Novembre 2012 : mois de la colère des médecins – palmarès du Nouvel Obs

Grève illimitée des chirurgiens du privé pour contester l’accord qui restreint leurs dépassements d’honoraires à 2,5 fois le tarif sécu, manifestations d’internes pour le respect de leur temps de repos, contre les possibles remises en cause de leur liberté d’installation et du libre accès aux soins ; principe qu’ils estiment menacé par les réseaux de soins des mutuelles. Ces revendications hétéroclites ont fait descendre dans la rue plus de 5 000 manifestants le 14 novembre puis le 20 novembre où seuls défilaient les étudiants en médecine.

Grève illimitée des chirurgiens du privé pour contester l’accord qui restreint leurs dépassements d’honoraires à 2,5 fois le tarif sécu, manifestations d’internes pour le respect de leur temps de repos, contre les possibles remises en cause de leur liberté d’installation et du libre accès aux soins ; principe qu’ils estiment menacé par les réseaux de soins des mutuelles. Ces revendications hétéroclites ont fait descendre dans la rue plus de 5 000 manifestants le 14 novembre puis le 20 novembre où seuls défilaient les étudiants en médecine.

En fait d’illimité le mouvement des libéraux débuté le lundi 12 novembre s’est arrêté le 16 novembre « pour ne pas nuire aux patients » selon le syndicat du Bloc. Sa revendication principale : revoir l’accord conclu en octobre entre la CNAM, 3 syndicats de médecins (SML, CSMF et MG FRANCE) et les complémentaires car « il ne "correspond pas aux spécificités" des spécialistes de bloc opératoire libéraux qui sont nombreux à pratiquer des dépassements d’honoraires pour des raisons, disent-ils, de charges professionnelles plus importantes. » explique Libération le 14 novembre.
Le JDD du 16 novembre rapporte que le mot d’ordre avait été suivi par 60 à 70% des spécialistes, chirurgiens, anesthésistes, radiologues, ophtalmologues… des 700 cliniques. Or l’arrêt n’a finalement eu que peu d’impact sur les patients ; les opérations programmées étant le plus souvent repoussées – avec un bémol dans certaines agglomérations. Ainsi les Hospices Civils de Lyon ont enregistré 30% d’activité de plus dans les services d’urgences et de maternité  alors que le CHRU de Brest n’a constaté aucun bouleversement dans son activité.
Mais outre les précisions sur le mécontentement des blouses blanches, ce mouvement aura aussi contribué à lever le voile sur un sujet toujours tabou, la rémunération. Jamais télespectateur ou lecteur de la grande presse n’aura été mieux renseigné sur la grande hétérogénéité des conditions d’exercice de la médecine et surtout des revenus des praticiens, leurs gains avant imposition, leurs variations selon la spécialité, le montant des charges inhérentes à leur cabinet. Pas un journal qui ne cite et commente l’évolution de leurs gains… tant et si bien qu’en y regardant de plus près le public a eu du mal à compatir ; 58% des Français estimant que le texte signé est "un bon accord", selon un sondage BVA. Une position partagée par André Grimaldi et Jean-Paul Vernant, professeurs à l’AP-HP, qui ont lancé une pétition contre une "grève corporatiste, au moment où le pays connaît une crise économique et sociale majeure, qui ne peut pas être comprise par l’opinion publique". Selon l’AFP du 13 novembre, « le texte avait été signé lundi par 140 médecins selon le Parisien, dont Irène Frachon, la pneumologue qui a dénoncé le scandale du Mediator ».
Comme l’expliquait Jacqueline Linarès dans le Nouvel Observateur du 31 octobre "seulement 10% des Français gagne plus de 2 800 euros par mois". En prélude à la grève, le magazine signait opportunément un dossier très complet sur le vrai revenu des médecins libéraux. Toutes spécialités confondues, ils disposent d’un revenu moyen net qui avoisine les 9 000 euros mensuel, une fois les charges de leur cabinet déduites." S’ensuit un tableau des gains mensuels rapportés au smic : 22 fois pour les anesthésistes qui culminent avec un revenu de 31 247 euros alors que les médecins remplaçants ou généralistes doivent se contenter respectivement de 1 504 euros et de 2 916 euros. "
La journaliste, reconnait aussi que les praticiens qui effectuent des dépassements d’honoraires, -ceux du secteur 2 qui facturent au-delà des 23 euros pour une consultation de généraliste et de 28 euros pour un spécialiste – sont une minorité "11% seulement des généralistes et 40% des spécialistes" mais ils finissent par peser lourd sur les comptes : 2,5 milliards d’euros en 2011 et par aggraver les inégalités. Elle admet aussi qu’un radiologue libéral à 12 424 euros net mensuels exerce un métier proche de celui d’un chef d’entreprise à l’inverse d’un psychiatre à 5 495 euros.
L’auteur dénonce les conséquences en termes de renoncement aux soins et d’inégalités sociales face à la maladie qui concerne « 15% des Français, essentiellement en dentaire et en optique. » S’appuyant sur l’enquête d’UFC-Que choisir, elle pointe aussi les pratiques qui pénalisent les consultants " A Paris, Lyon, en Paca- et même dans certaines villes moyennes comme Mulhouse, Le Havre, Orléans ou Besançon, c’est la croix et la bannière pour trouver un spécialiste de type ORL, gynéco ou pédiatre au tarif sécu. A Châteauroux, les deux malheureux ophtalmos aux tarifs de base sont totalement submergés. L’enquête de l’association de consommateurs montrait que 28 % des Français ne disposent pas à proximité de chez eux (moins de quarante-cinq minutes) d’un pédiatre au tarif remboursable par la sécu, 45 % d’un ophtalmo et 54 % d’un gynéco.
Et la journaliste conclut en prenant la défense du médecin de famille qui perçoit en moyenne 6 572 euros net par mois en 2011 pour plus de 57 h de travail hebdomadaire et vit mal la fronde de leurs collègues spécialistes « Pour eux, il faut encadrer les dépassements d’honoraires, mais également sauver le métier en les rémunérant autrement, c’est largement aussi urgent."

