Le livre blanc de Poitiers : bilan de compétences et projets d’excellence

Défendre son titre de CHU face à un challenger du calibre de Bordeaux ou se situer face à Limoges dans la Nouvelle Aquitaine (84 000 km²), la plus vaste des régions de France, n'a plus rien à voir avec la confortable position de monopole qu'occupait Poitiers en Poitou-Charentes (25 800 km²), avant la réforme territoriale.... Dans la nouvelle géographie, Poitiers doit réinventer son destin hospitalo-universitaire et se donner les moyens d’atteindre ses nouvelles ambitions. Pour relever ce défi, le CHU a élaboré un livre blanc. Un grand exercice collectif de prospective qui a réuni une cinquantaine de chercheurs, médecins, universitaires, ingénieurs autour d'Alain Claeys, maire de la ville et président du conseil de surveillance, de Jean-Pierre Dewitte, directeur général, du Pr Bertrand Debaene, président de la commission médicale d’établissement et du Pr Pascal Roblot, doyen de la faculté de médecine et pharmacie.
Défendre son titre de CHU face à un challenger du calibre de Bordeaux ou se situer face à Limoges dans la Nouvelle Aquitaine (84 000 km²), la plus vaste des régions de France, n’a rien à voir avec la confortable position de monopole qu’occupait Poitiers en Poitou-Charentes (25 800 km²), avant la réforme territoriale…. Dans la nouvelle géographie, Poitiers doit réinventer son destin hospitalo-universitaire et se donner les moyens d’atteindre ses nouvelles ambitions. Pour relever ce défi, le CHU a élaboré un livre blanc. Un grand exercice collectif de prospective qui a réuni une cinquantaine de chercheurs, médecins, universitaires, ingénieurs autour d’Alain Claeys, maire de la ville et président du conseil de surveillance, de Jean-Pierre Dewitte, directeur général, du Pr Bertrand Debaene, président de la commission médicale d’établissement et du Pr Pascal Roblot, doyen de la faculté de médecine et pharmacie.
De leurs réflexions, il ressort un ouvrage didactique de 146 pages qui présente avec honnêteté et transparence les forces et faiblesses de l’établissement. Partageant un même constat, ils ont pu s’accorder sur les choix stratégiques collectifs qui détermineront la place et le rôle du CHU de Poitiers de demain. L’enjeu est bien sûr de conserver ce titre prestigieux de CHU quand d’aucuns caressent l’idée d’en réduire le nombre (32 à l’heure actuelle).
Les travaux ont aussi été guidés par le souci de continuer à offrir des soins de qualité à une population confrontée à une pénurie de médecins et la volonté de conforter la dimension universitaire, c’est-à-dire l’offre de recours et de référence ainsi que la dynamique de recherche fondamentale et translationnelle.
L’ouvrage se veut également support de communication. Il a été présenté à la presse le matin du 23 mars et le soir même aux élus de l’agglomération. « Au-delà de ses missions essentielles de soin, enseignement, recherche est également un atout pour le développement économique de la technopole du Grand Poitiers » déclare Alain Claeys. 
« Ce livre blanc, fruit d’un dialogue entre toutes les parties la ville, l’agglomération, l’université, sort à point nommé, alors que la région élabore son schéma d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation et que l’écosystème d’excellence locale doit être conforté en s’appuyant sur les atouts du CHU. » annonce Jean-Pierre Dewitte. 
Déterminé, le Pr Bertrand Debaene ajoute « Ce document est un document de combat. Nous avons mis en ligne la manière dont nous allons nous battre pour garder une structure hospitalo-universitaire financièrement viable sans cela pas d’investissement possible. »
Le livre blanc s’ouvre sur la carte d’identité du CHU
Poitiers est le 21ème CHU de France, en nombre de lits 2 000 dont 1 200 en médecine, chirurgie, obstétrique et hospitalisation à domicile et 800 lits gériatriques (soit 40%, ce qui explique l’expertise du CHU en gériatrie)
Poitiers se caractérise aussi par une forte capacité d’investissement, 60 M€ en 2016 (6ème sur 24 CHU avec un budget de 532 M€ qui le place seulement au 19ème rang sur 28 CHU. La bonne santé financière de l’établissement s’explique par son haut niveau d’activité, au 6ème rang pour la chirurgie ambulatoire, au 10ème rang en pour les séjours et séances, et au 19ème pour les séjours conventionnels et ambulatoires et une forte activité en cancérologie quasiment équivalente à celle du CHU de Bordeaux. Il se distingue également par la qualité de son plateau technique et par le dynamisme de sa recherche.
En résumé, Poitiers, CHU de taille moyenne, peut donc se prévaloir d’atouts remarquables, sa forte activité, sa capacité d’investissement qui lui permet de disposer d’un important et très moderne plateau technique. Autre singularité, depuis sa création, il fait preuve d’agilité et d’anticipation. Ses programmes architecturaux en sont la preuve, de même que la rédaction de ce livre blanc
Sur son territoire, Poitiers est source de richesse. Son impact économique est évalué à 1,5 Md€, impact direct en salaires pour 7 200 professionnels dont 1 800 médecins, en paiement des fournisseurs. Son attractivité génère aussi des ressources indirectes telles que la venue de patients d’autres régions, et la présence de plus de 1 300 internes et étudiants, l’organisation de colloques…. L’ensemble de ces postes bénéficient à l’économie locale.
