Mai 2018 : Temps forts autour des CHU à la Paris Healthcare Week

Le monde de la santé s'est donné rendez-vous à Paris. Avec près de 850 exposants et quelque 30 000 visiteurs, la Paris Healthcare Week a réuni les grandes figures de la santé et de l’hospitalité française, du 29 au 31 mai 2018. Avec pour point d’orgue la visite d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé et ses annonces sur l’avenir de l’hôpital et de notre système de santé.
Le monde de la santé s’est donné rendez-vous à Paris. Avec près de 850 exposants et quelque 30 000 visiteurs, la Paris Healthcare Week a réuni les grandes figures de la santé et de l’hospitalité française, du 29 au 31 mai 2018. Avec pour point d’orgue la visite d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé et ses annonces sur l’avenir de l’hôpital et de notre système de santé. 
«Notre système, s’il reste l’un des plus performants au monde, est cependant confronté à d’importantes mutations, et des efforts sont nécessaires pour maintenir son haut niveau de performance et pour, sans cesse, le faire progresser», a déclaré Agnès Buzyn lors de son discours inaugural de la Paris Healthcare Week 2018. Télémédecine, dématérialisation, accélération de la médicalisation en EHPAD… La ministre a évoqué, dans ce contexte, les avancées attendues et concertations en cours pour «un système de santé réellement égalitaire, dans lequel chacun a les mêmes chances», un système toujours plus innovant «qui reconnaît à sa juste valeur l’engagement des talents», qui donne «plus de liberté d’action et d’organisation des acteurs». Un système «plus proche des citoyens et ancré dans les territoires», qui fait passer la qualité, la pertinence et la sécurité des soins avant toute considération et «reste profondément fidèle aux valeurs qui nous animent tous : la solidarité, l’égalité et l’universalité.»
Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, répond à la presse, lors de la conférence inaugurale de la Paris Healthcare Week, le 29 mai 2018
Un système auquel, en dépit des problèmes et des interrogations qu’il pose, sont encore très attachés les Français. 94% d’entre eux affirment avoir une bonne image des #infirmières et des aides-soignantes, 89% des #médecins exerçant en ville et 87% des hospitaliers, rapporte en effet le Baromètre 360 Odoxa/MNH « Regard des Français et des Européens sur l’hôpital et la santé »  présenté aux premières heures de la manifestation. 

Transformer le système de santé 

Lors de son allocution, Frédérique Valletoux, s’est déclaré quant à lui désireux de «s’attaquer aux vrais sujets de transformation du  système de santé».  Le président de la FHF a rappelé à cet effet la mobilisation des présidents de conférence des directeurs généraux de CHU, présidents de CME de CHU, doyens de faculté de médecine, d’odontologie, de pharmacie et présidents d’Université pour remettre à l’automne le rapport attendu sur leur vision commune du "CHU de demain", à l’occasion des 60 ans des ordonnances Debré. "La FHF promeut elle aussi l’idée d’un CHU d’excellence, à la fois international et tourné vers son territoire et les coopérations avec les centres hospitaliers" a-t-il confirmé.

Frédéric Valletoux répond aux questions d’Hélène Delmotte pour Réseau CHU
Pour le reste le président de la FHF a déroulé sa feuille de route avec "cinq grands leviers qui permettrons de réussir la transformation du système de santé". A savoir: les ressources humaines, le mode de financement, la qualité et la pertinence des soins, le numérique et la simplification administrative. 

Un ressort formidable: la recherche en CHU

Rappelant les contributions de l’hôpital, Frédéric Valletoux a aussi souligné "ce ressort formidable que représente l’enseignement, la recherche et l’innovation""On ne sait pas assez, car on ne dit pas assez, que l’hôpital c’est plus de 500 programmes de recherche clinique et 230 nouveaux brevets chaque année. 88% de l’enseignement et de la recherche s’effectue à l’hôpital public, et 126 premières mondiales ont été réalisées par les CHU de France", a souligné le président de la FHF. 