20 novembre, la nouvelle manifestation des internes incite le ministère à limiter les réseaux des mutuelles
Ils étaient plus de 2 000 à répondre « à l’appel de l’Intersyndicat national des internes des hôpitaux) (ISNIH), de l’Intersyndicat national des chefs de clinique assistants (ISNCCA) et de la Fédération nationale des syndicats d’internes en pharmacie (FNSIP) » annonce reuters dans une dépêche du même jour. Les futurs médecins ont en ligne de mire une proposition de loi sur les réseaux de soins qui inciterait les patients à consulter un médecin sélectionné par leur complémentaire santé pour être mieux remboursés. Ce qui remettrait en cause le libre choix du malade. En réponse, et pour calmer les esprits le ministère de la santé a fait savoir qu’il s’opposait «à un remboursement différencié sauf pour l’optique et le dentaire», professions les plus concernées actuellement par les réseaux de soins » note le Figaro du 21 nov.
L’enjeu pour les mutuelles est de pouvoir modifier les textes en vigueur afin de continuer à créer des réseaux. explique Pierre Bienvault dans la Croix du 20 novembre. Pour illustrer l’intérêt des réseaux, le journaliste l’exemple fournir par la Mutualité portant sur un achat de lunette : verres correcteurs et montures seront facturés 500 €.Si un adhérent mutualiste se rend chez un opticien affilié au réseau, il paiera 112,56 €de sa poche contre 161,49 € s’il s’adresse à un opticien non affilié.
Pour calmer le jeu, la ministre Marisol Touraine a été déclaré, le 20 novembre dernier, au 18e forum Economie santé, que « ce projet de loi fera l’objet d’un amendement qui garantit le principe de libre accès et de non discrimination tarifaire […] Le gouvernement ne souhaite pas qu’il y ait de remboursements différenciés ».
Suite des débats à l’Assemblée nationale à partir de mercredi 28 novembre date à laquelle les députés commencent l’examen de la propostion de loi sur les réseaux de soins des mutuelles. La Commission des affaires sociales estime que ce texte constitue "la première étape d’une réflexion plus large sur l’organisation de notre système de santé" note Séverine Sollier dans la Tribune du 27 novembre.
Palmarès du Nouvel Observateur
Après le Point en août, l’Express en septembre voici novembre et le Palmarès des hôpitaux et cliniques du Nouvel Observateur publié le 29. Au tableau d’honneur : 1er le groupe hospitalier la Pitié-Salpétrière (AP-HP), 2ème le CHU de Bordeaux, 3ème le CHU de Toulouse puis viennent le CHRU de Lille, les Hospices Civils de Lyon-Groupe Hospitalier Est et Sud respectivement 4ème, 5ème et 6ème. Suivent le CHU de Strasbourg, Cochin-Saint-Vincent-de-Paul (AP-HP), Hôpital-Européen-Georges-Pompidou (AP-HP), le CHU de Nantes, l’Hôpital de la Timone Adultes  (AP-HM), puis les CHU de Rennes, de Nancy et de Montpellier.
En quoi ce hit-parade diffère-t-il des précédents ? Pour Mohammed Qafli de Santé Value et Philippe Presles leur classement est le 1er estampillé 2011 c’est-à-dire basé sur les données du Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information (PMSI) 2011. Pour dresser cette liste, l’équipe a traité 23 millions de dossiers provenant de plus de 1 500 établissements et évalué leurs résultats dans 25 spécialités. La note obtenue intègre : l’activité, la durée moyenne de séjour, la part de l’ambulatoire et de la chirurgie et notamment de la chirurgie sous cœlioscopie (chirurgie des petits trous), la diversité, la complexité et la leur lourdeur  des cas et enfin l’attractivité du service. Dans la note méthodologique, les auteurs reconnaissent que ce classement doit être relativisé car plusieurs données échappent encore à l’analyse : la qualité du codage, l’importance des consultations externes, le nombre de chirurgiens par spécialité et l’implication des équipes dans la recherche médicale.
Pénurie d’anesthésistes dans le public
26 % de postes vacants en anesthésie-réanimation dans les hôpitaux déplore le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (Snphar) dont le cri d’alarme est relayé sur La Croix du 2 novembre. Citée par Pierre Bienvault, la présidence du Snphar, Nicole Smolski évoque même des taux bien supérieurs en Basse-Normandie (41 % de postes vacants), en Picardie (40 %) ou dans la région Centre (34 %) ». Pouquoi cette désertification de l’hôpital ? Pourquoi une fois formés, les internes préfèrent-ils partir ? A cause des pesanteurs et lourdeurs de l’organisation, des gardes de nuit et du week-end et bien-sûr de la rémunération : dans le public, un jeune gagnera 3 500 euros net par mois, 4 500 avec les gardes contre 8 000 euros à 14 000 euros dans le privé. Impossible de luter.
La solution : recruter des médecins à diplôme étranger ou avoir recours aux intérimaires, des mercenaires à 650 euros net la journée qui grèvent les budgets. Et demain ne s’annonce pas meilleur car nombre d’anesthésistes en poste prendront leur retraite.
A voir aussi la page facebook http://www.facebook.com/LesMedecinsNeSontPasDesPigeons

Marie-Georges Fayn


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