Internes : le new deal des CHU pour attirer et fidéliser les carrières à l’hôpital

Les 15emes Assises nationales hospitalo-universitaires qui se sont tenues à Toulouse les 8 et 9 décembre ont été un carrefour d’échanges et de débats sur les futurs du CHU tant sur le plan régional, national qu’international. L’occasion pour les participants de rappeler qu’il faut soutenir l’excellence de l’enseignement et de la recherche en France afin d’attirer et fidéliser les professionnels de santé dans les carrières à l’hôpital public.
Les 15emes Assises nationales hospitalo-universitaires qui se sont tenues à Toulouse les 8 et 9 décembre ont été un carrefour d’échanges et de débats sur les futurs du CHU tant sur le plan régional, national qu’international. L’occasion pour les participants de rappeler qu’il faut soutenir l’excellence de l’enseignement et de la recherche en France afin d’attirer et fidéliser les professionnels de santé dans les carrières à l’hôpital public.
Alors que 25% des postes de praticiens hospitaliers sont vacants dans le service public et que bon nombre de jeunes étudiants et chercheurs cèdent aux sirènes d’outre-Atlantique et d’Asie, il est urgent de redonner l’envie aux jeunes internes de poursuivre leur carrière sur leur lieu de formation.
"Il faut garder les jeunes dans nos établissements et pour ce faire, il faut augmenter la responsabilisation des médecins dans leur parcours", martèle le Pr Michel Claudon, Président de la CME du CHU de Nancy, président de la Conférence nationale de CME des CHU. "L’avenir de notre système de santé repose sur les CHU et leur mission d’intérêt général avec la révolution technologique et numérique et les projets qui seront développés au sein des GHT (groupement hospitalier de territoire, le CHU sort de ses murs" explique Jean-Pierre Dewitte, Président de la Conférence des directeurs généraux de CHU.
"Il faut décloisonner le CHU et unir nos forces pour préparer l’avenir en valorisant l’expertise des CHU au niveau des territoires tout en restant dans la compétition internationale. Le CHU est un lieu de soins de proximité et un modèle de savoir-faire français exemplaire dans le monde pour l’enseignement, la recherche et l’innovation" encourage Marisol Touraine qui annonce lors de l’ouverture de ces Assises qu’elle débloque 100 millions d’euros de crédits mis en réserve en faveur des établissements de santé.
Quelles mesures pour les futurs soignants ?
Innovation, attractivité sont les maîtres mots des acteurs de santé réunis dans une prospective régionale, nationale et internationale.  L’innovation passe entre autres par la formation avec la mise en place d’outils de simulation dans nos établissements. "La simulation doit être incluse dans les maquettes de formation de tous les étudiants" plaide le Pr Isabelle Richard, Doyen de l’UFR santé d’Angers. Elle propose également d’adopter des concepts communs à la pédagogie de toutes les formations en santé et notamment en ambulatoire.
Diversifier les modalités de recrutement des professionnels de santé et favoriser la promotion professionnelle et les passerelles entre les cursus sont indispensables pour encourager flexibilité et mobilité dans les carrières. Avis largement partagé par le Pr Jean-Luc Dubois-Randé, Président de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Il y trop de formatage dans les études de médecine, la réforme du 3eme cycle intervient au bon moment. Les double cursus et parcours doivent être encouragés précise-t-il. Aujourd’hui le modèle HU n’existe plus que dans de très grosses équipes, le modèle est statique et favorise donc la fuite des talents vers le privé. Les plateaux techniques sont de moins en moins compétitifs, le prestige des CHU d’antan ne séduit plus les étudiants qui dès l’externat ont le sentiment de s’épuiser pour rien… Or pour faire rêver, on ne peut concéder à l’excellence scientifique et à l’enseignement.
Il faut redistribuer les moyens de recherche vers les équipes et proposer une politique de recherche innovante au CHU, l’attractivité repose sur le réseau et la formation par le compagnonnage poursuit-il. L’exemple du Plan génomique est un succès car il a su fédérer les équipes de plusieurs CHU vers une même ambition.
Les mentalités et attentes des jeunes étudiants, des internes et des PU-PH ne correspondent plus au profil traditionnel d’une population qui était militante, disciplinée et hiérarchisée. "L’innovation ne supporte pas un chef qui ne laisse à ses collaborateurs ni air pour respirer ni espace pour expérimenter cette maxime du manager" Thomas Sattleberger illustre bien la nécessité de redéfinir les statuts à l’hôpital pour aider les plus jeunes à se diriger vers la recherche.
Des postes de professeur assistant contractuel sur des missions identifiés ont été créés récemment ; ce statut d’enseignant est une pièce maitresse du dispositif de valorisation de ceux qui s’impliquent dans un projet HU.
"Les ordonnances de 1958 ont permis le développement de la médecine universitaire française, cinq décennies plus tard le CHU doit s’adapter au futur en incluant le management au cœur du système de soins" conclut Martin Hirsch, Directeur général de l’AP.
Conditions de vie des internes, rémunération des PU-PH, respect du repos de sécurité, mobilité internationale grâce aux fellowships, les souhaits des internes dans leur rapport du 26 novembre semblent pris en compte par l’ensemble de la communauté hospitalière et les pouvoirs publics…La possibilité d’identifier clairement certains parcours entre ceux de cliniciens, managers et chercheurs permettra aux futurs médecins de mieux se projeter dans une carrière dans le CHU de demain.
Avec l’aimable autorisation d’Anne Marie De Rubiana rédactrice en chef de http://www.remede.org/

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