Mai 2016 : Biotrial mis en cause – Paris Healthcare week, l’événement hospitalier

Le mois de mai a été marqué par la mise en cause de Biotrial, l'entreprise de recherche qui avait conduit l'essai clinique dramatique. En toute fin de mois, les projecteurs se sont tournés sur la Paris healthcare week – l’événement hospitalier au cours duquel Marisol Touraine a annoncé une aide de deux milliards d'euros pour accompagner la création des groupements hospitaliers de territoire.
Le mois de mai a été marqué par la mise en cause de Biotrial, l’entreprise de recherche qui avait conduit l’essai clinique dramatique. En toute fin de mois, les projecteurs se sont tournés sur la Paris healthcare week – l’événement hospitalier au cours duquel Marisol Touraine a annoncé une aide de deux milliards d’euros pour accompagner la création des groupements hospitaliers de territoire.
Accident clinique : Biotrial voit sa responsabilité engagée et conteste le rapport de l’Igas
Suite à l’accident d’essai clinique survenu le 15 janvier 2016 qui avait entraîné la mort d’un volontaire et l’hospitalisation de cinq autres, une enquête de l’Igas avait été diligentée par le ministère . L’essai portait sur une molécule du laboratoire portugais Bial dont la toxicité a déjà été mise en cause par les experts de l’ANSM. Le 23 mai Marisol Touraine présentait en conférence de presse les conclusions du rapport qui engage la responsabilité de la société Biotrial. 
La responsabilité de Biotrial engagée à plusieurs niveaux
Le laboratoire est mis en cause pour son choix de la dose de la molécule BIA 10-2474 et le retard pris dans la transmission de l’information aux autorités « 4 jours après l’hospitalisation du premier volontaire et trois jours après la décision de suspendre l’essai ». La mission pointe "l’absence de recherche d’information en temps et en heure par le laboratoire sur l’état de santé du premier volontaire hospitalisé et la non suspension de l’administration du produit aux autres volontaires"
Enfin la ministre n’émet pas de sanction mais exige de Biotrial «  un plan d’action garantissant que les manquements majeurs observés ne pourront pas se reproduire […] S’il ne m’a pas transmis son plan d’action d’ici un mois, son autorisation de lieu de recherche pour essai de phase 1 sera suspendue».
La déclaration de la ministre a été largement reprise dans la presse 
Stupéfait, Biotrial a contre-attaqué. Le laboratoire dénonce quant à lui trois manquements de l’Igas  le non respect du principe du contradictoire et du droit des personnes auditionnées. La mission a également omis de mentionner les éventuels conflits d’intérêt, enlevant toute objectivité à son rapport. Sur ce point, BIOTRIAL s’étonne notamment que ne soit pas mentionné les précédentes collaborations professionnelles entre l’un des inspecteurs de l’IGAS et les directeurs généraux des deux établissements publics directement liés à cet accident : le CHU de Rennes et l’ANSM. » 
Un rebondissement inhabituel qui a suscité l’étonnement des journalistes notamment France TV, Usine Nouvelle, le Figaro, Ouest-France…
Le 24 mai, dans une dépêche de l’AFP, Lisbonne s’est dit "solidaire" du laboratoire pharmaceutique portugais Bial, promoteur de l’essai clinique qui "a la confiance et la solidarité du gouvernement portugais" a annoncé le ministère de l’Economie dans un communiqué, appelant le laboratoire à "poursuivre la recherche et le développement de projets contribuant à l’économie portugaise et au bien être des citoyens et des malades".

