Janvier 2013 : Drames en maisons de retraite – Pilules, risques sous évalués

Tragédies humaines autour de la prise en charge des personnes âgées, prescriptions inadaptées des pilules de 3ème et 4ème générations qui provoquent de graves accidents cardio-vasculaires voire des décès... Terriblement angoissante, l’actualité santé de ce début d'année 2013 appelle de profondes réformes...

Tragédies humaines autour de la prise en charge des personnes âgées, prescriptions inadaptées des pilules de 3ème et 4ème générations qui provoquent de graves accidents cardio-vasculaires voire des décès… Terriblement angoissante, l’actualité santé de ce début d’année 2013 appelle de profondes réformes…
La prise en charge des personnes âgées en question
Le renvoi d’une personne âgée de 94 ans d’une maison de retraite, la Villa Beausoleil de Chaville (92), pour non-paiement de 40 000 euros de loyers et les modalités de son expulsion ont choqué la France entière. A l’origine une mésentente familiale qui oblige l’établissement à saisir le TGI de Nanterre. Le tribunal condamne les enfants à régler les arriérés. Prononcée fin octobre 2012, ce jugement est resté lettre morte. Une rupture de contrat qui aboutit le 4 janvier 2013, à la décision brutale de la direction de la maison de retraite de reconduire la vieille dame au domicile d’un de ses fils. Se heurtant à une porte close, les ambulanciers ont alors emmené la nonagénaire à l’hôpital le plus proche. L’affaire relayée par tous les médias prend une dimension nationale et suscite de multiples prises de position. Le directeur de la maison de retraite est suspendu, la direction reconnaissant son erreur souhaite réintégrer la pensionnaire. Michèle Delaunay, Ministre chargée des personnes âgées s’indigne. Il s’agit pour elle d’une "violation du droit et de la dignité humaine", la chambre d’un résident étant « son domicile, sur le plan légal ». L’Agence régionale de la santé, juge "inacceptable" le traitement de la vieille dame et mène une enquête. Dominique Baudis, Défenseur des droits s’est auto-saisi de l’affaire. Contacté par Le Monde.fr du 7 janvier, Pascal Champvert président de l’AD-PA, l’association des directeurs de maison de retraite et de service à domicile, admet qu’il était "maladroit d’avoir hospitalisé cette femme aux urgences" mais estime que les enfants de la nonagénaire sont des "gens aisés qui ne sont pas honnêtes". Il rappelle que dans la plupart des cas d’impayés (2 à 3% par an), "il y a un minimum de dialogue" avec les familles. Patrick Champvert demande ainsi au ministère la tenue d’une table ronde sur la question des impayés. Pour son association, "l’essentiel est ailleurs" : "cette affaire montre le scandale que constitue la réglementation concernant les établissements pour personnes âgées : des centaines de milliers de Français doivent donner l’ensemble de leurs revenus et leur patrimoine et doivent même faire participer parfois leurs enfants et petits-enfants !
Le Figaro.fr du 7 janvier reprend un communiqué du parti communiste qui dénonce la primauté de la loi du fric sur le respect de la personne. Le même jour, le scandale faisait l’ouverture des journaux TF1, France 2, France Info, RTL et continue à susciter des réactions sur le net
Autre fait divers : le décès d’une nonagénaire souffrant de troubles cognitifs retrouvée sans vie vendredi le 18 janvier dans le parc de l’hôpital Sainte-Périne (AP-HP). Elle aurait été vue pour la dernière fois la veille au soir dans sa chambre. La tragédie rapportée sur toutes les radios, TV et quotidiens bouleverse l’opinion publique. Sur Europe 1, le 22 janvier les résidents dénoncent un manque de personnel, le parquet de Paris ouvre une enquête, plusieurs familles portent plaint.
Ces terribles histoires posent la question du tarif des maisons de retraite, des modalités de règlement, du risque de maltraitance, de la nécessaire mutualisation des coûts, de la place des personnes très âgées dans la société… « d’une vieillesse qu’il faut réenchanter ! » selon Annie de Vivie, fondatrice d’Agevillage.com, qui participait à un débat sur BFM le 7 janvier.
La pilule de 3ème génération, un nouveau scandale sanitaire ?
L’alerte publiée dans le Monde du 14 décembre sur les risques des pilules de 3ème et 4ème génération a été suivie le 29 décembre d’un témoignage de Sophie 21 ans qui souffrait d’essoufflements puis d’embolie pulmonaire suite à la prise d’une pilule et à un vol en avion d’une dizaine d’heures. Une première plainte au pénal déposée en France a été déposée par une jeune femme demeurée handicapée après un accident vasculaire cérébral qu’elle impute à la prise de sa pilule, les questions se multiplient. Et la journaliste Pascale Kremer de s’interroger sur ce quotidien du 10 janvier : "Pourquoi les médecins ont-ils continué de prescrire à la moitié de leurs jeunes patientes des pilules de troisième et quatrième génération, en dépit des recommandations contraires de la Haute Autorité de santé (HAS) depuis 2007 ? Sans doute parce que les alertes sur la dangerosité de ces contraceptifs ont été couvertes par une autre musique, omniprésente : le discours des gynécologues les plus médiatiques de France." Trop rassurants selon la journaliste, qui s’intéresse aux liens que ces gynécologues de renom entretiennent avec les laboratoires pharmaceutiques.
