Septembre 2019: pacte de refondation des urgences, procès du Médiator, 130ème première mondiale en CHU

Le mois de septembre est marqué par les nouvelles annonces d’Agnès Buzyn pour mettre un terme à la grève qui se poursuit dans les services d’urgence, l’ouverture du procès du Mediator, des essais cliniques menés en toute illégalité et la polémique sur l’Aide médicale de l’Etat. Mais aussi par la très belle 130ème première mondiale réalisée par l’AP-HP...

Le mois de septembre est marqué par les nouvelles annonces d’Agnès Buzyn pour mettre un terme à la grève qui se poursuit dans les services d’urgence, l’ouverture du procès du Mediator, des essais cliniques menés en toute illégalité et la polémique sur l’Aide médicale de l’Etat. Mais aussi par la très belle 130ème première mondiale réalisée par l’AP-HP dans le domaine de la préservation de la fertilité.  

Mesures d’urgence

« Agnès Buzyn annonce un « pacte de refondation » à 750 millions d’euros pour les urgences », titre le quotidien Le Monde le 9 septembre. Face à une crise qui n’en finit pas, la ministre de la Santé a détaillé une nouvelle série de mesures sur trois ans. « Mais sans lits ni effectifs supplémentaires », note François Béguin. « Les douze mesures du plan, doté de 754 millions d’euros sur la période 2019-2022, dont 150 millions d’euros pour l’année 2020, sont toutes destinées à « lever la pression » sur les services d’urgences. Elles viennent compléter les premières mesures prises avant l’été pour un montant de 70 millions d’euros (dont 50 millions sont destinés à financer une prime de risque mensuelle de 100 euros net pour les paramédicaux des urgences, et que toucheront désormais également les assistants de régulation médicale). Les moyens supplémentaires annoncés lundi devraient concerner à hauteur de 630 millions d’euros « des renforts, en ville comme à l’hôpital, de médecins et soignants », sans aucune traduction précise en termes d’effectifs. » Parmi les mesures annoncées, la création d’un service d’accès aux soins (SAS), le financement de cinquante maisons médicales de garde accueillant des médecins libéraux ou encore une meilleure organisation des hôpitaux. « Ceux-ci devront contractualiser avec les Ehpad afin de mettre en place des filières d’accès direct des personnes âgées, afin de ne pas faire des urgences la porte d’entrée – souvent éprouvante – de l’hôpital. Les établissements devront par ailleurs tous optimiser la gestion de leurs lits d’hospitalisation, par le biais de l’embauche de gestionnaires de lits et la mise en place de logiciels de prédiction des besoins. »
Le 16 septembre, le Journal du Dimanche publie un portrait  du député Thomas Mesnier, « le médecin qui a inspiré le plan de Buzyn pour les urgences » et qui avant de devenir député La République en marche, était médecin urgentiste à l’hôpital d’Angoulême. "Ce sont des services dans lesquels on ne s’ennuie jamais, décrit-il. On sait combien d’AVC surviennent en moyenne, mais jamais ce qui va se produire la minute d’après. Par moments, c’est dur, mais passionnant! C’est forcément un travail d’équipe : tout seul, impossible d’y arriver." Cette phrase pourrait tout aussi bien résumer son (jeune) regard sur la vie politique. », peut-on lire. Et un peu plus loin : « Ce bosseur de 33 ans, qui a enchaîné les séances de nuit sur la loi bioéthique à l’Assemblée comme autrefois les gardes, raconte la gestion de la crise des urgences sans tirer la couverture à lui. Pas seulement par prudence, parce que le feu né il y a six mois menace d’embraser tout l’hôpital – déçus par le plan Buzyn, de nombreux médecins veulent rejoindre les infirmiers et les aides-soignants. Mais parce que celui qui a inspiré certaines des propositions de la ministre de la Santé prend un réel plaisir à l’épauler dans la tempête. "Je ne sais pas si j’ai déjà autant respecté quelqu’un, s’interroge-t-il. J’allais dire : je ne sais pas si j’ai déjà autant admiré quelqu’un, mais on va se foutre de moi." Toujours l’esprit d’équipe, le compagnonnage comme à l’hôpital – avec une ministre professeure de médecine ; et celui du temps rétréci, bousculé par les secousses sociales. » En revanche, son tour de France lui inspire un diagnostic sévère : "J’ai vu des médecins, des soignants carbonisés." Mais, aussi, la conviction que le remède Buzyn peut soigner le mal à la racine. ­Optimiste, on vous dit".
