Urgences : Montpellier s’adapte au profil des patients obèses

Amenées à secourir de plus en de patients obèses, les équipes du service d'aide médicale urgente (SAMU) de l’Hérault et les Services Mobiles d'Urgences et de Réanimation (SMUR) de Montpellier viennent d’acquérir une ambulance de réanimation adaptée aux patients en surpoids. Le CHRU de Montpellier est le seul établissement du Languedoc‐Roussillon à disposer d’un tel véhicule. Cet investissement a été accompagné d’une réorganisation complète de la chaîne des soins du Pôle Urgences. Objectif : apporter la meilleure réponse possible aux patients souffrant d’obésité ou d’obésité morbide.

Amenées à secourir de plus en de patients obèses, les équipes du service d’aide médicale urgente (SAMU) de l’Hérault et les Services Mobiles d’Urgences et de Réanimation (SMUR) de Montpellier viennent d’acquérir une ambulance de réanimation adaptée aux patients en surpoids. Le CHRU de Montpellier est le seul établissement du Languedoc‐Roussillon à disposer d’un tel véhicule. Cet investissement a été accompagné d’une réorganisation complète de la chaîne des soins du Pôle Urgences. Objectif : apporter la meilleure réponse possible aux patients souffrant d’obésité ou d’obésité morbide.
Qui peut le plus… Un véhicule sur mesure pour des patients de 300kg à 600g !
L’ambulance que le CHRU de Montpellier vient d’acquérir peut transporter des personnes de 300kg comme des prématurés de 600g installés dans une couveuse, ou encore des adultes reliés à des équipements respiratoires lourds. Les équipes montpelliéraines ont conçu des équipements spécifiques : une alèse portoir avec harnais de sécurité ainsi qu’un matelas à dépression sur mesure pour permettre de brancarder le patient obèse en toute sécurité. Leurs efforts d’adaptation ne se sont pas limités à cet achat. En amont et en aval, toute l’organisation des urgences a été repensée.
La filière urgences de A à Z : de l’appel au centre 15 aux interventions sur site
Les patients obèses nécessitent des interventions plus longues et plus complexes (prise de la tension artérielle, perfusions, ventilation…), mobilisent davantage de personnel et requièrent l’utilisation d’équipements adaptés. Le CHRU de Montpellier a pris en compte ces contraintes et défini de nouvelles procédures afin de proposer un service d’urgence performant à ce public particulier. En amont, et avec l’accord du patient atteint d’obésité ou d’obésité morbide, son dossier médical confidentiel est complété par des données spécifiques facilitant sa prise en charge éventuelle en urgence : antécédents médicaux et son traitement – comme pour les autres patients – mais il sera également fait mention de son poids, des accès possibles à son domicile, etc. Ces précisions apportées en lien avec son médecin traitant ou les professionnels de santé intervenant à son domicile, sont précieuses pour les  assistants de régulation et le médecin régulateur qui peuvent ainsi affecter d’emblée les moyens humains et les équipements nécessaires à la sécurité du patient. Concrètement, en composant le 15, le patient est identifié par l’affichage de son numéro de téléphone.
Pour les patients obèses non identifiés ou non recensés, les professionnels du SAMU recevant l’appel doivent évaluer précisément leur état de santé et le caractère urgent de la demande. Les assistants de régulation médicale – premiers professionnels de santé à recevoir l’appel – et les médecins régulateurs du SAMU ont conçu une procédure simple visant à cerner les besoins spécifiques du patient : comme pour les autres patients, ils déterminent sa pathologie ou ses symptômes, mais ils s’intéressent aussi à son environnement (maison à étage, présence d’un ascenseur…) et à son autonomie (capacité à se déplacer seul…).

