Janvier 2019 : mobilisation pour la psychiatrie et tensions aux urgences

Ce mois de janvier a été celui de la mobilisation pour la psychiatrie et de tensions récurrentes dans les services d’urgence très sollicités lors des épidémies de grippe et de bronchiolite. Ce début d’année fut aussi l’occasion pour le gouvernement d’apporter des précisions sur « Ma santé 2022 » et sur le futur plan santé environnement... En attendant que ces enjeux investissent le grand débat ?

Ce mois de janvier a été celui de la mobilisation pour la psychiatrie et de tensions récurrentes dans les services d’urgence très sollicités lors des épidémies de grippe et de bronchiolite. Ce début d’année fut aussi l’occasion pour le gouvernement d’apporter des précisions sur « Ma santé 2022 » et sur le futur plan santé environnement… En attendant que ces enjeux investissent le grand débat ? 
Après plusieurs mouvements de protestation en régions, c’est dans les rues de la capitale que le mardi 22 janvier, médecins, infirmiers et personnels des établissements psychiatriques se sont rassemblés à Paris à l’appel de collectifs et de syndicats. Ils réclament davantage d’effectifs pour « des soins plus humains ». Ils alertent l’opinion publique sur « la situation dramatique de la psychiatrie publique », dénoncent « la banalisation des pratiques d’isolement et de contention » par manque de professionnels. Les témoignages de soignants en souffrance  « face au décalage entre les demandes de prise en charge et les moyens disponibles » sont repris dans tous les médias et les sites d’information. Le nouvel Obs décrit un monde psychiatrique « en train de craquer » 
Dans La Croix du 16 janvier, Pierre-Michel Llorca, psychiatre et coauteur de « Psychiatrie : l’état d’urgence », s’inquiète de la baisse des dotations qui accentue la dégradation des soins et co-signe avec une centaine de ses pairs le courrier envoyé à la ministre de la santé Agnès Buzyn. 
Tandis que dans Libération du 21 janvier, Pascal Boissel, président de l’Union syndicale de la psychiatrie (USP) confirme la pénurie de spécialistes « Plus de 25% des postes de psychiatres dans les hôpitaux ne sont pas pourvus. » 
Reconnaissant le malaise que traverse la psychiatrie "parent pauvre de notre système de santé", la ministre a débloqué une enveloppe d’un montant total de 100 millions d’euros par an. « Aux 50 millions d’euros annoncés fin 2018, et qui permettront chaque année de consolider les moyens des établissements et services de psychiatrie s’ajoutent 64 millions d’euros issus des crédits dégelés exceptionnellement dans leur intégralité en décembre 2018. Une enveloppe de 40 millions sera utilisée pour financer les 37 actions de la feuille de route psychiatrie et santé mentale. Enfin, 10 millions d’euros abonderont un fonds d’innovation organisationnelle en psychiatrie ». 
D’autres mesures porteront sur le développement de la formation des professionnels de santé et notamment des infirmiers de pratiques avancées en psychiatrie – une annonce relayé par infirmiers.com
La filière de pédopsychiatrie sera par ailleurs renforcée par la création de 10 nouveaux postes de chefs de cliniques en pédopsychiatrie en 2019, soit 20 en 2 ans. Et six praticiens hospitalo-universitaires titulaires en pédopsychiatrie seront nommés en 2019, portant le nombre d’universitaires de 36 en 2016 à 47 en 2019. 
Par ailleurs un délégué ministériel à la psychiatrie et à la santé mentale sera nommé et chargé de piloter au plus près des acteurs le déploiement de la feuille de route de la psychiatrie et de la santé mentale dans les territoires.
En projet aussi, la création d’une mission sur l’évolution des Centres Médico-Psychologiques (CMP) avec pour objectif, une meilleure coopération entre l’hôpital et les professionnels de soins primaires, et la consolidation de la place du médecin généraliste et des professionnels de santé de proximité.
Enfin, « pour donner aux questions de santé mentale l’ampleur qu’elles méritent », la ministre a exprimé son souhait de voir la France organiser en 2020 le sommet mondial sur la santé mentale, précise Le Quotidien du médecin