Invitée de la matinale d’Europe 1 le 17 septembre, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a une nouvelle fois défendu le rôle du gouvernement dans la résolution de la crise des urgences, avec 750 millions d’euros débloqués sur le quinquennat : "Le collectif inter-urgences est invité à toutes les réunions que je fais au ministère" et "nous avons mis beaucoup d’argent, 750 millions d’euros, sur la table", défend-elle. Cet argent "est fait, à 80%, pour créer des postes". "Nous allons recruter des personnes là où nous en avons besoin", affirme-t-elle. La ministre de la Santé a par ailleurs annoncé la mise en place de trois groupes de travail "dès cette semaine" : sur la manière de dégager des lits d’aval, sur les compétences des paramédicaux et sur le service d’accès aux soins avec les médecins libéraux. Mais comme le relève l’Express : « La colère reste vive chez le collectif Inter-Urgences » Ces annonces n’ont pas apaisé la colère du collectif Inter-Urgences, à l’origine du mouvement de grève, qui a voté le 10 septembre sa poursuite.  
Le 19 septembre, le quotidien 20 Minutes revient sur le service d’accès aux soins (SAS) qui « devra permettre aux patients de joindre par téléphone ou via Internet, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, un médecin qui pourra, en fonction des besoins, les orienter vers une consultation en ville, vers les urgences, ou encore envoyer une ambulance. Mais le professionnel de santé pourra également faire une téléconsultation ou du télé conseil. Et envoyer par fax ou email une ordonnance. Un dispositif proche de SOS médecin, mais public, donc gratuit. » Un nouveau dispositif qui ne fait pas l’unanimité. « Pour être efficace, « le SAS suppose de pouvoir renvoyer vers des plages libres de consultation en ville », avance Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF). Ce qui, en période de pénurie de généralistes comme de spécialistes, ne va pas forcément de soi. Et certains de s’étonner qu’une grosse partie de l’enveloppe promise aux urgences (750 millions) soit dédiée à un support technique. », note encore le quotidien. 
« Urgences : l’opposition étrille le plan Buzyn », titre le Quotidien du médecin le 19 septembre. « Le plan pour les urgences ne convainc pas davantage à l’Assemblée nationale que sur le terrain. Alors que la grève a été reconduite, l’opposition dénonce une série de mesures cosmétiques et met en cause la réalité du financement », écrit Martin Dumas Primbault. De fait, le principal angle d’attaque est l’origine des 754 millions d’euros sur trois ans annoncés pour financer le pacte de refondation des urgences (services, établissements et acteurs de ville). « Spécialiste des questions de santé, le député de la Sarthe (ex-LR) Jean-Carles Grelier a sa petite idée. Le parlementaire pense qu’il s’agira d’un dégel partiel ou total des crédits hospitaliers mis en réserve dans le budget de la Sécu », poursuit le quotidien avant de donner la parole à Valérie Rabault, chef de file socialiste à l’Assemblée. Pour elle, « le plan Buzyn n’est « pas à la hauteur des attentes ». Il ignore à ses yeux les revendications fondamentales des grévistes. « La création de lits et le recrutement de personnels sont absents », se désole l’élue du Tarn-et-Garonne. Elle préconise le déblocage de 500 à 600 millions d’euros par an pour les urgences et se dit très attentive au prochain PLFSS qu’elle imagine « plein de chausse-trapes ». 

Du côté des organisations….  

Le 25 septembre, Frédéric Valletoux a été réélu à la tête de la Fédération hospitalière de France pour un mandat de trois ans. Comme l’indique Réseau, Hôpital & GHT, « Frédéric Valletoux et son bureau souhaitent engager trois chantiers prioritaires en lien avec les enjeux de transformation du système de santé initiés par les pouvoirs publics : « Les professionnels de santé d’abord», pour un choc d’attractivité ; « Concrétiser le parcours», en particulier pour les plus fragiles (grand âge autonomie, handicap) et « revoir les modèles de financement. »
En amont de la conférence de presse du 26 septembre 2019, le Pr Jean Sibilia, président de la Conférence des Doyens des facultés de médecine avait fait le point, en avant-première pour Réseau CHU, sur les sujets d’actualité, de cette rentrée. A retenir : l’amélioration de la qualité de vie des étudiants en médecine, la mise en pratique de la Loi santé, la gestion des stages d’internat sur le territoire, l’engagement pour la recherche médicale ou encore la lutte contre les intolérances…

