Les Doyens, vent debout contre la dernière année d’étude « en autonomie » votée par le Sénat

La Conférence des Doyens alerte sur les conséquences de l'amendement voté au Sénat qui va contraindre les étudiants de médecine générale et de certaines spécialités comme la pédiatrie et l’ophtalmologie, à effectuer une dernière année d’étude en « autonomie » pendant leur troisième année de formation, dans tous les territoires à faible densité médicale. "Or ces étudiants n’auront pas acquis l’ensemble des compétences permettant de garantir la sécurité des soins." proteste la Conférence.

La Conférence des Doyens alerte sur les conséquences de l’amendement voté au Sénat qui va contraindre les étudiants de médecine générale et de certaines spécialités comme la pédiatrie et l’ophtalmologie, à effectuer une dernière année d’étude en « autonomie » pendant leur troisième année de formation, dans tous les territoires à faible densité médicale. "Or ces étudiants n’auront pas acquis l’ensemble des compétences permettant de garantir la sécurité des soins." proteste la Conférence.
Ce mardi 4 Juin 2019, le Sénat a adopté, des amendements au projet de la loi Santé qui vont contraindre les étudiants en médecine à une dernière année d’étude en « autonomie » dans les zones sous médicalisées. Les sénateurs souhaitent affecter les étudiants de médecine générale et de certaines spécialités comme la pédiatrie et l’ophtalmologie, pendant leur troisième année de formation, en autonomie complète, dans tous les territoires à faible densité médicale, sans tenir compte du fait qu’ils n’auront pas acquis l’ensemble des compétences permettant de garantir la sécurité des soins.
Dans un communiqué publié le 6 juin 2019, la Conférence des doyens par les voix de son président Jean Sibilia et de son vice-président, Djillali Annan, tient à faire connaître les conséquences qu’auront ces amendements, tant pour nos concitoyens que pour les étudiants.
Cette mesure entraînerait une offre de soins dégradée sur ces territoires
La Conférence craint que les internes qui sont des étudiants en formation "exposent les patients à des risques non négligeables pour leur santé et confronte les internes, sans encadrement, à des difficultés et à un stress auxquels, sans expérience, ils ne sont pas préparés."
La Conférence des Doyens s’est engagée pour que les études médicales préparent mieux les jeunes médecins aux enjeux de demain. "Nous avons la responsabilité d’une formation d’excellence, quelles que soient les spécialités et quels que soient les territoires. Cette formation doit garantir l’équité et la qualité des soins partout sur le territoire national.
Comprenant et partageant les légitimes préoccupations des élus de la nation concernant les questions d’accès aux soins en France, la Conférence propose un amendement qui permettrait à des étudiants souhaitant s’engager pendant leurs études à exercer à l’issue de leur formation dans des territoires en tension, et de le faire dans des conditions socio-économiques et professionnelles optimisées.

Cette mesure aiderait à organiser dans chaque territoire l’offre de soins, au plus près des besoins des citoyens. "Nous espérons que le Gouvernement retiendra cette disposition qui répond aux attentes des territoires. Nous devons aussi favoriser la formation des étudiants dans des établissements, des maisons de santé et des cabinets libéraux de tous les territoires par un accueil pédagogique de qualité qui sera assuré par des maîtres de stage universitaires ambulatoires de médecine générale et d’autres spécialités de soins de proximité, comme la pédiatrie." La proposition de la Conférence nécessite que soient amplifiés les dispositifs de soutien à la maîtrise de stage. 
La Conférence est favorable à une répartition des assistants territoriaux universitaires en priorité dans les territoires déficitaires.
Le nombre d’étudiants en médecine qui a triplé en 10 ans, avec près de 9 000 médecins formés chaque année, doit permettre de recruter davantage d’assistants territoriaux universitaires de médecine générale et de spécialités de premier recours qui devront être répartis prioritairement dans les territoires en tension. Ces assistants territoriaux universitaires pourront exercer dans les hôpitaux et les structures de proximité pour améliorer l’offre de soins, en complément des différentes initiatives territoriales déjà soutenues par les collectivités. Ces initiatives doivent apporter des solutions à court, moyen et long terme, sans dégrader la qualité de la formation et la motivation des jeunes médecins.
La Conférence met en garde contre "des mesures non concertées qui pourraient aboutir à une désorganisation de l’offre de soins, en particulier conventionnée, qui pénaliserait particulièrement les territoires en difficulté et conduirait à une perte d’attractivité des métiers de soins de proximité".
En conclusion, la Conférence des Doyens réitère sa responsabilité sociétale comme garante de la qualité de la formation médicale, qu’elle définit comme "une priorité incontournable pour conserver l’excellence de la médecine française". 

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