Mais Poitiers est contraint par un effectif hospitalo-universitaire insuffisant.
Cette « faiblesse historique » pénalise ses activités de recherche et d’enseignement. En effet, celles-ci repose sur un trop faible nombre d’acteurs déjà accaparés par les soins. Le déficit de PU-PH est criant quand on regarde les statistiques qui relèguent Poitiers au 28ème rang pour le nombre de personnels d’encadrement au regard du nombre d’étudiants et d’internes. Poitiers ne compte que 44 PU-PH pour 100 étudiants alors que la moyenne nationale et de près du double (80 ) 
D’après ses calculs, il manque 14 PU-PH à Poitiers et le CHU fait de ce recrutement une priorité stratégique. « Le développement scientifique du CHU est vital. C’est un point important pour le territoire. Nous devons lutter contre la désertification en santé. A Poitiers, nous sommes en dessous de ce que l’on pourrait faire et au-dessus de ce que permettent nos moyens » alerte le Pr Pascal Roblot
Les indicateurs pointent aussi un nombre insuffisant de praticiens séniors (442 ETP), pour encadrer les internes. 15 équipes ont moins de 5 praticiens malgré une politique volontariste qui a permis d’augmente de 30% les effectifs médicaux en 10 ans soit 102 ETP. Reste un besoin de recrutement de 35 praticiens hospitaliers, soit 4 par service.
Quand le CHU se projette sur 3 niveaux de territoire
Sur le département, le CHU joue un rôle moteur qui formalise et porte les coopérations. Support du GHT de la Vienne, Poitiers a organisé 20 filières dont une équipe commune pour les urgences. Et le CHU s’interroge pour savoir si ce modèle ne préfigure pas la création d’un établissement unique multisite départemental ? Dans le département, l’impératif premier est là aussi la démographie médicale notamment dans les disciplines sous pression, la réanimation, l’imagerie, la psychiatrie et la chirurgie 
Au niveau régional et national, le CHU affirme ses pôles d’excellence en complémentarité avec les deux autres sites hospitalo-universitaires. Ainsi Poitiers est reconnu comme le 1er centre français de stimulation médullaire, 4ème centre français de chirurgie de la maladie de Parkinson. C’est aussi un des champions de la chirurgie éveillée. Avec Bordeaux, Poitiers envisage la création d’un pôle Nord – Est en chirurgie orthopédique, en neurologie, en anatomopathologie et en néphrologie. 
Poitiers souhaite convaincre l’ARS de l’autoriser à développer une activité de transplantation cardiaque, car la demande est forte (+11% en six ans) et les inégalités d’accès pénalisent déjà les patients. Poitiers projette de réaliser 20 transplantations par an environ au bout de trois ans
Enfin pour maintenir son attractivité et son excellence, Poitiers entend renforcer son plateau technique avec en imagerie, l’acquisition d’une IRM 7 Tesla et des investissements en radiologie interventionnelle et en médecine nucléaire, l’achat d’un TEP-IRM et la création d’un service unique public-privé de médecine nucléaire à vocation régionale ;
En génétique, le CHU va renforcer sa plateforme de séquençage haut débit. En chirurgie robotique, il prévoit la constitution d’une plateforme de chirurgie robotique comprenant à terme au moins quatre robots. En télémédecine, il entend développer la télé-expertise, de la télé-régulation et le lancement de plateformes numériques, d’abord en cardiologie en s’appuyant sur des objets connectés
Poitiers place aussi les neurosciences comme un « axe fort de son développement » selon cinq secteurs d’excellence, la neurostimulation pour le traitement de la maladie de Parkinson et apparentées, le soulagement de la douleur réfractaire par neurostimulation, la sclérose en plaques avec notamment des greffes de cellules souches. Enfin avec plus de 1 000 interventions par an, les AVC sont également un domaine d’expertise, de même que la chirurgie éveillée pour le traitement des tumeurs cérébrales 
La cancérologie fait aussi partie des disciplines phares en plein développement. Le centre poitevin dispose d’un Cyberknife Curiethérapie et réalise la moitié de l’activité régionale
Axe majeur pour un CHU, la recherche poitevine doit être renforcée. Concentrée sur quelques services, elle doit désormais impliquer davantage de services. Or aujourd’hui, Poitiers n’est que 28ème en recherche clinique. Pour remonter dans le classement, il va s’appuyer sur ses 5 équipes labellisées Inserm (4) et CNRS (1) en recrutant une vingtaine d’ingénieur et en soutenant les thématiques émergentes comme les travaux sur le sommeil, sur les douleurs réfractives ou la perte d’autonomie des personnes âgées. Il s’agit aussi de soutenir cette dynamique avec une organisation structurante comme une maison de recherche, un entrepôt de données, des partenariats déployés au sein d’une technopole… 
A travers ces choix stratégiques concertés, le CHU de Poitiers veut tenir toute sa place dans l’organisation territoriale d’une offre de soins équitable et sûre, dans la construction de filières de soins de recours et de référence. Il veut aussi affirmer sa contribution au progrès scientifique et se situer parmi les établissements d’excellence avec un enseignement réputé et une recherche-innovation ambitieuse.
Prochaines étapes, la présentation du livre blanc à la région et à l’ARS et la mise en cohérence de cette stratégie avec le prochain projet d’établissement.

