Urgences pédiatriques : prise en charge du nourrisson à l’adolescent

Avec en moyenne 25 000 passages chaque année, les urgences pédiatriques du CHU de Nancy accueillent l’enfant des premiers jours à la fin de l’adolescence. Si la moitié des cas est liée aux accidents de la vie courante, l’équipe traite également des situations plus spécifiques comme les pathologies psychiatriques, les victimes de maltraitance - le CHU est pôle régional - ou encore la mort inattendue du nourrisson, le CHU étant aussi centre régional de référence. Cette expertise s’allie aux qualités des professionnels hospitaliers qui en plus d’apporter les soins d’urgence à l’enfant, aident les parents à surmonter cet épisode d'intense inquiétude. Explications.

Avec en moyenne 25 000 passages chaque année, les urgences pédiatriques du CHU de Nancy accueillent l’enfant des premiers jours à la fin de l’adolescence. Si la moitié des cas est liée aux accidents de la vie courante, l’équipe traite également des situations plus spécifiques comme les pathologies psychiatriques, les victimes de maltraitance – le CHU est pôle régional – ou encore la mort inattendue du nourrisson, le CHU étant aussi centre régional de référence. Cette expertise s’allie aux qualités des professionnels hospitaliers qui en plus d’apporter les soins d’urgence à l’enfant, aident les parents à surmonter cet épisode d’intense inquiétude. Explications.
Située à l’hôpital d’enfants sur le site des hôpitaux de Brabois, la structure bénéficie d’une proximité directe avec l’ensemble des spécialités pédiatriques et d’un plateau technique complet.
« Nous accueillons l’enfant de 0 à 18 ans, résume le Dr Anne-Borsa Dorion, responsable des urgences pédiatriques du CHU de Nancy. Le bébé de moins d’1 mois fait l’objet d’attentions toutes particulières en raison de sa fragilité et des risques auxquels il peut être confronté : infections liées aux conditions de naissance, problèmes de hernie, pathologies saisonnières – gastroentérite et bronchiolite en hiver, méningite au printemps. » Des patients plus âgés, jusqu’à 25 ans, sont également pris en charge dans le cas de maladies chroniques comme les cardiopathies congénitales, la drépanocytose, ou des maladies métaboliques, pour lesquelles il n’existe pas de dispositif d’accueil adapté aux urgences adultes. Même chose pour les enfants polyhandicapés pour qui la transition vers un secteur adultes reste compliquée.

Une grande majorité d’enfants est emmenée aux urgences directement par les parents, même dans les cas les plus graves. « Ils n’appellent pas le SAMU, car ils ne se rendent pas compte de la gravité de la situation ou parce qu’ils pensent gagner du temps : c’est une erreur ! » prévient le médecin.  « L’appel au 15 permet de déclencher les secours rapidement et de manière adaptée. Les premiers gestes sont réalisés plus tôt, évitant d’atteindre parfois l’extrême limite où l’enfant arrive aux urgences en arrêt cardio-respiratoire. »

La moitié des pathologies traitées aux urgences pédiatriques est liée à des accidents de la vie courante et en particulier domestiques. En tête de liste de cette catégorie avec 90 % des cas, les chutes et les chocs, très graves, concernant des enfants de moins de 2 ans. « Parmi les classiques du genre, raconte la pédiatre, le cosy pour voiture utilisé comme siège d’appoint et que l’on soulève alors que le bébé n’est pas sanglé. Les traumatismes et les fractures du crâne sont fréquents. Citons également le « doigt de porte » qui peut occasionner une simple lésion jusqu’à l’amputation d’une phalange. »
La fièvre chez le nourrisson de moins de 3 mois est également une cause fréquente du passage aux urgences, a fortiori la nuit et le week-end. Surtout quand la température monte à 39 – 40°, qu’elle dure plusieurs jours ou que les médicaments ne sont a priori pas efficaces. « Même s’il ne s’agit pas d’urgences vitales, on ne peut pas parler ici de bobologie, concède le Dr Borsa-Dorion, la difficulté à décrypter la signification des pleurs, principal moyen d’expression des bébés, peut légitimer un passage aux urgences. » Précision utile : les parents peuvent donner à l’enfant des médicaments contre la douleur ou la fièvre, cela ne retardera pas la prise en charge et la pose d’un diagnostic. « En revanche, il faut éviter si possible toute boisson ou nourriture tant qu’il n’y a pas l’accord du médecin, recommande la pédiatre. Un estomac plein peut en effet repousser une intervention chirurgicale si celle-ci s’avère nécessaire. »

