Le Centre Antipoison et de Toxicovigilance du CHU : la référence

Le Centre Antipoison et de Toxicovigilance du CHU de Nancy a deux missions spécifiques et nationales : il gère la Base Nationale Produits et Compositions (BNPC) consultée par l'ensemble des autres centres français et il identifie tous les médicaments solides et oraux depuis les années 70. Des particularités qui, ajoutées à ses missions de base et à son nouvel équipement téléphonique numérique (5 postes de réponse d'urgence, enregistrement des communications, 2 mobiles Wifi), en font un centre référent dans un pays en pointe sur la toxicovigilance au niveau européen. Visite avec les Drs Jacques Manel, chef de service, et Emmanuel Puskarczyk.

Le Centre Antipoison et de Toxicovigilance du CHU de Nancy a deux missions spécifiques et nationales : il gère la Base Nationale Produits et Compositions (BNPC) consultée par l’ensemble des autres centres français et il identifie tous les médicaments solides et oraux depuis les années 70. Des particularités qui, ajoutées à ses missions de base et à son nouvel équipement téléphonique numérique (5 postes de réponse d’urgence, enregistrement des communications, 2 mobiles Wifi), en font un centre référent dans un pays en pointe sur la toxicovigilance au niveau européen. Visite avec les Drs Jacques Manel, chef de service, et Emmanuel Puskarczyk.

Le CAPTV du CHU de Nancy, comme les 9 autres centres français, a pour mission de base :
– de répondre en urgence à tous les appels (téléphone, mail, fax, courrier) en matière d’évaluation de risque de l’exposition à tout produit ou substance, de diagnostic et de pronostic et de traitement des intoxications induites ;
– d’être acteur de la toxicovigilance, c’est-à-dire de surveiller les effets toxiques pour l’homme d’un produit, d’une substance ou d’une pollution afin de mener des actions d’alerte, de prévention de formation et d’information.
Il s’acquitte de ces missions depuis les années 70 qui ont vu son installation dans l’établissement avant que le décret de 1996 n’officialise la création d’un service dédié pour lequel le CHU a été volontaire.

A cela s’ajoute, une première spécificité : la gestion de la Base Nationale Produits et Composition, utilisée par l’ensemble des centres antipoison, qui référencie les produits naturels (plantes, animaux, champignons) ou fabriqués par l’homme (domestiques, industriels, cosmétiques, médicaments, etc…), susceptibles d’exposer l’être humain et d’être à l’origine d’une intoxication. Cette ressource documentaire liste actuellement près de 200 000 références dont 116 000 compositions. Une goutte d’eau dans l’océan des substances qui sont synthétisées ou découvertes. 35 produits nouveaux sont déclarés chaque jour par les industriels au CAPTV. On estime à environ 400 000 le nombre de préparations sur le marché. Paradoxalement, la montée en puissance du bio ne simplifie rien car : « Sous prétexte de revenir au naturel, on remet en circulation dans des produits grand public des substances toxiques comme le camphre par exemple » souligne le Dr Manel chef du service. La plus grande difficulté rencontrée dans cette collecte continue de l’information utile à l’évaluation du risque concerne les produits cosmétiques, du fait d’un manque évident de transparence de nombre d’industriels du secteur et d’une réglementation ancienne qui impose encore le recours au papier. « Loin de moi toute considération sexiste » argumente Emmanuel Puskarczyk, l’un des praticiens attachés, « mais ce sont près de 35 000 mises à jour annuelles nécessaires pour cet unique secteur ! ».

Autre spécificité du CAPTV du CHU de Nancy : sa mission d’identification nationale des médicaments solides et oraux. Ainsi, depuis les années 70 « des pharmaciens du service recensent dans les moindres détails (aspect, forme galénique, poids, dimensions, composition) tous les médicaments relevant de cette catégorie. Ils sont systématiquement décrits, photographiés et archivés » raconte le chef de service. D’où l’existence d’une « pharmacothèque », unique en France, sorte de mausolée du médicament solide et oral, où sont rangés, dans une immense armoire murale aux multiples tiroirs, plus de 12 500 médicaments différents. Objectif principal de cette activité : permettre l’identification d’une forme solide en cas d’urgence lorsque le médicament est retrouvé hors de son emballage.

Enfin, dernière originalité du centre de Nancy : la mutualisation du service avec celui de l’AP-HP durant la période de garde. Ce qui signifie en clair que toutes les semaines impaires, c’est le CAPTV lorrain qui répond aux demandes téléphoniques ou par télécopie adressées au CAPTV de Paris. Petite singularité dans ce dispositif : « il n’est pas rare que nous recevions durant ces gardes des appels à propos d’un animal, d’une plante exotiques ou des produits locaux spécifiques… Et pour cause, la plupart des départements français et territoires d’outre mer fait partie du périmètre du CAPTV de Paris ! » explique le docteur Puskarczyk.

Accueil, disponibilité, réactivité pour le volet urgences, rigueur, minutie, suivi, pour le volet documentation : le CAPTV de Nancy répond 24h/24 et 365 jours sur 365. Les médecins s’appliquent pourtant à rester en prise avec la clinique puisqu’ils font des consultations et ont un rôle d’expertise à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement.

A son niveau, toute l’équipe contribue à l’évolution globale d’un secteur médical en mal d’affichage public. Les projets ne manquent pas : adoption par la France d’un numéro unique pour joindre les centres antipoison à l’image du 15 pour les Urgences, mise en place effective de la toxicovigilance avec obligation de notification des cas observés par les professionnels de santé (loi HPST), mise en place d’un groupement européen des centres antipoison…

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Au chevet des brûlés

Il y a quinze jours, nous mettions en ligne notre reportage vidéo tourné au centre de traitement des brûlés du CHU de Nantes, l’un des huit en France à prendre en charge les adultes comme les enfants. Dans ce service, une dizaine de métiers et d’expertises se mêlent au quotidien. Nous associons aujourd’hui les mots à l’image pour mieux rendre compte de ce qu’implique le soin de la brûlure, une pathologie répandue (400 000 personnes touchées tous les ans), complexe dans sa prise en charge, violente pour les corps et les esprits. Reportage.

Arrêt cardiaque : être préparé pour sauver demain

Dans les locaux du SAMU 44 (CHU de Nantes), le Centre d’Enseignement aux Soins d’Urgences (CESU) forme les professionnels de santé aux gestes et soins d’urgence. Il y a quelques semaines, nous avons suivi une matinée intense de formation à destination d’étudiants en troisième année de médecine, centrée sur l’arrêt cardiaque. Reportage.

Renaissance des urgences de Jeanne de Flandre

Le CHU de Lille inaugure ce mois-ci ses nouvelles urgences gynécologiques et obstétricales, situées au sein de l’Hôpital Mère-Enfant Jeanne de Flandre. Au-delà de la rénovation du service, c’est l’ensemble de la prise en charge des patientes qui a été rebâtie. Un atout de plus à destination de la femme, du nouveau-né ou de l’enfant.