Mâchoire reconstruite grâce à… un os de la jambe et à la modélisation par impression 3D

A Lyon, une patiente (72 ans) dont la mâchoire était nécrosée suite à une radiothérapie vient de bénéficier d'une prouesse chirurgicale. L'os de sa mandibule a été remplacé par un bout de son péroné, l'os qui double le tibia. Pour le modeler avec précision, l'équipe a utilisé la modélisation 3D. Retour sur un exploit...

A Lyon, une patiente (72 ans) dont la mâchoire était nécrosée suite à une radiothérapie vient de bénéficier d’une prouesse chirurgicale. L’os de sa mandibule a été remplacé par un bout de son péroné, l’os qui double le tibia. Pour le modeler avec précision, l’équipe a utilisé la modélisation 3D. Retour sur un exploit…
Grâce au progrès de l’impression 3 D, l’os du péroné a été coupé, remodelé. Il a ainsi pu être fixé avec précision dans la mâchoire du patient
Le remplacement de la mandibule, os en forme de fer à cheval sur lequel s’implantent les dents, était essentiel pour la patient. Cette partie inférieure mobile de la mâchoire est indispensable pour parler, déglutir, mastiquer mais aussi pour l’aspect esthétique du visage. Il y a quelques années, les patients gardaient le menton rétracté vers l’arrière, avec parfois une difficulté à fermer les lèvres, des difficultés pour parler ou manger, une incontinence de salive…
L’équipe a suivi un protocole déjà bien rodé. Il a retiré le péroné,un os proche du tibia, dont on peut retirer la partie centrale, sans conséquence fonctionnelle pour la jambe. Il l’a découpé pour en façonner un bas de mâchoire. "Mais ce qui a changé c’est qu’auparavant, le péroné était prélevé avec son artère et sa veine, puis étaient suturés aux vaisseaux dans le cou pour être revascularisé. Cette opération complexe devait être réalisée dans les temps pour éviter une ischémie trop longue des vaisseaux. Désormais tout va beaucoup plus vite, parce que la taille est minutieusement définie et les tâches parfaitement programmée" indique le Professeur Philippe Ceruse, Chef du service d’oto-rhino-laryngologie et chirurgie cervico-faciale.
Du puzzle approximatif aux guides de coupe rigoureux

Durant l’intervention, le retrait de l’os malade et le remplacement par un morceau d’os prélevé dans la jambe se font simultanément. Jusqu’à présent, le chirurgien reconstituait ce « puzzle » sans guides et il perdait beaucoup de temps à assembler dans la bouche les morceaux de péroné qui est un os droit qu’il faut remodeler. Il était nécessaire de réaliser des tâtonnements pour inclure le fragment osseux reconstitué. Mais ces ajustements constituaiten un temps opératoire chronophage et nocif à la vascularisation des vaisseaux. "Aujourd’hui les chirurgiens se réfèrent à une planification virtuelle faite à partir d’images scanner massif facial " détaille le Dr Carine Fuchsmann, Chef de service adjoint. "A partir de la modélisation virtuelle de la mandibule et du péroné, le logiciel calcule automatiquement les angles et la forme des coupes à réaliser au niveau du péroné pour obtenir la conformation souhaitée. Il est ensuite possible de simuler les lieux d’implantation des morceaux d’os et de modéliser la reconstruction".
Le chirurgien a maintenant plusieurs atouts dans son jeu
Il détient des guides de coupe qui permettent de guider les coupes osseuses et de préforer les trous qui doivent fixer le péroné à l’aide de plaques en titane sur mesure ; l’assemblage de la mâchoire ne dure plus 30mn au lieu de 2h.

Modélisation de la mandibule de la patient qui présente une nécrose mandibulaire avec perte de l’os mandibulaire droit (images du haut). Les guides de coupe permettront de guider les ostéotomies et de pré-forer les trous qui permettent ensuite de fixer le péroné à l’aide de plaques sur mesure (images du bas) – ©Hospices Civils de Lyon
Les nombreux avantages du système digital 
– La précision : restitution anatomique fidèle impliquant pour le patient un résultat esthétique et fonctionnel optimisé
– La possibilité de recréer l’anatomie de la zone à reconstruire par une projection en miroir du côté sain en cas de tumeur volumineuse, de nécrose mandibulaire ou de reconstructions secondaires
– Le gain de temps opératoire et d’ischémie du lambeau : par l’économie de tâtonnements peropératoires inévitables sans cette technique pour obtenir les segments osseux adaptés à la conformation souhaitée (taille, angles) et modeler les plaques
– L’épargne de fatigue et le confort opératoire pour le chirurgien 
– Une technique intuitive, quasiment pas de courbe d’apprentissage

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