Les urgences pédiatriques connaissent un pic d’activité tous les jours après 17h-18h, au moment des sorties de crèches, des écoles et du travail quand le médecin traitant est peu joignable, et ce, jusque vers 1h du matin, ainsi que le week end. « Dans tous les cas, il est important d’emmener avec soi le carnet de santé, les ordonnances ou la liste des médicaments pris récemment par l’enfant, souligne Françoise De Menezes Sanjur, cadre de santé des urgences. Cela fera gagner beaucoup de temps aux soignants. »
Quelle que soit la raison de sa venue, l’enfant bénéficie d’un bilan complet adapté à la gravité de sa situation. Déshabillage, pesée, prise des constantes : l’occasion pour les soignants de dépister par exemple une hypotrophie ou au contraire une surcharge pondérale. « A la sortie, les parents repartent systématiquement avec des conseils et des recommandations adaptés à la pathologie, l’âge de l’enfant, et à leur niveau de compréhension, explique la cadre de santé. Méthode de couchage, hygiène respiratoire, régime alimentaire : le volet éducatif fait aussi partie de la prise en charge. »

Aux urgences, soigner un enfant c’est aussi gérer l’angoisse de ses parents. De l’inquiétude à la panique, voire l’agressivité, les réactions ne sont pas toujours proportionnelles à la gravité de la situation. Comme le rappelle une affiche à l’accueil, « l’ordre de passage ne dépend pas toujours de l’ordre d’arrivée ». Les délais d’attente sont variables et la prise en charge d’un cas très lourd peut retarder toute la filière de soins. « Les infirmières puéricultrices cherchent à estimer si la présence des parents pendant les soins sera une aide pour l’enfant, un moyen de l’apaiser, explique Françoise De Menezes Sanjur. Dans le cas contraire, il sera proposé aux parents de patienter en salle d’attente. Même chose s’ils ne se sentent pas capables d’assister à des gestes difficiles comme une suture : faire un malaise n’aidera pas l’équipe soignante dans son travail ! Nous n’imposons rien, l’essentiel est de s’adapter aux besoins de l’enfant et des parents. »
Afin de préserver la qualité et l’efficacité du travail des professionnels, seuls les parents sont autorisés à suivre l’enfant en zone de soins. Les autres accompagnants doivent rester en salle d’attente. « Nous recevons aussi des parents dépassés face à un tout-petit qui ne cesse de pleurer sans raison apparente, relate le Dr Borsa-Dorion. Il faut prendre le temps de les écouter, observer la relation parents-enfant. Cette vigilance permet souvent de prévenir un éventuel dérapage vers un acte de violence. Ils peuvent être également orientés vers d’autres organismes comme la PMI qui pourront les accompagner face à leurs difficultés. »

La prise en charge psychiatrique des enfants et des adolescents aux urgences est réalisée en collaboration étroite avec le service de Pédopsychiatrie situé à l’hôpital d’enfants et relevant du Centre Psychothérapique de Nancy-Laxou. « Les interventions des spécialistes concernent notamment les adolescents agressifs en situation de conflit avec la famille ou l’école, les tentatives de suicide ou encore les cas d’alcoolisation massive, énumère la pédiatre. Ici, il ne s’agit pas de fêtes trop arrosées mais d’adolescents qui s’alcoolisent en journée, à l’heure du collège ou du lycée. Souvent le reflet d’un mal-être plus profond. Ces problèmes d’alcoolisation sont un phénomène grandissant depuis ces dernières années. »
Jusqu’à l’âge de 18 ans, l’hôpital a l’obligation d’informer les parents du patient si celui-ci est venu par ses propres moyens ou avec d’autres accompagnants, même membres de sa famille. D’une part pour obtenir une autorisation de soins hors urgences vitales (pour une suture par exemple), et d’autre part pour acter l’autorisation de sortie des urgences lorsque l’état de santé de l’enfant le permet.

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Au chevet des brûlés

Il y a quinze jours, nous mettions en ligne notre reportage vidéo tourné au centre de traitement des brûlés du CHU de Nantes, l’un des huit en France à prendre en charge les adultes comme les enfants. Dans ce service, une dizaine de métiers et d’expertises se mêlent au quotidien. Nous associons aujourd’hui les mots à l’image pour mieux rendre compte de ce qu’implique le soin de la brûlure, une pathologie répandue (400 000 personnes touchées tous les ans), complexe dans sa prise en charge, violente pour les corps et les esprits. Reportage.

Arrêt cardiaque : être préparé pour sauver demain

Dans les locaux du SAMU 44 (CHU de Nantes), le Centre d’Enseignement aux Soins d’Urgences (CESU) forme les professionnels de santé aux gestes et soins d’urgence. Il y a quelques semaines, nous avons suivi une matinée intense de formation à destination d’étudiants en troisième année de médecine, centrée sur l’arrêt cardiaque. Reportage.

Renaissance des urgences de Jeanne de Flandre

Le CHU de Lille inaugure ce mois-ci ses nouvelles urgences gynécologiques et obstétricales, situées au sein de l’Hôpital Mère-Enfant Jeanne de Flandre. Au-delà de la rénovation du service, c’est l’ensemble de la prise en charge des patientes qui a été rebâtie. Un atout de plus à destination de la femme, du nouveau-né ou de l’enfant.