Montpellier : Innover avec le 8e Congrès Français de Psychiatrie

« Le cerveau est la partie la plus sexy du corps humain » c’est la phrase mise en exergue du programme dense et varié du Congrès Français de Psychiatrie qui ouvrira ses portes du mercredi 23 jusqu’au samedi 26 novembre 2016 au Corum de Montpellier. L’auteur de cette citation n’est pas un psy, mais un artiste belge multidisciplinaire, Jan Fabre. Tout à la fois dessinateur, sculpteur, chorégraphe et metteur en scène, il est reconnu pour ses performances, ses provocations pour certains, largement inspirées par la métamorphose.
« Le cerveau est la partie la plus sexy du corps humain » c’est la phrase mise en exergue du programme dense et varié du Congrès Français de Psychiatrie qui ouvrira ses portes du mercredi  23 jusqu’au samedi 26 novembre 2016 au Corum de Montpellier. L’auteur de cette citation n’est pas un psy, mais un artiste belge multidisciplinaire, Jan Fabre. Tout à la fois dessinateur, sculpteur, chorégraphe et metteur en scène, il est reconnu pour ses performances, ses provocations pour certains, largement inspirées par la métamorphose. Son travail de créateur symbolise l’esprit qui soufflera sur cette huitième édition du Congrès qui veut se placer sous le signe de l’innovation. 
Les organisateurs en ont fait un slogan « Innover : pourquoi, comment ? » qui porte leur audacieux programme d’échanges sur les initiatives, les projets, les réalisations et les recherches scientifiques, humanitaires et artistiques de la psychiatrie. Présidé par le Pr Philippe Courtet, responsable du Département urgences et post urgences psychiatriques du CHU de Montpellier et le Dr Brigitte Rimlinger, psychiatre libérale, la rencontre affiche sa volonté de « déstigmatiser » la maladie en s’inscrivant dans cette logique de la nouveauté. « L’ampleur de la tâche est énorme, mais capitale. La population doit connaître les maladies mentales pour les considérer comme des maladies comme les autres (ni de la faiblesse morale, ni de la dangerosité » précise le président.   
D’abord, en ouvrant, pour la première fois de son histoire, ses portes au grand public et aux associations de patients, sur inscription, à travers une journée dédiée où les spécialistes aborderont, par exemple, les questions touchant à l’addiction à la virtualité, ou encore le burn out et ses troubles. Ensuite, en créant, et là encore l’innovation est notable, des journées de la « Psychiatrie de la personne âgée » (les 25 et 26 novembre). En effet, le nombre des personnes psychiatriques vieillissantes ou des personnes qui développent, en vieillissant, des pathologies qui nécessitent une prise en charge est en accroissement constant lié à l’avancée générale en âge. Ces rencontres dans LA rencontre concernent, au-delà des psychiatres, tous les professionnels de santé, médecins coordonnateurs et infirmières coordonnatrices d’ÉHPAD et psychologues en contact avec les personnes âgées. Pour Philippe Courtet « Cette spécialité englobe la définition des maladies et les spécificités des prises en charge car la personne âgée mérite un regard particulier sur les pathologies psychiatriques. Ainsi, l’expression des troubles est atypique conduisant au non diagnostic, les traitements pharmacologiques nécessitent des ajustements, l’intrication avec les maladies somatiques et le handicap, mais aussi l’isolement social, la  pauvreté et le deuil… »  
« Et si le Congrès Français de Psychiatrie était une performance artistique ? » interroge son président fort d’un programme créatif et ouvert qui rassemblera à la tribune nombre de personnalités expertes. Pour faire progresser les soins et décrypter les mécanismes physiques des pathologies, la recherche en psychiatrie bénéficie aujourd’hui des avancées liées aux progrès technologiques, en particulier ceux de l’imagerie cérébrale. Guy Goodwind, chercheur de l’Université d’Oxford et président du « European College of Neuropharmacology », en témoignera, dans la conférence d’ouverture du 23 novembre, intitulée «  Innovation et psychiatrie e-mental health » qui évoquera ses travaux sur le traitement des troubles bi polaires. « Le plus grand nombre d’applications disponibles sur les stores est lié à la santé mentale. Elles nécessitent, ce qui n’est pas le  cas encore, d’être testées scientifiquement en terme de bénéfice / risque. Les patients sont très partisans de disposer de ces outils pour leur suivi, leur traitement, leur éducation comme le démontre le poster  présenté par Crespe et une étude menée par mon équipe avec la communauté en ligne Carenity.com » explique Philippe Courtet à ce sujet. De fait les interrogations des praticiens évoluent et les thématiques abordées durant la rencontre le reflèteront puisqu’il sera question, entre autre, de la e-psychiatrie, de l’action des anti psychotiques, de la détection précoce des psychoses, de la stimulation cérébrale profonde ou encore des biomarqueurs de l’autisme. Pour autant, la psychiatrie reste au sens noble de « l’art relationnel », une médiation fondamentale illustrée dans des interventions portant sur le suicide, la cancérologie,  les psycho traumatismes et les agressions sexuelles. 

Enfin, Citant Rabelais, élève bachelier de l’université de Montpellier en 1530, Philippe Courtet appelle tous les participants à « Vivre joyeux ! ». Nul doute que les 37 sessions thématiques, 17 rencontres avec l’expert et les 12 débats du Congrès, à vivre en quatre jours y contribueront, sans oublier la conférence grand public de Boris Cyrulnik du 26 novembre, de même que l’exposition « Inside out » créée pour l’occasion. Inédite, elle affiche plus de 100 portraits de patients et de soignants de psychiatrie du CHU de Montpellier mis en scène par l’artiste JR, créatif multifacette qui placarde sur les murs urbains ses collages photographiques comme autant de signes d’identité à retrouver.
Laslo Guzik

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