Ouverture du procès du Mediator

Le 23 septembre, alors que s’ouvre le très médiatique et très attendu procès Servier, Les Echos annoncent « un procès hors norme, dix ans après le scandale ». Comme l’écrit Valérie de Senneville : « Dix ans après la révélation du scandale, le procès du Mediator et des laboratoires Servier s’ouvre ce lundi à Paris. Plus de 2.500 parties civiles seront présentes face à onze personnes morales et douze personnes physiques. L’audience devrait durer jusqu’en avril 2020, une durée exceptionnelle. Tout est hors norme dans ce dossier. A commencer par la question de base qui fonde l’accusation : comment un laboratoire pharmaceutique a-t-il pu continuer à vendre pendant trente-trois ans un médicament qui s’est révélé mortel pour les patients ? » Le Parisien propose quant à lui « cinq questions pour comprendre l’affaire » et notamment celle des prévenus jugés lors du procès. « Après des années d’instruction et de multiples recours, 25 prévenus ont été renvoyés en correctionnelle : 11 personnes morales (diverses sociétés du groupe Servier, mais aussi l’Agence du médicament) et 14 personnes physiques, principalement d’anciens cadres dirigeants du groupe Servier, mais aussi des hauts fonctionnaires de l’agence du médicament, qui travaillaient pour le groupe Servier et sont poursuivis pour « prise illégale d’intérêt ».

Des essais cliniques illégaux

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Le 20 septembre, France Info rapporte qu’ « un essai clinique "sauvage" mené sur au moins 350 patients dans une abbaye près de Poitiers a été interdit par l’Agence du médicament. Le Pr Henri Joyeux, médecin contesté par la communauté médicale est impliqué dans cet essai ». France 3 Occitanie rapporte la déclaration de Bernard Celli, le directeur de l’ANSM, à l’Agence France Presse (AFP) : « On est aux confins du charlatanisme. La confiance de ces patients a été abusée. La qualité, les effets et la tolérance de ces substances ne sont pas connus. Un risque pour la santé des participants ne peut être exclu. » Quant à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, elle s’est déclarée « effondrée, horrifiée » avant d’annoncer des sanctions et des poursuites.   

AME, la polémique 

Le 23 septembre, Le Figaro rappelle que le gouvernement a commandé deux rapports sur l’AME à l’Inspection générale des Finances et à l’Inspection générale des Affaires sociales. Dimanche 22 septembre, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a défendu «la nécessité absolue de préserver» cette aide et de sortir des «fantasmes» qui lui sont associés. Une façon rappelle le quotidien « de revenir sur le début de polémique provoqué par les déclarations du patron de LREM, Stanislas Guerini, sur de possibles «abus», «par exemple pour financer des prothèses mammaires».  Le 19 septembre, BFM Business propose de « tout comprendre à l’Aide médicale d’Etat, ce dispositif pour les étrangers en situation irrégulière dans le viseur de l’exécutif » : « Pour l’année 2019, les moyens alloués à l’AME, qui bénéficie à 317.000 personnes, s’élèvent à 934,9 millions d’euros, en hausse par rapport à 2018 (889,7 millions d’euros). Cela représente moins d’1% du budget de l’Assurance maladie ». BFM rappelle que « l’AME est une question qui divise la classe politique depuis de nombreuses années, la gauche défendant une mesure humanitaire et de santé publique, l’extrême-droite et certains à droite critiquant un dispositif onéreux et injuste vis-à-vis des assurés en situation régulière ».   

130ème première mondiale

Enfin, et pour terminer sur une note positive, en septembre 2019, l’AP-HP a réalisé la 130ème première mondiale des CHU français, dans le domaine de la préservation de la fertilité. Grâce aux équipes de l’hôpital Antoine-Béclère, une femme ayant préservé sa fertilité avant un traitement par chimiothérapie a pu mettre au monde un nouveau-né après maturation ovocytaire in vitro. « Une première mondiale porteuse d’espoirs », indique Réseau CHU
Hélène Delmotte

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