Les 20 ans de la greffe cardiaque au CHU de Rennes

"Parmi les expériences que l'on peut tenter sur l'homme, celles qui ne peuvent que nuire sont défendues, celles qui sont innocentes sont permises et celles qui peuvent faire du bien sont commandées". C'est en reprenant cette maxime de Claude Bernard que le Pr Le Guerrier a célébré les 20 ans de la transplantation cardiaque au CHU de Rennes. Retour sur les premières greffes cardiaques et sur l'avénement d'une discipline désormais bien maîtrisée...

« Parmi les expériences que l’on peut tenter sur l’homme, celles qui ne peuvent que nuire sont défendues, celles qui sont innocentes sont permises et celles qui peuvent faire du bien sont commandées ». C’est en reprenant cette maxime de Claude Bernard que le Pr Le Guerrier a célébré les 20 ans de la transplantation cardiaque au CHU de Rennes. Retour sur les premières greffes cardiaques et sur l’avénement d’une discipline désormais bien maîtrisée…

Un peu d’histoire
La chirurgie à coeur ouvert sous circulation extracorporelle débuta à Rennes en décembre 1970. Pour développer cette nouvelle chirurgie, il fallut structurer des organisations, créer une équipe médicale solide, se doter de moyens humains suffisants, d’équipements modernes, d’une circulation extracorporelle bien établie et d’un environnement adapté. A cette époque, il s’agissait essentiellement du traitement des maladies valvulaires. La chirurgie de la revascularisation coronaire n’était pas bien établie en France. L’enthousiasme touchant la greffe cardiaque fut d’ailleurs vite refroidi devant la déception des résultats initiaux et les problèmes posés par le rejet échappaient à une connaissance sérieuse. Un grand pas a été effectué en 1981 avec l’introduction de la ciclosporine, relançant dans le monde entier les programmes de transplantation cardiaque.

En 1985, le CHU de rennes disposait donc de la culture indispensable à la réalisation de la transplantation. Durant l’année 1986, plusieurs mois furent nécessaires pour mettre au point des protocoles indispensables pour aborder dans de bonnes conditions cette discipline nouvelle. Des rencontres de coordination ont eu lieu avec l’ensemble des équipes et des laboratoires du CHU dont les concours étaient indispensables. En ressorti un document d’une quarantaire de pages définissant les indications, le bilan pré opératoire, les techniques de chirurgie, d’anesthésie, de réanimation, les complications et en particulier le rejet.

1986 : 1ère greffe de coeur
Le 29 septembre 1986 un homme de 42 ans consulta pour une grande insuffisance cardiaque rebelle aux thérapeutiques conventionnelles. Il lui a été proposé, sans lui cacher qu’il serait le premier cas à Rennes, la transplantation. Celle-ci eut lieu le 23 octobre 1986 et le patient se souvient encore, 21 ans après, d’avoir demandé à son réveil un schweppes et téléphoné à son épouse pour la rassurer.

Le développement de la transplantation
Au 31 octobre 2007, 329 greffes ont été réalisées au CHU de Rennes, soit sur 21 ans, une moyenne de 15.6 greffes par an.

Les progrès du traitement médical ont permis l’allégement des moyens de surveillance et des traitements médicamenteux, la diminution du nombre de biopsies, le raccourcissement des hospitalisations, le recours à des moyens d’assistance mécanique plus perfectionnés permettant en cas de grande urgence l’attente d’un greffon et l’amélioration de la condition générale des patients ou, au besoin, l’assistance post opératoire d’un greffon défaillant.

Parallèlement à l’augmentation de la durée de survie, il faut souligner le caractère remarquable de l’amélioration fonctionnelle autorisant pour la plupart des transplantés la reprise d’une existence active.

Témoignages de transplantés
A l’occasion de cet anniversaire, les transplantés ont souhaité témoigner leur reconnaissance aux équipes chirurgicales qui les ont pris en charge, qui les ont faire revivre et leur ont donné la chance de pouvoir renouer avec une activité professionnelle, une activité sportive, avec la vie tout simplement. Ils ont souhaité aussi tous remercier les familles des donneurs que certains auraient aimé connaître, auxquelles ils pensent notamment lors de moments festifs qu’ils ont la chance de vivre alors que d’autres en sont privés.

L’histoire de la transplantation est sans précédent : elle suppose la mise en parallèle de l’évolution de connaissances pluridisciplinaires (médicales, biologiques et fondamentales) et l’intégration à tout moment de la dimension humaine au sens noble du terme.

Son développement à Rennes n’a pu se faire que grâce à la détermination des pionniers, à l’obstination des chercheurs, et la compréhension des décideurs.

L’aventure n’est bien sûr pas terminée et de multiples progrès, notamment dans le domaine de l’immunologie et de l’assistance mécanique du coeur, autoriseront la poursuite d’un développement qui s’effectue par paliers, nécessitant les évaluations itératives dont l’objectivité est fondamentale.

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Au chevet des brûlés

Il y a quinze jours, nous mettions en ligne notre reportage vidéo tourné au centre de traitement des brûlés du CHU de Nantes, l’un des huit en France à prendre en charge les adultes comme les enfants. Dans ce service, une dizaine de métiers et d’expertises se mêlent au quotidien. Nous associons aujourd’hui les mots à l’image pour mieux rendre compte de ce qu’implique le soin de la brûlure, une pathologie répandue (400 000 personnes touchées tous les ans), complexe dans sa prise en charge, violente pour les corps et les esprits. Reportage.

Arrêt cardiaque : être préparé pour sauver demain

Dans les locaux du SAMU 44 (CHU de Nantes), le Centre d’Enseignement aux Soins d’Urgences (CESU) forme les professionnels de santé aux gestes et soins d’urgence. Il y a quelques semaines, nous avons suivi une matinée intense de formation à destination d’étudiants en troisième année de médecine, centrée sur l’arrêt cardiaque. Reportage.

Renaissance des urgences de Jeanne de Flandre

Le CHU de Lille inaugure ce mois-ci ses nouvelles urgences gynécologiques et obstétricales, situées au sein de l’Hôpital Mère-Enfant Jeanne de Flandre. Au-delà de la rénovation du service, c’est l’ensemble de la prise en charge des patientes qui a été rebâtie. Un atout de plus à destination de la femme, du nouveau-né ou de l’enfant.