Une pompe en alternative à la transplantation cardiaque

Salué par une Victoire de la médecine en décembre dernier, le programme initié par l'équipe du professeur Duveau permet à des insuffisants cardiaques de mener une vie presque « normale » sans transplantation d'organe, grâce à une pompe artificielle implantable.

Salué par une Victoire de la médecine en décembre dernier, le programme initié par l’équipe du professeur Duveau permet à des insuffisants cardiaques de mener une vie presque « normale » sans transplantation d’organe, grâce à une pompe artificielle implantable.

En décembre dernier, les Victoires de la médecine ont récompensé, dans la catégorie « cardiologie-métabolisme » l’équipe du professeur Daniel Duveau, de l’institut du thorax, pour son traitement de l’insuffisance cardiaque avancée par pompe artificielle rotative implantable permettant le retour à domicile.

« C’est avant tout une victoire d’équipe, insiste le professeur Duveau, à laquelle doivent être associés les chirurgiens cardiaques, les cardiologues et aussi les réanimateurs. D’un point de vue personnel, cette récompense est l’aboutissement de vingt ans de travail clinique et de recherche chirurgicale consacrés à l’assistance circulatoire ».

Dès 1985, en effet, lorsqu’est réalisée à Nantes la première transplantation cardiaque, il est évident que le programme de transplantation ne pourra être bien conduit sans investir dans des moyens de suppléance mécanique du coeur. En cas de détérioration aiguë et faute d’organe immédiatement disponible, le patient est en effet condamné. « À partir de 1987-88, j’ai travaillé sur ce sujet avec des collègues parisiens et américains. En 1988, la première implantation d’un coeur artificiel total à Nantes, suivie un mois plus tard par une greffe d’organe, a été couronnée de succès. Depuis, nous avons développé ce type de prise en charge. »

Grâce à un ambitieux programme d’investissement de la part de notre CHU, l’équipe du professeur Duveau expérimente différentes sortes de ventricules artificiels et développe une expertise en prenant en charge un grand nombre de patients en phase terminale, ce qui lui vaut une reconnaissance nationale et internationale.

« Au début, le matériel était volumineux et peu confortable pour le patient qui était tributaire d’une source d’énergie à l’air comprimé. Peu à peu, une deuxième génération de ventricules mécaniques s’est développée. Implantables dans l’organisme et dépendant d’une source d’énergie électrique, ils sont devenus portables ». Ces pompes, implantées sous les côtes, sont lourdes et volumineuses. Elles permettent cependant au patient d’attendre un organe pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois et évitent la détérioration générale de l’organisme que provoque un coeur défaillant. Entre 1995 et 2000, deux patients équipés d’un ventricule gauche artificiel électrique implanté dans leur organisme ont attendu à domicile la transplantation.

Une révolution intervient en 2004 avec l’apparition d’une troisième génération d’appareils « plus petits, plus faciles à implanter et bien mieux tolérés car moins volumineux, puisque leur poids varie de 80 à 150 grammes contre plus d’un kilo pour les précédents. Il s’agit de pompes rotatives à débit continu qui améliorent très sensiblement la qualité de vie du patient. Le délai d’attente moyen pour une greffe du coeur est aujourd’hui de six mois. Passer ce temps à domicile en se livrant à ses activités quotidiennes avec une gêne modérée représente un confort considérable pour le malade, augmente les chances de succès de la greffe et diminue le temps de récupération ensuite ».

L’implantation de ce type de pompe n’est pas systématique, puisqu’elle ne remplace que le ventricule gauche, ce qui suppose que le ventricule droit n’est pas trop pathologique. Son coût élevé (85 000 euros pour un usage unique) est un autre facteur limitant de son utilisation qui n’est de toute façon justifiée que pour certains patients sélectionnés. Pour d’autres indications, les pompes de première génération sont encore utilisées.

Depuis deux ans, l’équipe nantaise développe un programme d’assistance circulatoire avec intention de retour à domicile. En clair, de solution d’attente de la transplantation, la pompe devient une alternative à celle-ci, au moins pour la durée de vie estimée de l’appareil qui est d’environ cinq ans. Déjà, une dizaine de personnes en France, dont trois à Nantes, mènent grâce à ce « coeur artificiel » une existence quasi normale avec pour principale contrainte le port permanent d’un petit sac à dos contenant les batteries d’alimentation : « Nous ne sommes pas le seul centre en France à mener cette expérience, explique Daniel Duveau, mais une demi-douzaine d’équipes seulement sont concernées ».

En France, 1500 personnes attendent une transplantation, 350 en bénéficient chaque année, dont 20 à 25 à Nantes. « Si la technologie confirme la bonne impression que nous en avons, l’implantation de la pompe artificielle comme alternative à la greffe d’organe pourrait concerner dans la région nantaise une dizaine de personnes chaque année. »

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