«La recherche française se développe dans les CHU. Pour exemple, ils sont à l’origine de 2/3 des publications scientifiques chaque année», aime à rappeler Philippe Vigouroux, directeur général du CHU de Bordeaux président de la Commission recherche de la Conférence des DG de CHU. Une excellence qui a un prix. Intervenant sur le plateau TV de Réseau-CHU, le vice-président du CNCR, estime regrettable que le financement alloué à la recherche en CHU soit aujourd’hui en en baisse.

Vous avez dit GHT ?

Egalement invité sur le plateau de Réseau-CHU, Frédéric Boiron, directeur général du CHU de Lille, a évoqué pour sa part en tant que président de l’ADH, les premiers résultats de l’enquête réalisée par l’association auprès des directeurs d’hôpital afin de «recueillir leurs perceptions et leurs attentes» concernant la mise en place des Groupements hospitaliers de territoire. «Notre enquête montre qu’une majorité de directeurs d’établissement sont positifs et certains voudraient même aller plus loin dans la réforme, a confié Frédéric Boiron. Mais nous sommes en période d’ajustement et le facteur humain est essentiel: cette réforme doit prendre en compte très attentivement les personnes».
Frédéric Boiron, directeur général du CHU de lille et président de l’ADH, répond aux questions de Marie-Georges Fayn

L’équation économique gagnante de l’Interrégion Est 

A l’heure où les difficultés économiques du monde hospitalier défraient la chronique, certains de ses acteurs se portent bien. 7,4 milliard d’euros générés pour 4 milliards d’euros investis ! Telle est l’équation gagnante  du Groupement de Coopération Sanitaire Groupement du Grand Est (GGEST), présentée par Bernard Dupont, directeur général du CHRU de Nancy. Des chiffres qui révèlent la pleine mesure de l’impact économique de 7 des principaux établissements de santé de l’interrégion*, à savoir les CHU, de Besançon, Dijon-Bourgogne, Nancy, Reims, Strasbourg, le CHR, Metz-Thionville, et l’Institut de Cancérologie de Lorraine. 
Bernard Dupont, directeur général du CHRU de Nancy avec Marie-Georges Fayn

CHU de Rennes, champion du mécénat

Véronique Anatole-Touzet, directrice générale du CHU de Rennes rapporte elle aussi au micro de Réseau-CHU de bons résultats et l’expérience d’un efficace soutien financier grâce au fonds Nominoe, «premier fonds de dotation créé par un CHU, qui soutient des projets encourageant les prises en charge transversales ». Créé en juillet 2014, ce fonds de dotation du CHU, "rassemble tous ceux qui souhaitent booster l’excellence médicale, ici, en Bretagne. Ensemble nous pouvons financer des projets innovants qui n’ont pas vocation à être financés par l’assurance maladie et dont l’impact est positif pour les dépenses de santé". 1er projet emblématique en date :  la création d’une biobanque financée par une enveloppe de 1,2 millions d’euros.
Véronique Anatole Touzet, directrice générale du CHU de Rennes, répond aux questions de Betty Mamane

De précieux retours d’expérience 

Le rendez-vous annuel des professionnels de la santé se conjugue avec le partage d’expériences. L’assureur SHAM offre ainsi une tribune au CHU de Montpellier pour présenter ses initiatives en termes de Qualité de vie au travail. Un sujet sur lequel l’établissement est particulièrement engagé depuis 2013 et qui l’a conduit à créer une équipe dédiée à l’accompagnement professionnel. 
Retour d’expériences du CHU de Montpellier en QVT , avec l’assureur Sham
Rouen dévoile son initiative participative avec l’implication des patients dans la conception de l’hôpital de jour (pôle viscéral et pneumologie). Les soignants de Brest explique comment les TIC aident à mieux préparer la sortie des patients et s’adaptent aux cas complexes. Alors que Cécile Jaglin-Grimonprez, directrice générale du CHU d’Angers livre les premiers résultats de la consultation citoyenne lancée pour accompagner les travaux d’élaboration et de suivi de son Projet d’Établissement.

