Urgences : des passages pas si « inappropriés »

Une étude menée par des médecins urgentistes de l'AP-HP et des universitaires interroge la notion de "passage inapproprié" aux urgences dans la mesure où elle ne tient pas compte de l’urgence ressentie par le patient ni de l’éventuelle absence d’alternative. En effet, selon les données de la littérature internationale, les passages inappropriés aux urgences représenteraient entre 20% et 40% de l’ensemble des consultations, étant communément admis qu'ils contribuent à l’engorgement des urgences et seraient à l’origine d’un coût non négligeable. Or les résultats de l'étude font état de seulement 6% de passages considérés comme inappropriés par les urgentistes. Ces conclusions en contrepoint des idées reçues, viennent enrichir le débat sur la place des urgences dans le parcours de soins des patients.

Une étude menée par des médecins urgentistes de l’AP-HP et des universitaires interroge la notion de "passage inapproprié" aux urgences dans la mesure où elle ne tient pas compte de l’urgence ressentie par le patient ni de l’éventuelle absence d’alternative. En effet, selon les données de la littérature internationale, les passages inappropriés aux urgences représenteraient entre 20% et 40% de l’ensemble des consultations, étant communément admis qu’ils contribuent à l’engorgement des urgences et seraient à l’origine d’un coût non négligeable. Or les résultats de l’étude font état de seulement 6% de passages considérés comme inappropriés par les urgentistes. Ces conclusions en contrepoint des idées reçues, viennent enrichir le débat sur la place des urgences dans le parcours de soins des patients.
Les questions de recherche portaient sur la définition de la notion de "recours inapproprié" et sur les déterminants individuels et environnementaux susceptibles de le favoriser. Les résultats ont fait l’objet d’une publication dans la revue British Medical Journal Quality & Safety, le 30 octobre 2019.
L’étude s’est appuyée sur les données d’une enquête nationale menée par la SFMU et la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) en juin 2013. Elle a permis d’inclure 48 711 patients, dans 734 points d’accueil d’urgences. 

Trois mesures ont été utilisées et comparées pour définir le caractère approprié de la visite aux urgences : 

– deux mesures subjectives où il était demandé à l’urgentiste d’apprécier
1. le degré d’adéquation du recours, sur une échelle numérique allant de 0 à 10 ;
2· si la demande de soins aurait pu être prise en charge par un médecin généraliste le jour même ou le lendemain.
 – une mesure des ressources utilisées au cours du passage aux urgences. Ainsi, les passages étaient définis comme étant inappropriés en cas de consultation sans réalisation d’examens complémentaires et/ou d’actes thérapeutiques et ne donnant pas lieu à une hospitalisation.

Des conclusions à contre-courant des idées reçues

Sur un échantillon de 29 407 patients adultes, les passages inappropriés aux urgences représentaient de 13,5% à 27,4% des visites aux urgences en fonction de la définition retenue. Seulement 6% des passages étaient considérés comme inappropriés de manière conjointe par les trois mesures.
A l’échelle de l’établissement, cette probabilité n’était associée à aucune des caractéristiques de l’hôpital (statut public ou privé et nombre de passages annuels notamment) et ne semblait pas liée à la densité médicale départementale en médecins libéraux. A noter que près de 10% des patients déclaraient avoir au recours aux urgences faute de disponibilité de médecin généraliste en ville.
A l’échelle individuelle et quelle que soit la mesure utilisée, la probabilité de passage inapproprié diminuait avec l’âge et la distance des urgences par rapport au domicile du patient. Elle était en revanche plus importante en cas d’absence de sécurité sociale et de couverture complémentaire privée et/ou universelle (CMUc).
En conclusion, l’étude montre que le recours inapproprié aux urgences est associé à des critères de vulnérabilité sociale. Elle ne met pas en évidence de lien avec la densité médicale départementale. Mais l’hétérogénéité des densités médicales au sein d’un même département pourrait expliquer l’absence de résultat significatif.
Les auteurs de l’étude
Le recherche a été menée par le Dr Diane Naouri et coordonnée par le Dr Youri Yordanov. Elle a impliqué une équipe de médecins de la Société Française de Médecine d’Urgence (SFMU), d’enseignants-chercheurs du service d’accueil des urgences de l’hôpital Saint-Antoine AP-HP, de la faculté de médecine de Sorbonne Université et de l’Université Clermont Auvergne, a réalisé une étude portant sur les déterminants socio-économiques et géographiques pouvant être à l’origine de passages dit « inappropriés » dans les services d’accueil des urgences. 

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