A chacun de ces critères correspond un score qui détermine le nombre de professionnels devant être mobilisés pour porter secours au patient, en lien, le cas échéant, avec les sapeurs‐pompiers et des sociétés privées d’ambulances. Ce score tient compte des règles de sécurité et de manutention pour les patients et des recommandations sur la prévention des risques professionnels pour les équipes. Pour établir ce barème, les assistants de régulation médicale ont bénéficié d’une formation spécifique dédiée à la conduite d’entretien téléphonique avec les patients. En effet, les patients obèses hésitent souvent à donner leur poids à un inconnu, même professionnel de santé. L’échange avec l’équipe du SAMU doit donc être conduit de manière respectueuse et dans un climat de confiance, éléments qui ne sont pas toujours aisés compte tenu de l’urgence justement.
Plus encore que le nombre de professionnels mobilisés pour transporter le patient, leur formation revêt une importance toute particulière. Ainsi, tous les ambulanciers du SMUR conduisent désormais des unités mobiles (ambulances) de type poids lourd et sont désormais titulaires de nouveaux permis poids‐lourd. Ils ont également bénéficié de formations les préparant à évaluer les risques pour le patient et les équipes et d’un apprentissage de gestuelles de manutention et de soins aux patients dans leur environnement.
Les difficultés sont souvent nombreuses : un escalier en colimaçon, un ascenseur en panne, une porte de chambre trop étroite, un manque d’accès à une maison … sont autant d’éléments qui demandent une concertation collective pluridisciplinaire et une adaptation aux situations de l’urgence. Enfin, les équipes médicales et paramédicales du SMUR (médecins, infirmiers…) ont également été formées en interne à la dispensation de soins spécifiques : installation du patient, pose de cathéter intra‐osseux, mise en place de la ventilation non invasive et invasive, etc.
Le CHRU de Montpellier : centre spécialisé obésité pour le Languedoc‐ Roussillon
En 2010, le Ministère de la Santé a mis en place un plan national Obésité sur 3 ans (2010‐2013). Dans le cadre de ce Plan National, l’Agence Régionale de Santé du Languedoc Roussillon a désigné le CHRU de Montpellier comme Centre Spécialisé dans la prise en charge de l’obésité sévère. Cette mission nécessite d’abord, pour le CHRU, de s’organiser afin de prendre en charge au mieux les patients atteints d’obésité sévère. Ainsi, outre ces actions conduites au sein du Pôle Urgences, l’établissement s’est doté de matériels spécifiques : par exemple, il dispose de 2 tables d’opération permettant d’accueillir des patients jusqu’à 250kg, 10 tables d’accouchement adaptées, des matériels chirurgicaux, des brancards, des fauteuils adaptés, etc. En outre, il propose plusieurs prises en charge spécifiques pour les patients obèses, par exemple au sein du Département Diabétologie – Endocrinologie – Nutrition (Pr Renard, Pr Avignon) ou du Département de Chirurgie Digestive, au sein duquel une équipe est spécialisée dans la chirurgie de l’obésité (Pr Nocca).
Au‐delà de cette prise en charge au CHRU, le Centre Spécialisé Obésité (CSO) est également chargé d’une mission de coordination de tous les acteurs prenant en charge des patients obèses dans la région Languedoc‐Roussillon. Son objectif est ainsi d’organiser les parcours de soins des patients dans la région et de rendre visible l’offre de soins proposée, tant auprès des professionnels de santé que des patients eux‐mêmes.
Incidence de l’obésité France et en Languedoc‐ Roussillon
La 6ème enquête épidémiologique nationale sur l’obésité ("OBEPI"), menée en 2012, établit que 32% des Français adultes sont en surpoids, et 15% présentent une obésité. En Languedoc‐ Roussillon, la prévalence de l’obésité est passée de 10,3% de la population en 1997 à 15,6% en 2012, soit une augmentation de plus de 51,5% en 15 ans. La région est ainsi la 11ème région la plus touchée par cette maladie.

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Dossier : L’endométriose

En Janvier 2022, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’une stratégie nationale de lutte contre l’endométriose, maladie gynécologique mieux connue depuis quelques années et qui touche aujourd’hui une femme sur dix. Notre dossier.

Urgences : “La régulation médicale apparaît comme une solution pertinente pour garantir la qualité de la prise en charge”

Responsable d’une “mission flash” d’un mois pour les urgences – déjà contestée par plusieurs organisations qui craignent un énième rapport sans réelle traduction en actes -, François Braun était présent quelques jours auparavant au Salon Santexpo pour parler du Services d’accès aux soins. Le Chef du pôle Urgences santé mentale au CHR de Metz-Thionville et président de Samu-Urgences de France voit dans le SAS, déjà déployé sur vingt-deux sites pilotes en France, qu’il une solution de désengorgement efficace des urgences. Explications.