L’architecture à l’honneur : quand le CHU s’érige dans la ville 

Le colloque international des architectes a également constitué un temps fort du salon, ouvrant la cession France du 38e séminaire de l’UIA. L’occasion pour les CHU d’exposer leur inventivité et leur agilité architecturale. A savoir comment, 60 ans après leur création, intégrant les évolutions humaines et technologiques, les établissements phares de l’hospitalité française change le visage des métropoles. A côté du CHU de Strasbourg et de son modèle d’hôpital campus, Lyon, Clermont-Ferrand, Toulouse ou Pointe à Pitre et leurs projets de restructuration et modernisation, Rennes et Nantes racontent comment se dessine en centre-ville leur futur CHU.  «C’est un choix dicté par la volonté d’amener l’hôpital au plus près du patient, remarque Philippe Sudreau , directeur général du CHU de Nantes, interrogé par Réseau-CHU. «Une autre spécificité de ce projet est qu’il est piloté conjointement par toutes les équipes de l’établissement, c’est le pari de l’intelligence collective!»
Philippe Sudreau, directeur général du CHU de Nantes, répond aux questions de Betty Mamane

Saluer des initiatives exemplaires  

Enfin, la Paris Healthcare Week 2018, comme à chaque édition, se veut aussi le lieu de reconnaissance des initiatives les plus innovantes et emblématiques en termes de soins, d’accompagnement des patients, recrutement, organisation… Le CHRU de Nancy s’est vu ainsi récompensé cette année par le 21e Trophée Handicap décerné par le Groupe MNH pour son dispositif d’accueil personnalisé des patients en situation de handicap.
Lancée en novembre 2017, la démarche s’appuie sur une équipe de cinq volontaires Service Civique spécifiquement recrutés pour renforcer la qualité de l’accueil des patients en situation de handicap, souvent fragilisés et désorientés qui ont besoin d’être accompagnés, rassurés et écoutés.
La FHF, en partenariat avec le Groupe MNH et la Banque Française Mutualiste, a  de son côté renouvelé le Prix «Attractivité» qui vise à encourager et faire connaître les initiatives pour l’attractivité médicale. Une distinction qui a été attribuée au CHU de Reims pour le projet «Attractivité médicale en Champagne Ardenne»
L’objectif de cette démarche portait sur trois axes: fonctionner en réseau, former et fidéliser. Sur la base d’un diagnostic partagé, les acteurs du territoire (ARS, directions et présidents de CME des établissements de la subdivision, coordonnateurs, représentants des internes) se sont entendus sur les stratégies à mettre en œuvre pour optimiser les recrutements médicaux, favoriser les installations de jeunes médecins formés dans la subdivision, consolider l’offre de soins sur le territoire Champagne Ardenne, et surtout de déterminer collectivement un plan d’action sur 5 ans.
Le jury a tenu à souligner aussi  la pertinence de la démarche du CH de Versailles qui, dans le cadre de sa démarche d’amélioration de la qualité d’accueil des internes, a développé une application mobile pour smartphones destinée aux internes et élaborée en collaboration avec eux par deux médecins et l’équipe informatique de l’hôpital.
A Strasbourg, dans le contexte de la mise en place des groupements hospitaliers de territoire, le CHU de Strasbourg en lien avec les établissements publics de santé des trois GHT de la subdivision Alsace ont lancé un site Internet conçu par et pour les internes : www.internestrasbourg.fr, dont le jury a pu apprécier la qualité. Devant le succès du site, une réflexion est en cours pour construire un site dédié aux étudiants hospitaliers et pour faire évoluer l’information à destination des praticiens, avec une volonté de plus large visibilité des parcours professionnels au sein du GHT Basse Alsace Sud Moselle.

