Télémédecine « e-DENT » : une consultation à distance pour une égalité de soin

En France, les populations les plus fragiles, les détenus, les personnes âgées dépendantes ou encore les personnes handicapées ont du mal à consulter un chirurgien-dentiste. Une inégalité qui touche plusieurs dizaines de milliers de personnes en Languedoc-Roussillon. Pour que chacun puisse bénéficier de la même offre de soins dentaires sans distinction de son lieu d’hébergement, le Centre de Soins, d’Enseignement

En France, les populations les plus fragiles, les détenus, les personnes âgées dépendantes ou encore les personnes handicapées ont du mal à consulter un chirurgien-dentiste. Une inégalité qui touche plusieurs dizaines de milliers de personnes en Languedoc-Roussillon. En cause la difficulté pour les directeurs de maisons de retraite ou de structures spécialisées de trouver des chirurgiens-dentistes prêts à se déplacer et le manque de connaissance des soignants quant à la nécessaire surveillance de l’état bucco-dentaire des personnes dépendantes. 
Pour que chacun puisse bénéficier de la même offre de soins dentaires sans distinction de son lieu d’hébergement, le Centre de Soins, d’Enseignement et de Recherche Dentaires du CHRU de Montpellier (Pôle Neurosciences Tête et Cou), en lien avec les chirurgiens-dentistes de la région, vient de mettre en place une « télé-consultation » dédiée à cette catégorie de patients. Après des expériences similaires aux Etats-Unis et en Australie, le CHRU de Montpellier est le 1er établissement européen à développer une activité de télémédecine bucco-dentaire.
 
Le projet « e-DENT » du CHRU de Montpellier : la télémédecine au service de la santé bucco-dentaire
 « e-DENT » propose une consultation à distance des patients résidents d’EHPAD, des patients handicapés et des détenus de la Maison d’Arrêt. L’Agence Régionale de Santé (ARS) finance ce projet à hauteur de 110 000 €. Ainsi, le centre dentaire du CHRU de Montpellier a pu investir dans l’acquisition de 5 caméras « intra-buccales » (Soprocare®) qui utilisent la lumière fluorescente pour mettre en évidence les lésions carieuses et les inflammations gingivales. Ces 5 caméras seront utilisées sur les différents sites. Le système comprend également un ordinateur portable, un logiciel informatique, une transmission sécurisée et un serveur agréé par l’ASIP Santé pour le stockage des données.
La caméra, reliée à l’ordinateur, permet une vision des images en direct par le professionnel de santé réalisant l’acte (par exemple un infirmier formé à cette technique au sein d’un EHPAD) et leur enregistrement.  Le logiciel permet alors de réaliser le schéma dentaire du patient et de préparer la téléconsultation qui sera réalisée par le chirurgien-dentiste. 
                                                                              
La transmission vers le serveur se fait de manière instantanée afin qu’aucune donnée ne soit stockée sur l’ordinateur. La confidentialité des informations médicales sera ainsi totalement préservée.
Une fois les images transmises, le chirurgien-dentiste pourra se connecter au serveur sécurisé afin de prendre connaissance des clichés, des vidéos et des données relevées par le professionnel de santé auprès du patient. Ces informations lui permettront de réaliser une véritable consultation à distance et de décider si ce patient doit se rendre ou non dans un cabinet dentaire afin d’y recevoir des soins.
Dans un premier temps, 16 établissements du Languedoc-Roussillon seront concernés :
– la Maison d’Arrêt de Villeneuve-les-Maguelone (Hérault) ;
– 8 EHPAD du Centre Hospitalier d’Uzès (Gard) ;
– 4 EHPAD du Centre Hospitalier du Bassin de Thau (Hérault) ;
– 2 Maisons d’Accueil Spécialisées (MAS) de l’Association Audoise Sociale et Médicale (USSAP-AASM, Aude) ;
– 1 Maison d’Accueil Spécialisée de l’AFDAIM-ADAPEI 11, association familiale pour le soutien aux familles de personnes handicapées mentales (Aude).
Dans chacun de ces établissements, un professionnel de santé sera formé pour réaliser la prise d’images.

La santé bucco dentaire : un sujet majeur pour les patients les plus fragiles
Les résidents d’établissements sociaux et médico-sociaux (personnes âgées et personnes handicapées notamment), qu’ils soient à mobilité réduite ou non, ont un accès très limité à un chirurgien-dentiste. En effet, des études rapportent notamment que 42% des résidents n’ont pas eu de consultation odonto-stomatologique depuis plus de 5 ans (étude effectuée dans le département de l’Essonne). Sur le plan national, les experts estiment que 35% des résidents « dentés » ont besoin de soins conservateurs, sans parler des autres besoins en santé bucco-dentaire qui n’ont pas été étudiés.

La région Languedoc Roussillon dénombre 429 Etablissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD), dont 78 dans l’Hérault, avec une moyenne de 70 résidents par établissement, soit un peu plus de 30 000 résidents en région. De plus, 10% des habitants du Languedoc-Roussillon sont âgés de plus de 75 ans et ce pourcentage va continuer d’augmenter selon les prévisions pour atteindre 12% en 2020 et près de 20% en 2030. La prise en charge de ces personnes doit donc être améliorée.

L’état bucco-dentaire des détenus est également un problème important bien que la plupart des maisons d’arrêts soient équipées d’un cabinet dentaire. En effet, plusieurs de ces établissements rencontrent des difficultés à assurer un temps de présence suffisant de la part de chirurgiens-dentistes au sein des services hospitaliers chargés de la santé des détenus. Cela était notamment le cas de l’Unité Sanitaire de la Maison d’Arrêt de Villeneuve-les-Maguelone (Hérault), gérée par le CHRU de Montpellier.

La société Oral B soutient ce projet en offrant une brosse à dents électrique à chaque patient bénéficiant d’une télé-consultation.

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