Paris healthcare week : un hôpital ouvert et conquérant

Sous la triple bannière d’HôpitalExpo, de GerontHandicapExpo et d’Health-ITExpo, la Paris Healthcare week s’est déroulée les 24,25 et 26 mai 2016. Lieu d’échange et de proposition, le grand rendez-vous annuel du monde de la santé a fait le plein cette année : 17 200 visiteurs (+12%) dont 10% d’étrangers et 615 exposants contre 585 en 2015*.  Des parcours thématiques dévoilaient les dernières innovations en matière d’équipements, de technologies appliquées à la santé. A l’honneur également, les progrès en restauration collective hospitalière, les initiatives en faveur du développement durable, les solutions pragmatiques à la perte d’autonomie…
Organisé par la Fédération Hospitalière de France (FHF), le salon réservait une large part aux débats et réflexions autour des grands enjeux hospitaliers du moment au premier rang desquels figure la création des Groupements Hospitaliers de Territoire.
Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a inauguré la manifestation en prononçant un discours en forme de bilan. Avec enthousiasme et chaleur, elle a évoqué l’hôpital, plaçant cette institution « qui incarne les valeurs de la République sociale » au 1er rang des atouts de la France. « Soigner tout le monde sans exclusion, dans l’excellence, au quotidien comme dans les circonstances exceptionnelles » telles sont les missions d’un modèle tant admiré à l’étranger. Aujourd’hui l’hôpital « porte l’innovation comme méthode et l’excellence pour objectif ». Il progresse « la plus prestigieuse revue médicale internationale vient de célébrer son excellence. Il innove : les premières mondiales se multiplient dans nos CHU à un rythme effréné. ». L’hôpital va aussi au-devant de l’adversité et la Ministre a souligné la « réponse exemplaire » apportée aux attentats qui ont frappé le pays.
Evoquant les "groupements hospitalier de territoire" (GHT), thème phare du salon, Marisol Touraine les a qualifiés de « construction innovante qui permettra à l’ensemble de nos établissements de penser leur coopération autour d’un projet médical territorial et partagé ». Cette transformation majeure de l’organisation sanitaire qui doit être arrêtée au 1er juillet 2016 facilitera la gradation des soins et la mutualisation des moyens à l’échelle d’un bassin de proximité. Il s’agit d’une « révolution  comparable à celle de la création des CHU ». Pour soutenir les projets médicaux partagés, le numérique et l’innovation déployés au sein de ces 150 regroupements, la Ministre engage un vaste plan d’investissement de 2 milliards d’euros sur cinq ans, 2017-2021. Cet financement a été annoncé en avant-première sur les Echos et la nouvelle a largement été reprise dans la presse nationale, le Figaro, France TV…
Retour sur 5 ans de réformes
La ministre a remonté le fil des réformes. Une telle rétrospective rappelle l’importance des transformations qui ont reconfiguré le cadre hospitalier ces 5 dernières années – preuve s’il en est de la capacité d’adaptation de ces établissements. Ont été cités : la réintroduction du service public hospitalier dans la loi, la fin de la convergence tarifaire, l’instauration du financement des activités isolées et le financement spécifique pour les hôpitaux de proximité dès 2016. « 250 établissements, soit environ un hôpital sur quatre, sont désormais concernés pour leur activité de médecine, dont on sait qu’elle est mal financée par la T2A ». 
Côté personnels, Marisol Touraine a évoqué le soutien à l’exercice hospitalier à travers la prime d’engagement destinée à encourager 3 000 praticiens à exercer dans les hôpitaux qui manquent de médecins et la prime d’exercice territorial, pour fidéliser les professionnels qui diversifient leurs missions et valorisent le travail en équipe. De même, l’exercice mixte a été encouragé avec 1 700 contrats d’engagement de services publics signés et 600 praticiens territoriaux de médecine générale installés, « une nouvelle donne se dessine en matière de présence médicale sur le territoire » a précisé la Ministre.
Il a également été question de l’amélioration des conditions de travail des internes, de la revalorisation de la rémunération de agents de catégorie C, 480 euros nets par an pour près de 420 000 agents, des infirmiers et des cadres pour 250 à 500 euros par an selon l’ancienneté.
L’hôpital se reconstruit aussi. 40 projets immobiliers dont la réalisation s’échelonne de 2012 à 2022, ont été validés par le COPERMO pour un montant d’aide qui dépasse les 2 milliards d’euros. 400 millions d’euros ont été mobilisés pour sortir des dizaines d’établissements de l’impasse des emprunts toxiques. « Malgré le contexte d’effort il n’y a pas eu de suppressions de postes à l’hôpital. Et en 2016, ce sont 1,3 milliards d’euros de plus que le gouvernement a accordé aux établissements de santé ». 
Enfin, la Ministre a rappelé l’importance pour l’hôpital de s’ouvrir au patient. Les malades « veulent comprendre, accéder à l’information, se défendre, participer à l’élaboration des politiques de santé ». Pour répondre à leurs attentes, le gouvernement a renforcé leurs droits, amélioré leur représentation et créé l’action de groupe, le service public d’information en santé et le droit à l’oubli pour d’anciens malades… A l’agenda des réformes également, l’hôpital numérique. Plus de 80% des établissements ont déjà informatisé les dossiers patients, 70% ont dématérialisé la consultation de résultats d’analyses biologiques. 500 établissements ont sollicité et obtenu un soutien.
Verbatim
"On ne « gère » pas l’hôpital, on le fait vivre et on lui fixe une ambition".  Marisol Touraine Hôpital Expo discours d’inauguration, 24 mai 2016
"À l’heure où certains le brocardent,  l’hôpital est un pilier de notre République" Frédéric Valletoux, délégué général de Fédération Hospitalière de France
*sources : statistiques transmises par PG Promotion, maître d’ouvrage de la Paris Healthcare week
Marie-Georges Fayn  

 

                                                      Relay H, un réseau très hospitalier

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