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Dépistage du mélanome : ce scanner crée un avatar numérique de la peau 

Il y a quelques semaines, le Vectra 3D prenait ses quartiers dans le tout nouveau centre de dépistage automatisé du mélanome Marseille, situé à l’hôpital de la Conception (AP-HM). Concrètement, il permet à un patient qui aurait de nombreux grains de beauté de voir l’ensemble de sa peau scannée en images haute définition et reconstituée sous la forme d’un avatar numérique. Une avancée importante dans le dépistage du mélanome, véritable problème de santé publique. Reportage.

Quartiers nord de Marseille : un centre de santé unique rattaché à l’AP-HM

Nous avions déjà entendu Michel Rotilly parler du centre de santé des Aygalades, structure multidisciplinaire rattachée à l’AP-HM. C’était au mois de mai à Paris. La fracture territoriale entre les quartiers nord et le reste de la cité phocéenne, illustrée entre autres par un taux élevé de mortalité durant la crise du COVID, avait servi de préambule à la présentation du centre, unique en son genre. Deux mois plus tard, nous le retrouvons sur place pour en comprendre le fonctionnement et les enjeux au quotidien. Entretien.

Céline Meguerditchian : “la médecine d’urgence à l’hôpital public est devenu un combat au quotidien”

Lorsque nous rencontrons Céline Meguerditchian dans son bureau, nous savons déjà que l’interview ne sera pas un entretien fleuve. Car pour celle qui a été nommée cheffe des urgences adultes de la Timone (AP-HM) il y a six mois, le temps est un luxe. Entre les appels qui ne s’arrêtent jamais, elle aura néanmoins réussi à nous parler durant une vingtaine de minutes de sa mission, du fonctionnement d’un service en sous-effectif qui doit compter sur des docteurs junior en plein été, et de ce qui fait de la médecine d’urgence à l’hôpital public est devenu « un combat » au quotidien.

Gaétan Basile, taulier tranquille des ECN

Et dire qu’à quelques heures près, on aurait pu le rater. Ciao Bordeaux, bonjour Capbreton ! Tout cela pour une histoire de vacances bien méritées après une sixième année de médecine particulièrement dense. Silhouette longiligne et sourire réservé, Gaetan Basile incarne plutôt bien la force tranquille. Lorsqu’on le retrouve pour parler de sa première place aux concours des ECNi sur plus de 9000 candidats, le Landais de 23 ans, auréolé de la réussite, répond avec calme et simplicité. Sans jamais s’enflammer.

Fumagilline, itinéraire d’une réapparition

L’information a été reprise par plusieurs médias. Pour soigner un jeune patient, les Hospices Civils de Lyon ont recréé un médicament disparu de la circulation : la fumagilline. Si ce dernier fait office de remède miracle, sa fabrication tient davantage de l’abnégation des équipes du CHU qui, à l’heure actuelle, se battent pour en pérenniser la production.