Tensions dans les services d’urgences

Au sommaire également de ce panorama mensuel, les vœux de la ministre à la presse. Le 22 janvier, Agnès Buzyn a rappelé les priorités du plan "Ma santé 2022" à savoir : « Agir pour rendre les soins plus accessibles dans tous les territoires, garantir à chacun la qualité et la sécurité des soins qu’il reçoit, démocratiser la télémédecine et les outils de la e-santé, œuvrer pour donner aux professionnels les conditions de travail qu’ils méritent ». Et le 29 janvier, la ministre des Solidarités et de la Santé a reçu des mains de Jean-Marc Aubert, responsable de la Direction de la recherche, des études et des statistiques (Drees) le rapport de la task force sur la réforme du financement du système de santé, qui propose d’introduire cinq modalités de paiement avec l’objectif d’accroître la qualité des soins et d’encourager leur pertinence.
Dans l’actualité, retenir aussi la situation tendue des urgences qui ont dû faire face comme tous les ans à l’épidémie de bronchiolite
Mais au-delà des pics de grippe ou de canicule, l’encombrement de ce service devient récurrent. Dans une tribune du Monde publiée le 16 janvier, quatorze chefs de service de différents hôpitaux mettent en garde contre la saturation des urgences. Ils s’inquiètent aussi des conséquences de cette surcharge de travail sur les patients et le personnel. 

Vers un quatrième Plan santé, environnement

Au chapitre environnemental, François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé ont annoncé les 14 et 15 janvier 2019,  le lancement de l’élaboration du plan « Mon environnement, ma santé » et la consultation publique sur le projet de nouvelle stratégie sur les perturbateurs endocriniens. « Connaître précisément les effets de notre environnement sur la santé est indispensable pour apporter les réponses médicales et préventives les mieux adaptées. En stimulant la recherche scientifique dans ce sens, nous obtiendrons les connaissances nécessaires à la formation des professionnels de santé ainsi qu’à la bonne information des citoyens, préalable décisif au changement des comportements », a souligné Agnès Buzyn. Co-piloté par le ministère de la Transition écologique et solidaire et le ministère des Solidarités et de la Santé, le Plan national santé-environnement, « Mon environnement, ma santé » succédera au troisième plan national santé environnement qui arrive à échéance fin 2019.
Quatre priorités ont été fixées : mieux connaitre les expositions et les effets de l’environnement sur la santé des populations (« exposome ») ; informer, communiquer et former les professionnels et les citoyens ; démultiplier les actions concrètes menées dans les territoires et enfin, réduire les expositions et les inégalités environnementales.
La santé absente du « grand débat », malgré les interpellations de Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France et également maire (DVD) de Fontainebleau. 
Après sa tribune dans le ParisienFrédéric Valletoux, a écrit au Président Macron le 11 janvier afin de réitérer sa demande de voir traitées les questions de santé dans le cadre du grand débat national : « Je me permets d’appeler votre attention sur la nécessité que le sujet de l’accès aux soins, primordial pour beaucoup de Français, soit au cœur du futur débat citoyen. Les inquiétudes soulevées dans le pays ces dernières semaines, vous le savez, relèvent d’abord d’un profond sentiment de relégation et d’inégalités. Celles-ci sont sociales, mais aussi territoriales. Dans cette perspective, l’accès à des soins de qualité et de proximité constitue une des préoccupations les plus importantes chez nos concitoyens ». 

Le CHU de demain

A signaler également la série-vidéos « Le CHU de demain » où 15 décideurs dévoilent leur vision d’avenir pour les plus grands hôpitaux de France. 
Hélène Delmotte

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