, de la Culture et de la Justice. 

Territoires

Les professionnels défendent également une conception, une mise en œuvre, une coordination et une évaluation des interventions et structures psychiatriques à un échelon territorial, pour une population de 1 à 1,5 millions d’habitants définie par un bassin de vie."Les commissions spécialisées en santé mentale des actuels conseils territoriaux et les communautés psychiatriques de territoires existantes peuvent constituer la base de cette organisation, en s’appuyant sur les Projets territoriaux de santé mentale (PTSM) en cours d’établissement. Le pilotage opérationnel doit en être assuré par un comité composé d’un psychiatre, d’un directeur d’hôpital, d’un élu et d’un représentant des usagers, doté de moyens de fonctionnement et d’investissement et devant rendre annuellement un rapport d’activité et être renouvelés périodiquement".
Chaque territoire devrait selon eux être "segmenté en services de secteur psychiatrique, assurant des missions de proximité pour la prévention, les soins ambulatoires et hospitaliers, et la réhabilitation psychosociale de la population desservie, sans exclusive et sans avance de frais. Les moyens attribués à chaque secteur sont analysés spécifiquement, au moins tous les 3 ans, pour vérifier qu’ils sont en adéquation avec ces missions et avec les services rendus. Les services de secteurs doivent avoir les moyens de prendre en charge des patients ne résidant pas dans les communes desservies, afin de respecter le libre choix des patients inscrit dans la loi". En outre, "sur chaque territoire, des structures inter-sectorielles permettent de répondre aux besoins de l’ensemble de la population pour des prises en charge spécifiques, notamment les urgences psychiatriques ou des soins non programmés pour enfants, adolescents, adultes, sujet âgés ; la psychiatrie de liaison dans les hôpitaux généraux ; la psychiatrie de la personne âgée ; la psychiatrie périnatale, du neuro-développement et de l’adolescent ; les troubles psychotiques émergents ; les pathologies résistantes ; les addictions ; les patients en situation de précarité sociale ; l’évaluation et la prise en charge de troubles peu fréquents et sévères, nécessitant des compétences spécifiques ; les dispositifs de veille et de recontact après gestes suicidaires.
Les médecins psychiatres appellent aussi à ce que chaque commune soit rattachée à un Conseil Local de Santé Mentale regroupant l’ensemble des acteurs impliqués : services hospitaliers, psychiatres et structures libérales, élus, représentants des usagers, services médico-sociaux, services sociaux, bailleurs sociaux, réseaux de soins et de prévention, conseils de l’ordre des médecins et des infirmiers, protection maternelle et infantile, crèches, éducation nationale et universitaires, justice, police, transports, etc. Ces CLSM sont dotées de moyens de fonctionnement et de statuts, avec des objectifs structurés et une évaluation régulière des travaux et des résultats. Des groupes multi-partenariaux sont chargés d’analyser de manière anonymisée les situations personnelles les plus complexes. 

Innovations

Le territoire, au coeur des valeurs de ce mouvement, est également présenté comme un vecteur d’innovations, de formation et de recherche sur toutes les pathologies constituant des enjeux de santé publique. "De même, des dispositifs régionaux sont mis en place pour des besoins spécifiques, comme la psychiatrie pénitentiaire ou la prise en charge des patients nécessitant une protection comportementale accrue (UMD)". Autre idée force : une plateforme téléphonique, avec un numéro régional unique dédié à la santé mentale, permet d’informer les usagers sur les structures existantes dans le territoire. Avec des moyens reforcés pour l’ambulatoire : "Les services sectorisés et inter-sectoriels sont organisés pour favoriser prioritairement les soins ambulatoires, avec notamment : des horaires d’ouverture large des consultations, des possibilités de suivi intensif en consultation ou en structures de jour, des possibilités de soins intensifs à domicile, les télé-soins, et des équipes mobiles permettant des interventions adaptées auprès de personnes non encore inscrites dans les soins ou réticentes aux soins".

Dotations

Les professionnels plaident également pour une meilleure adaptation des dotations aux besoins de la population : "Les dotations annuelles de financement des structures et services de psychiatrie doivent être établis en fonction des besoins observés, tenant compte notamment des files actives, des facteurs socio-économiques des populations prises en charge, du cout des soins spécialisés, et des besoins de santé publique. La dotation annuelle de financement totale, au plan national, est établie sur la base des besoins évalués sur l’ensemble des territoires et doit faire l’objet d’un plan de rattrapage pluriannuel, correspondant aux écarts enregistrés depuis de nombreuses années entre les dotations allouées et les charges et besoins. Ceci doit se traduire par une augmentation d’au moins 5% de la dotation annuelle en 2021, puis de 5% supplémentaire d’ici 2023. "

Professions

Des recommandations concernent enfin certaines catégories de professionnels comme les infirmiers qui "doivent pouvoir accéder à une spécialisation en psychiatrie reconnue par un statut et une rémunération spécifique" ou les psychologues cliniciens "qui doivent être intégrés aux professions de santé, avec des rémunérations revalorisées à la hauteur du niveau de formation acquis (Master). Par ailleurs, des grades hospitaliers, associés à des niveaux de rémunération correspondant, devraient être mis en place pour valoriser des formations universitaires (thèse, DU, etc.) et des responsabilités fonctionnelles utiles aux services hospitaliers".

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