Le pôle nutrition*

Au cours des dernières décennies, en France comme dans les autres pays industrialisés, la situation d'abondance alimentaire a permis de faire disparaître les grandes maladies de carence, estompant progressivement les liens entre l'alimentation et la santé. Cependant, il est aujourd'hui établi que, parmi les facteurs physiologiques, génétiques et environnementaux qui interviennent dans l'initiation, le développement et l'expression clinique des maladies cardiovasculaires, de l'obésité, du diabète de type 2, de l'ostéoporose et de certains cancers.., l'alimentation et l'état nutritionnel jouent un rôle déterminant.

La nutrition : une priorité pour le Premier Ministre

Près d’un adulte sur cinq présente une cholestérolémie supérieure à 2,50g/l. Par ailleurs, certains groupes de population, pour des raisons physiologiques, comportementales, sociales ou économiques, peuvent présenter des risques particuliers de déséquilibre nutritionnel : les enfants et adolescents, les femmes enceintes et allaitantes, les personnes âgées, les personnes hospitalisées, les sujets en situation de précarité.
Ce constat a amené le Premier Ministre à lancer en janvier 2001 le Programme National Nutrition Santé (PNNS). Ce plan vise à modifier :
– notre alimentation en augmentant la consommation de fruits, de légumes, de calcium et en réduisant les apports lipidiques, les sucres simples et l’alcool ;
– les marqueurs de l’état nutritionnel en faisant baisser de 5% la cholestérolémie moyenne, la pression artérielle ainsi que la prévalence du surpoids et de l’obésité notamment chez les enfants,
– l’hygiène de vie (meilleure alimentation et activité physique).

Les missions du pôle nutrition
Ce cadre national a conforté le CHU de Brest dans sa volonté de créer un pôle nutrition en Bretagne où l’agroalimentaire représente une force mais aussi un questionnement. Recruté en septembre 2000, le Pr Jacques Delarue a été chargé de la création d’un pôle nutrition afin d’améliorer la qualité des soins et la prévention dans ce domaine.
Pour mener à bien ce projet, différentes expérimentations seront lancées auprès d’un groupe de malades et des recherches seront menées sur le risque de résistance à l’insuline qui caractérise le diabète de type 2 et l’obésité.

Ces deux axes sont à l’origine du projet de création d’une unité d’explorations fonctionnelles, nutritionnelles et métaboliques qui bénéficiera de financements multiples : ARH, Conseil Régional, Conseil Général, Communauté Urbaine de Brest et Université de Bretagne Occidentale.
Les recherches sur la nutrition humaine ont déjà conduit à des innovations conceptuelles débouchant sur une véritable pharmacologie nutritive.

Aujourd’hui, il s’agit d’évaluer non seulement l’état nutritionnel et métabolique des patients mais aussi les mécanismes physiopathologiques qui entraînent son altération, puis d’assurer le transfert des données de la recherche à l’exercice médical afin d’apprécier de manière scientifique et indépendante les conséquences de ce transfert sur la santé. Les résultats de ces recherches aideront à améliorer les soins de type nutritionnel.

La nutrition : l’émulation brestoise
Parallèlement au pôle nutrition, d’autres activités sont développées à Brest, enrichissant la réflexion et les compétences des équipes dans ce domaine :
– Depuis 1992, l’Equipe d’Accueil 948 (label délivré par le Ministère de la Recherche) explore trois thématiques : l’alcool, la nutrition et les xénobiotiques.
– Une charte relative à la nutrition entérale à domicile a été rédigée afin de garantir le confort et la santé du patient de retour chez lui.
– Un Groupement d’Intérêt Scientifique a été mis en place pour réaliser des études nutritionnelles cliniques et expérimentales et former des chercheurs en nutrition.
– Des consultations de nutrition ont été ouvertes et le rôle d’éducation des 14 diététiciennes valorisé.
– La première et la seule licence professionnelle en France « Aliment Santé » a été créée à l’IUT de Quimper. Pour plus d’information contacter :
aliments-sante@iutquimp.univ-brest.fr

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Les habitudes alimentaires ont plus évolué dans les 50 dernières années qu’au cours des siècles précédents, sous l’influence de multiples déterminants :
développement socio-économique, abondance et qualité de l’offre alimentaire, changements sociologiques, modifications des modes de vie et de consommation, des goûts des consommateurs, progrès technologique, multiplication des messages d’information nutritionnelle, médiatisation des problèmes de sécurité alimentaire?

Des statistiques inquiétantes
30% des malades hospitalisés sont dénutris, l’obésité concerne 9% des adultes, le diabète 3% de la population française. Obésité et diabète de type 2 favorisent les maladies coronariennes dont le coût est estimé à 30 milliards de francs par an et celui de l’obésité à 12 milliards de francs par an. Quant à la malnutrition protéino-énergétique, elle accroît la morbidité en milieu médical et chirurgical.

*d’après le texte du Pr Delarue publié dans le journal interne du CHU de Brest-Pulsations- n°25 -juillet 2001

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