Quelques jours plus tard, le public apprend par l’AFP du 14 janvier que de graves accidents cardio-vasculaires liés à la prise d’une pilule contraceptive, ont été répertoriés en l’espace de 14 ans au CHU de Brest précise le Figaro. Un rapprochement est fait avec le Mediator "En extrapolant les chiffres du CHU – qui couvre une région de 800 000 habitants – à l’ensemble de la population française, on arrive à 3 000 ou 3 500 effets indésirables graves et environ 150 décès chez les femmes de 15 à 25 ans pour la période allant de 1998 à 2012, explique-t-on de source médicale" est-il noté dans la dépêche. L’information figure dès lors sur tous les journaux nationaux. Le 22 janvier, l’AFP annonce que 1 293 gynécologues publics et libéraux ont signé un manifeste pour dire qu’ils ne sont "ni achetés ni vendus" aux laboratoires pharmaceutiques et apporter leur soutien à leurs collègues mis en cause. Une initiative portée par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM) et la Société française de gynécologie (SFG).
Le 11 janvier l’AFP indiquait « En plus de dérembourser les pilules de 3e et 4e génération dès le mois de mars, la ministre de la Santé a annoncé ce vendredi qu’elle allait mettre en place un dispositif spécial pour limiter les prescritions. » car ces pilules présentent un risque cardiovasculaire accru par rapport aux pilules de 2e génération et mis en place un numéro vert. Le 27 janvier, Anne Jouan dans le Figaro évoque le lien entre ce traitement contre l’acné utilisé comme contraception et la mort de plusieurs personnes et l’agence du médicament confirme que quatre décès sont imputables à la prise de la pilule Diane 25 fabriquée par Bayer. Le laboratoire réagit immédiatement dans une déclaration à l’AFP, en rappelant que le risque de formation de caillot lié à la prise de Diane 35 était «connu et clairement indiqué dans la notice d’information patient», et que ce traitement ne devait être prescrit que contre l’acné, «dans le respect des contre-indications».
Le 30 janvier, l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) a annoncé la suspension de Diane 35 et de ses génériques dans 3 mois et réévaluait à la baisse le bénéfice / risque de ce produit.
Interviewée par Eric Favereau dans Libération du 25 janvier, Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest déclare : "(…) Lors de «l’affaire» du Mediator, j’avais observé avec effroi que les victimes devaient affronter une deuxième épreuve : celle de l’incrédulité voire du dédain des experts face à leurs symptômes. (…) Aujourd’hui, c’est la même chose". et de rajouter "On paye toujours la culture de l’innovation à tout prix. (…) Devant les médicaments, nous sommes loin de mettre sur le même plan les effets secondaires et l’espérance d’un bénéfice. Or, là est la bonne balance. Concernant les conflits d’intérêts elle estime que "Les médecins n’ont pas conscience d’être influencés alors que cela est démontré. Ils confondent le fait d’être sous influence et «pourris», ce qui renvoie à une notion morale inappropriée et culpabilisante."
Les Palmarès des hôpitaux ne s’intéressent pas qu’à la qualité des soins mais aussi au coût des prestations complémentaires et ressources annexes. Ainsi, l’Expansion du 23 janvier publie « Hôpitaux : des factures qui font mal » un dossier signé Stéphanie Benz. Pour « faire rentrer de l’argent frais dans leur caisses » les hôpitaux agissent sur frais de parkings, de chambres individuelles (43 euros en moyenne) et sur la participation au coût des soins qui représentent 22,4 % du budget des hôpitaux en 2011. Problème : la disparité des montants que rien ne justifie, du simple au sextuple selon les établissements soit, pour une journée dans un service de médecine, 380 euros d’écart entre le centre hospitalier le plus cher et le moins cher. « Dans les seuls CHU, l’addition moyenne pour les séjours en médecine s’est envolée de 10 % en deux ans, soit le double de l’inflation. D’autres hôpitaux ont fait bien plus fort : + 112 % à Cosne-Cours-sur-Loire (Nièvre), + 98 % à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), + 83 % pour le centre hospitalier Nord Deux-Sèvres (Bressuire)… » dénonce Stéphanie Benz qui pointe aussi la facturation systématique des chambres individuelles. Le mensuel économique dresse le tableau des prix d’une journée de médecine dans plus de 400 hôpitaux.
Opendatasanté
Journalistes, représentants d’usagers de santé, assureurs… lancent "liberté pour les données de santé" une pétition sur le web pour rendre publiques les informations sur les médecins et les hôpitaux et aider les patients à faire leur choix en comparant le coût et la qualité de leurs offres. Pour les signataires "Il n’est pas acceptable que des informations indispensables à la bonne compréhension et à la bonne gestion de notre système de santé soient ainsi confisquées ou au mieux présentées de manière parcellaire. Les pouvoirs publics auraient-ils des choses à cacher ou bien craignent-ils que leur inaction soit pointée du doigt ? Une chose est certaine, l’usager, le principal intéressé, ne dispose pour le moment que d’un aperçu du paysage : celui que les autorités veulent bien lui montrer". Ainsi c’est la pression médiatique qui a contraint l’Assurance maladie à dresser une liste des 250 spécialistes aux pratiques abusives. Des modes de fonctionnement qui selon les auteurs instaurent un climat de défiance.
Le Collectif interassociatif sur la Santé (Ciss) a apporté son soutien à l’appel relayé par Daniel Rosenweg dans Le Parisien du 25 janv.
Parmi les personnalités à l’origine du manifeste : Alain Bazot, Président de l’UFC-Que-Choisir ; Marianne Binst, Directrice générale de Santéclair ; Annie Chicoye, Directeur Exécutif, Institut Economie et Management de la Santé…
Marie-Georges Fayn


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