Manifestations du 14 novembre : « Ce qui se joue c’est une solidarité nationale en faveur de l’hôpital public » Jean-Pierre Dewitte

Jeudi 14 novembre 2019, en cette journée de mobilisation nationale pour « Sauver l’hôpital », Jean-Pierre Dewitte, directeur général du CHU de Poitiers s’exprime sur ce mouvement d’une ampleur inédite.

Jeudi 14 novembre 2019, en cette journée de mobilisation nationale pour « Sauver l’hôpital », Jean-Pierre Dewitte, directeur général du CHU de Poitiers s’exprime sur ce mouvement d’une ampleur inédite.
Réseau CHU : Partagez-vous l’inquiétude des manifestants ?
Jean-Pierre Dewitte  ‘’Sauver l’hôpital’’ ! Les mots sont parfois forts. La France a un service hospitalier de qualité même si nous sommes conscients de ses limites, des inégalités territoriales, des investissements insuffisants du fait de stratégies inadaptées ou maladroites, des fermetures excessives de lits. Trop souvent, priorité a été donnée à l’économie plutôt qu’à la promotion de la qualité. Il en résulte des crispations fortes.
De toute ma carrière, je n’ai pas connu de mouvement d’une telle ampleur notamment de la part du corps médical. Je suis surpris de voir qu’il réunit tous les acteurs de l’hôpital, doyens, médecins, infirmières, internes, étudiants… et que les collectifs supplantent les syndicats. Dans les discours, je relève des amalgames de revendications socio-professionnelles et des demandes d’augmentation immédiates de 300€ de tous les salaires. J’entends le ras-le-bol hospitalier et au-delà, je ressens aussi profondément la volonté des professionnels de défendre l’hôpital public. Ce qui semble se jouer ici, c’est une solidarité nationale pour l’hôpital public. Un élan que je soutiens car je suis bien conscient du rôle essentiel de l’hôpital, non seulement en termes de qualité et de permanence des soins mais aussi en termes de richesse et d’attractivité du territoire.
Que dit ce mouvement des fragilités de l’hôpital ?
Jean-Pierre Dewitte  Ce qui me préoccupe c’est la perte de sens. Les valeurs du service public existent certes au niveau collectif mais tendent à disparaître au niveau individuel. La continuité des soins est un service complexe que nous rendons à la population. Il s’agit d’une mission exigeante pour les professionnels. Or les jeunes générations ont du mal à accepter les contraintes. Leurs valeurs, leurs aspirations ont changé avec la société.
Je suis aussi sensible au malaise des personnels. Force et de constater qu’il y a bel et bien une croissance hospitalière puisque les budgets augmentent d’une année sur l’autre mais les catégories professionnelles les plus basses n’ont pas été réévaluées depuis des années alors qu’elles ont contribué au développement de l’hôpital au même titre que les autres.
Autre problème, le statut de la fonction publique, il est à la fois protecteur et inadapté aux nouveaux enjeux et aux situations de concurrence. Comment embaucher des data managers, des biostatisticiens sur des grilles qui ne tiennent pas compte des tensions autour de ces professions ?
Et qu’en est-il à Poitiers ?
Jean-Pierre Dewitte Certaines revendications nationales ne s’appliquent pas au CHU de Poitiers car nous n’avons jamais cessé de renouveler les équipements ni de repenser l’organisation des services en nous appuyant sur les meilleurs standards internationaux. La progression de notre activité nous a permis d’investir en continu et nous sommes financièrement à l’équilibre depuis 20 ans. Nous avons appris à nous développer même sous financement contraint. Collectivement nous avons fait des choix qui nous ont préparés aux défis de la médecine de demain. Cette modernisation a pu être menée à bien – et continue à l’être – grâce à l’implication et aux efforts de tout le personnel mais nous n’avons pas assez de marge de manœuvre pour pouvoir le remercier ; un état de fait qui contribue certainement au malaise que nous connaissons aujourd’hui.

Propos recueillis par Marie-Georges Fayn

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