«Une main qui sauvait et qui dessinait»: donation d’œuvres du Pr Jacques Lasserre au CHU de Bordeaux

Le Pr Jacques Lasserre, né à Bordeaux en 1922, décédé en 1973, a consacré sa vie à la chirurgie infantile. Il était aussi un peintre de talent. Sa famille a souhaité faire don à l’hôpital des Enfants du CHU de Bordeaux de trois de ses œuvres. Une cérémonie a été organisée à cette occasion, lundi 20 Mai 2019 aux urgences pédiatriques, présidée par Philippe Vigouroux, directeur général du CHU.

Le Pr Jacques Lasserre, né à Bordeaux en 1922, décédé en 1973, a consacré sa vie à la chirurgie infantile. Il était aussi un peintre de talent. Sa famille a souhaité faire don à l’hôpital des Enfants du CHU de Bordeaux de trois de ses œuvres. Une cérémonie a été organisée à cette occasion, lundi 20 Mai 2019 aux urgences pédiatriques, présidée par Philippe Vigouroux, directeur général du CHU.
Cet hommage a été rendu en présence de Colette Lasserre, son épouse, et de ses enfants ainsi que de Nicolas Florian, maire de la ville de Bordeaux, président du Conseil de surveillance du CHU de Bordeaux.
La famille de Jacques Lasserre a ainsi légué deux nouvelles œuvres et assurer l’intervention en conservation de celle qu’il avait offerte au service de chirurgie infantile en 1971. A l’issue de leur remise, les œuvres ne seront plus visibles par le public et leur accrochage se fera dans des espaces dédiés au travail des praticiens de l’hôpital des Enfants.

Un virtuose de la chirurgie infantile

Patricien au CHU de Bordeaux, le Professeur Jacques Lasserre (1922-1973) y exerçait la chirurgie néonatale, en particulier digestive, la chirurgie infantile classique et la chirurgie infantile orthopédique. Interne à 21 ans, il s’est concentré dès le début sur le traitement des paralysies spastiques de l’enfance et de leurs séquelles. En témoignent nombre de publications condensées dans son mémoire Médaille d’or de Chirurgie obtenue en 1948, à l’âge de 26 ans.
Dans les années 1960, Jacques Lasserre a révolutionné la chirurgie néonatale qui était encore en balbutiements et où la mortalité était considérable. La technique opératoire des malformations de l’oesophage qu’il a mise au point a fait diminuer de moitié la mortalité des prématurés et des nouveau-nés. Jacques Lasserre a révolutionné chez les tout–petits la réparation des fentes labiales, les cicatrices devenant quasi invisibles.
Dans les années 1970, c’est entre ses mains que pour la première fois un nouveau-né survivait à un laparoschisis (malformation de la paroi abdominale). Entouré d’une équipe brillante il a en effet transformé la réparation de l’artrésie congénitale de l’œsophage et du megacôlon (malformation anatomique).
Il opérait toutes les pathologies digestives du nouveau-né. Outre 23 thèses qu’il a inspirées et documentées entre 1954 et 1973, il a laissé 125 publications, notamment auprès de la Société française de chirurgie infantile.
A l’arrière de la Salle 5 de l’ancien Hôpital des Enfants cours de l’Argonne à Bordeaux, où il a sauvé nombre d’enfants, le Square porte désormais son nom.

Pianiste, compositeur, peintre, graveur…

Outre la médecine, Jacques Lasserre exerçait ses talents de pianiste, compositeur, peintre et graveur. Il tenait à chaque instant un crayon à la main, et les illustrations de ses comptes rendus opératoires étalent autant d’œuvres artistiques. Témoin naturel de l’extrême fragilité de la vie, du caractère précieux de chaque instant, dans un temps très court puisque décédé accidentellement à l’âge de 51 ans, il a produit une œuvre artistique exceptionnelle et dense.
Il a toujours dessiné, qu’il s’agisse de crayon, stylo-bille, mine d’argent, de plomb, de cuivre, fusain ou craie, plume, roseau, encre de chine ou brou de noix.
A partir de 1960 et de la rencontre du photographe et peintre Pierre Molinier, il s’est passionné pour la peinture, a mis en œuvre différentes techniques, sur des supports isorel ou carton, exposant avec l’Atelier 70 et les Amis des Arts. En 1970, il a été médaillé par la ville de Bordeaux.
A la même époque, il s’est mis à la gravure avec puissance et passion. Il utilisait le cuivre et l’ébonite, matériau fragile mais plus rapide à travailler car il disposait de peu de temps: le dimanche matin restait consacré à la visite des opérés.
En 2017, le musée des Beaux-Arts de la ville de Bordeaux a exposé les trois tirages de la gravure sur ébonite «Paysage du Bassin d’Arcachon», 1971.
Le cœur de vie de Jacques Lasserre était l’hôpital des Enfants et la chirurgie des tout-petits. Aujourd’hui son épouse et ses enfants sont heureux de faire don d’œuvres de Jacques Lasserre à l’hôpital des Enfants du CHU.

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