Tous les lauréats du Prix Attractivité délivré par Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF
Donner de la visibilité et de l’accessibilité aux nouvelles entités encore très abstraites que sont les groupements hospitaliers de territoire, telle a été la volonté du CHU de Saint-Etienne qui a lancé le site www.ghtloire.fr en octobre 2017. Cette initiative n’a pas échappé au jury de la FHF qui lui a décerné le Grand prix Communication hospitalière, ce 31 mai 2018. 
Le Prix Qualité et sécurité des soins 2018 initié par la commission qualité et sécurité des soins de la FHF a récompensé 4 lauréats:
– le CH de Douai pour son livret « Nounours en réanimation » pour l’optimisation de l’ouverture de la réanimation aux enfants visiteurs, le CH Lyon-Sud HCL à Pierre-Bénite pour «A vos casseroles!» Livre de recettes à domicile pour le patient allogreffé en hématologie
– Le CH Cœur de Corrèze à Tulle pour ses « Ateliers sécurité des soins »
– Le CH Châteaubriant-Nozay-Pouancé à Châteaubriant pour son Programme «à deux mains» l’innovation au service de l’hygiène des mains
Le Grand prix 2018 «Alzheimer à l’hôpital: pour un meilleur accueil des personnes ayant des troubles cognitifs dans les services hospitaliers», a été attribué par la  FHF et la Fondation Médéric Alzheimer au CH de Saint-Malo pour la création d’une unité d’ortho-gériatrie, avec une mention spéciale pour le CHU de Tours, pour la mise en place d’une filière d’évaluation neurocognitive des patients âgés au sein du service d’hémodialyse. 
Les prix de la Revue Hospitalière de France ont du reste été décernés au CH de Valenciennes, pour son article «Délégation polaire et gestion médicalisée»  ainsi qu’au Groupe Hospitalier Artois-Ternois et au CH de Landerneau!
*Grand Est et Bourgogne Franche-Comté
Betty Mamane

 

                                                      Relay H, un réseau très hospitalier

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Dépistage du mélanome : ce scanner crée un avatar numérique de la peau 

Il y a quelques semaines, le Vectra 3D prenait ses quartiers dans le tout nouveau centre de dépistage automatisé du mélanome Marseille, situé à l’hôpital de la Conception (AP-HM). Concrètement, il permet à un patient qui aurait de nombreux grains de beauté de voir l’ensemble de sa peau scannée en images haute définition et reconstituée sous la forme d’un avatar numérique. Une avancée importante dans le dépistage du mélanome, véritable problème de santé publique. Reportage.

Quartiers nord de Marseille : un centre de santé unique rattaché à l’AP-HM

Nous avions déjà entendu Michel Rotilly parler du centre de santé des Aygalades, structure multidisciplinaire rattachée à l’AP-HM. C’était au mois de mai à Paris. La fracture territoriale entre les quartiers nord et le reste de la cité phocéenne, illustrée entre autres par un taux élevé de mortalité durant la crise du COVID, avait servi de préambule à la présentation du centre, unique en son genre. Deux mois plus tard, nous le retrouvons sur place pour en comprendre le fonctionnement et les enjeux au quotidien. Entretien.

Céline Meguerditchian : “la médecine d’urgence à l’hôpital public est devenu un combat au quotidien”

Lorsque nous rencontrons Céline Meguerditchian dans son bureau, nous savons déjà que l’interview ne sera pas un entretien fleuve. Car pour celle qui a été nommée cheffe des urgences adultes de la Timone (AP-HM) il y a six mois, le temps est un luxe. Entre les appels qui ne s’arrêtent jamais, elle aura néanmoins réussi à nous parler durant une vingtaine de minutes de sa mission, du fonctionnement d’un service en sous-effectif qui doit compter sur des docteurs junior en plein été, et de ce qui fait de la médecine d’urgence à l’hôpital public est devenu « un combat » au quotidien.

Gaétan Basile, taulier tranquille des ECN

Et dire qu’à quelques heures près, on aurait pu le rater. Ciao Bordeaux, bonjour Capbreton ! Tout cela pour une histoire de vacances bien méritées après une sixième année de médecine particulièrement dense. Silhouette longiligne et sourire réservé, Gaetan Basile incarne plutôt bien la force tranquille. Lorsqu’on le retrouve pour parler de sa première place aux concours des ECNi sur plus de 9000 candidats, le Landais de 23 ans, auréolé de la réussite, répond avec calme et simplicité. Sans jamais s’enflammer.

Fumagilline, itinéraire d’une réapparition

L’information a été reprise par plusieurs médias. Pour soigner un jeune patient, les Hospices Civils de Lyon ont recréé un médicament disparu de la circulation : la fumagilline. Si ce dernier fait office de remède miracle, sa fabrication tient davantage de l’abnégation des équipes du CHU qui, à l’heure actuelle, se battent pour en pérenniser la production.