L’aide médicale urgente face aux situations exceptionnelles

Notre société, déjà confrontée aux risques naturels depuis des milliers d'années, doit affronter maintenant les risques générés par son industrialisation. Prenant la mesure de tous ces risques, l'Etat mène une politique active d'information des populations, de prévention et de planification à laquelle les Services d'Aide Médicale Urgente participent activement.

Le risque majeur

Le risque majeur se définit comme les répercussions d’un aléa sur des zones où existent des enjeux humains bien sûr mais aussi matériels ou environnementaux importants. Le premier risque auquel l’Homme ait été confronté est bien évidemment le risque naturel. Les tempêtes de la fin d’année 99, les récentes inondations picardes en sont l’illustration. Mais c’est avant tout le risque technologique que notre société doit redouter. Il est la rançon de son industrialisation et elle se doit d’y faire face. Ce risque se décline sous différents aspects :
– le risque pétrolier, représenté par le raffinage, la transformation et l’exploitation des produits pétroliers.
– le risque chimique généré par les usines à risque dénommées « SEVESO » depuis une directive européenne de 1982.
– le risque nucléaire localisé aux Centres Nucléaires de Production d’Electricité (CNPE) répartis sur notre territoire.
– le risque « transport », qu’il soit transport de passagers ou de matières dangereuses
– le risque « social » illustré essentiellement par tous les grands rassemblements de foule.
– le risque terroriste qui a si tragiquement frappé les USA le 11 septembre dernier.

La Haute-Normandie s’avère particulièrement exposée
La Seine-Maritime représente le département français au plus fort potentiel de risque technologique avec près de 50 entreprises classées « SEVESO » ainsi que deux CNPE sur les communes de Paluel et Penly.

L’information aux populations

La loi sur la Sécurité Civile du 22 juillet 1987 stipule clairement dans un de ces articles que « le citoyen a le droit à l’information sur les risques qu’il encourt en certains points du territoire et sur les mesures de sauvegarde pour s’en protéger ». Chacun doit avoir connaissance des risques majeurs afin de les intégrer dans sa vie quotidienne. Un grand nombre de communes de Seine-Maritime ont été reconnues « à risque » et sont listées dans un Document Départemental sur les Risques Majeurs (DDRM). Chaque commune fait ensuite l’objet d’un Dossier Communal de Synthèse (DCS) que le public peut consulter en Mairie .

La prévention : peut-on envisager de réduire certains risques voire de les supprimer complètement ?

Sous la direction de l’Etat, des travaux sont menés afin de diminuer chaque risque ou tout au moins ses conséquences.
La planification
Malgré la prévention, un risque majeur peut survenir à tout moment. Les services publics doivent avoir imaginé la manière dont ils interviendraient en pareilles circonstances. C’est le but de la planification qui aboutit à la rédaction d’un document commun à l’ensemble des services concernés. Ces plans de secours, « généralistes » ou spécialisés, définissent les commandements, les missions de chaque service, leur coordination et enfin la phase de post-crise et de retour à la normale. Sur le terrain, la mise en ?uvre d’un tel plan se traduit par l’activation d’une chaîne de secours, sous les ordres du Préfet de département. Le Préfet désigne un Directeur des Secours Médicaux qui sera l’interlocuteur privilégié pour toutes les questions d’ordre médical.

L’expérience du SAMU de Rouen

Depuis une quinzaine d’année, le SAMU de Rouen a du faire face à plusieurs accidents majeurs (déraillement de l’express Le Havre-Paris sur le passage à niveau de St Pierre du Vauvray, collision de deux pétroliers dans les boucles de Seine, Carambolage de l’autoroute A 13, ?). La mise en place sur le terrain de la chaîne médicale repose sur les principes de base de la médecine de catastrophe, elle-même largement inspirée de pratiques militaires.
La médecine de catastrophe : un exercice très particulier de la médecine extrahospitalière.
Elle se doit de prendre en charge tous les aspects des victimes, cliniques bien sûr, mais aussi psychologiques et sociaux. Il est donc fait appel à une multidisciplinarité des soignants. Enfin, la médecine d’exception réclame une éthique collective et non plus individuelle. Cette éthique est basée sur le triage médical des victimes et impose que certaines d’entre elles, jugées au-delà de toute ressource thérapeutique, devront être délaissées au profit de nombreuses autres qui pourront être soignées utilement.

La chaîne médicale sur le terrain

La mise en place d’une chaîne médicale en situation de catastrophe est soumise à une évaluation préalable. Une équipe réduite se rend dès l’alerte à l’endroit de l’accident et examine les possibilités de développer les structures médicales sur place et les conditions locales de sécurité. La zone de l’accident fait rapidement l’objet d’un périmètre de sécurité où seuls les services autorisés peuvent pénétrer. Le pivot des structures médicales activées sur le terrain est représenté par le Poste Médical Avancé (PMA). C’est à cet endroit qu’un médecin, aguerri procède au triage médical des victimes classées en 4 catégories :
– les victimes décédées
– les Urgences Absolues, redevables immédiatement de soins urgents
– les Urgences Relatives, pour lesquelles il est possible de tolérer un certain délai de prise en charge
– les Impliqués, ne portant pas le plus souvent de blessure physique, mais pouvant présenter des désordres psychologiques parfois majeurs.

La régulation du SAMU

Une fois prises en charge dans le PMA, les victimes sont évacuées vers des destinations hospitalières programmées. Les victimes sont alors acheminées vers l’établissement dont le plateau technique permet leur prise en charge complète. C’est la phase de répartition des évacuations.
Chaque victime prise en charge doit être recensée et si possible identifiée. C’est le but de la Fiche Médicale de l’Avant, très modeste dossier médical qui va suivre la victime jusqu’à son admission hospitalière. Cette contingence administrative permet de dresser des listes de victimes que l’autorité préfectorale réclame dans les plus brefs délais.

Conclusion

Le risque majeur existe, l’important est d’avoir planifié un maximum d’actions concertées entre différents services. En Haute-Normandie, le SAMU de Rouen dispose d’une Cellule de Prévention et de Planification des Risques dont le rôle est l’intégration de la composante « santé » dans la chaîne des secours.

Dr Dolard, Dr Lemerle, Dr Tillaux
SAMU

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Au chevet des brûlés

Il y a quinze jours, nous mettions en ligne notre reportage vidéo tourné au centre de traitement des brûlés du CHU de Nantes, l’un des huit en France à prendre en charge les adultes comme les enfants. Dans ce service, une dizaine de métiers et d’expertises se mêlent au quotidien. Nous associons aujourd’hui les mots à l’image pour mieux rendre compte de ce qu’implique le soin de la brûlure, une pathologie répandue (400 000 personnes touchées tous les ans), complexe dans sa prise en charge, violente pour les corps et les esprits. Reportage.

Arrêt cardiaque : être préparé pour sauver demain

Dans les locaux du SAMU 44 (CHU de Nantes), le Centre d’Enseignement aux Soins d’Urgences (CESU) forme les professionnels de santé aux gestes et soins d’urgence. Il y a quelques semaines, nous avons suivi une matinée intense de formation à destination d’étudiants en troisième année de médecine, centrée sur l’arrêt cardiaque. Reportage.

Renaissance des urgences de Jeanne de Flandre

Le CHU de Lille inaugure ce mois-ci ses nouvelles urgences gynécologiques et obstétricales, situées au sein de l’Hôpital Mère-Enfant Jeanne de Flandre. Au-delà de la rénovation du service, c’est l’ensemble de la prise en charge des patientes qui a été rebâtie. Un atout de plus à destination de la femme, du nouveau-né ou de l’enfant.