Inquiétude des CHU face au projet de réforme de l’université

Le 28 juin 2007 les responsables hospitalo-universitaires ont organisé une conférence de presse pour alerter l'opinion sur les conséquences du projet actuel de réforme de l'Université sur la qualité de la formation des médecins, sur le fonctionnement des CHU et in fine sur la santé des français. (voir livre blanc des Doyens et autres documents ci-dessous) Cette réforme qui prône plus d'autonomie pour les universités, ce que les responsables des CHU ne remettent pas en cause, entraîne paradoxalement moins d'autonomie pour les facultés de médecine, de pharmacie et d'odontologie. Or cette caractéristique a été le garant de leur performance depuis près de 50 ans ! (Création des CHU en 1958)

Le 28 juin 2007 les responsables hospitalo-universitaires ont organisé une conférence de presse pour alerter l’opinion sur les conséquences du projet actuel de réforme de l’Université sur la qualité de la formation des médecins, sur le fonctionnement des CHU et in fine sur la santé des français. (voir livre blanc des Doyens et autres documents ci-dessous)

Cette réforme qui prône plus d’autonomie pour les universités, ce que les responsables des CHU ne remettent pas en cause, entraîne paradoxalement moins d’autonomie pour les facultés de médecine, de pharmacie et d’odontologie. Or cette caractéristique a été le garant de leur performance depuis près de 50 ans ! (Création des CHU en 1958)

En transférant la maîtrise des effectifs d’enseignants des Doyens aux Présidents d’Université, le projet de loi menace la qualité et la spécificité de la formation médicale. « En effet, qui mieux qu’un doyen, élu par ses pairs, assurant la triple fonction de médecin, d’enseignant et de chercheur, enseignant ce qu’il pratique et pratiquant ce qu’il enseigne, est à même d’apprécier les besoins tant au niveau de l’apprentissage que des soins ? » s’interroge le Pr Charpentier, Président de la conférence des doyens des facultés de médecine. Le chef de file des facultés de médecine rappelle aussi toute l’importance d’une augmentation proportionnelle des effectifs d’enseignants à celui des étudiants à former dont le nombre a quasi doublé puisque le numerus clausus est passé de 3 200 en 92 à 7 100 aujourd’hui. Une telle progression requiert non seulement une augmentation des moyens mais aussi une excellente connaissance des lieux de stage. L’article 15 de la nouvelle loi menaçant la formation, il menace aussi directement le soin, donc la santé publique et enfin il menace l’attractivité des carrières hospitalo-universitaires, le risque étant une fuite des jeunes talents vers le secteur libéral ou vers le secteur hospitalier de soins sans tâche universitaire.

Autre source d’inquiétude : le périmètre trop limité de l’université pour les facultés de médecine alors que l’heure est aux coopérations interrégionales comme le G4 qui réunit les CHU et les facultés de médecine d’Amiens, Caen, Lille,Rouen, le Groupement HUGO avec Angers, Brest, Nantes, Poitiers, Rennes et Tours ou encore le G5 région Nord Est – avec Besançon,Dijon, Nancy, Reims et Strasbourg.

Seule l’interregion permet d’atteindre la taille critique nécessaire à un bon enseignement – en donnant aux étudiants la possibilité de multiplier les terrains d’application et aux facultés et centres de recherche la capacité d’acquérir des équipements de plusieurs millions d’euros, investissements indispensables pour maintenir au plus haut niveau les performances de la recherche française. Progressivement la France hospitalo-universitaire va être découpées en 7 interrégions de 11 millions d’habitants. Le repli d’une faculté au sein d’une université n’est donc plus de mise avec les enjeux de la mondialisation.

Paul Castel, Président de la Conférence des Directeurs Généraux de CHU, solidaire de la démarche des doyens, précise cependant les aspects positifs de la réforme des universités « notamment quand elle va dans le sens de l’assouplissement, de la réactivité, de l’autonomie ». Valeurs maintes fois prônées lors des Assises hospitalo-universitaires organisées par les CHU. Les Directeurs Généraux ne refusent pas non plus de travailler avec les Présidents des Universités, déjà partie prenante dans la recherche « Seulement nous demandons la réciprocité à savoir être présent au conseil d’administration des Universités ».

Enfin Paul Castel rappelle la chance historique offerte par Robert Debré lors de la création de l’institution hospitalo-universitaire voici bientôt 50 ans. « Ce mariage sous contrat entre l’hôpital et l’Université a permis le rayonnement mondial de la médecine française et nous est envié par de nombreux autres pays européens ». Les CHU se préparent d’ailleurs à célébrer leur jubilé en 2008 et le succès de la réforme Debré ; une particularité française qui a contribué à faire de notre système de santé un des meilleurs du monde.

Le Professeur Alain Destée représentant l’ensemble des praticiens des CHU, les hospitalo-universitaires comme les praticiens hospitaliers, s’inquiète du risque de délitement du CHU si demain le pont entre l’université et les hôpitaux publics est rompu.
Actuellement les facultés de médecine par la voix de leurs doyens, eux même hospitalo-universitaires, assurent ce lien essentiel entre la formation théorique et la formation pratique « au lit du patient ».
Le Pr Destée relaye les craintes des praticiens des CHU, craintes de voir les moyens pour la formation des générations futures non plus estimés en fonction des besoins sur le terrain mais en fonction de contingences technocratiques. Ils craignent ne plus trouver de vocations chez les jeunes pour les carrières hospitalo-universitaires dans un tel contexte.

Enfin le Pr Destée soutient l’inter-régionalité comme la bonne échelle pour l’enseignement de la médecine. Les Présidents de CME des CHU proposent la création d’universités de santé réunies au sein de l’inter région en de véritables « Pôles Interrégionaux de Recherche et d’Enseignement Supérieur en Santé » (PIRESS), ce qui serait en adéquation et cohérence avec de multiples organisations ou projets : cancéropoles, DIRRC, organisation interrégionale de l’enseignement des DES, internat inter régional, SIOS.
L’enseignement de la médecine ne peut se replier sur elle-même au sein d’une université mais doit s’ouvrir sur l’inter- région pour pouvoir rayonner au niveau européen et international.

Facultés de médecine : chiffres clés
44 facultés de médecine
16 facultés d’odontologie
9 407 médecins enseignants dont de nombreux vacataires parmi les 3 822 PU-PH, 2 978 CCA, 1 811 MCU-PH, 604 AHU, 192 PHU – source : JO du 07/12/2006
46.000 étudiants en année 1**
29.000 étudiants en année 2 à 6**
16 000 internes**

**source : Association des responsables administratifs des facultés de médecine – statistiques 2006

PU-PH PROFESSEUR DES UNIVERSITES-PRATICIEN HOSPITALIER
CCA CHEF DE CLINIQUE-ASSISTANT
MCU-PH MAITRE DE CONFERENCES DES UNIVERSITES-PRATICIEN HOSPITALIER
AHU ASSISTANT HOSPITALIER UNIVERSITAIRE
PHU PRATICIEN HOSPITALIER UNIVERSITAIRE

Pour plus d’information

Déclaration commune monde de la santé
Livre blanc des Doyens
Article 14 réforme des universités
Lettre de Jean Dausset au Président Nicolas Sarkozy

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