Violence à l’hôpital : la fin du déni, l’amorce de mesures de prévention et d’accompagnement

L’hôpital qui fut longtemps à l’abri de la fureur et du bruit, continue d’accueillir aujourd’hui toutes les souffrances, tous les désarrois, toutes les précarités. Mais l’irruption soudaine de la violence dans cette zone de paix montre à l’évidence qu’aucun lieu public, qu’aucune organisation même vouée aux soins et à l'hospitalité n’est préservée des tensions qui déshumanisent les rapports sociaux.

L’hôpital qui fut longtemps à l’abri de la fureur et du bruit, continue d’accueillir aujourd’hui toutes les souffrances, tous les désarrois, toutes les précarités. Mais l’irruption soudaine de la violence dans cette zone de paix montre à l’évidence qu’aucun lieu public, qu’aucune organisation même vouée aux soins et à l’hospitalité n’est préservée des tensions qui déshumanisent les rapports sociaux.

Désormais, les équipes hospitalières se retrouvent en première ligne, confrontées aux impatiences et aux tensions des usagers et de leurs proches qui n’hésitent pas à enfreindre les règles de la civilité et du vivre ensemble.  En 2012, l’Observatoire des violences en milieu de santé a reçu 11 344 signalements d’atteintes aux biens et aux personnes, effectués par 352 établissements sanitaires et médico-sociaux.
En butte à une agressivité à laquelle rien ne les a préparés les personnels se trouvent déstabilisés. Face aux incivilités et maltraitances ordinaires  quels recours ont-ils à leur disposition ? Quelles aides peuvent-ils solliciter ? Quelles pistes sont actuellement explorées pour remédier à la dégradation de la relation usagers / service public ?
Témoignages à l’appui ceux des Pr Enrique Casalino, Florence Langlois (Infirmière), Philippe Gault (Cadre de soins) au Service d’Accueil des Urgences de l’Hôpital Bichat-Claude Bernard, une équipe qui a eu le courage de se remettre en question et de revoir entièrement son organisation et de Christiane Darricau, psychologue à l’hôpital Lariboisière (AP-HP) – la MACSF vient d’éditer un webdocumentaire synthétique et interactif rassemblant les derniers enseignements sur un sujet longtemps resté tabou.  Une présentation en 4 chapitres -reconnaître la violence, prévenir l’agression, accompagner les victimes et porter plainte – enrichie par des fiches pratiques et le bilan 2012 de l’Observatoire National des Violences en milieu Hospitalier (ONVS).  Aux côtés des hospitaliers, l’assureur mutualiste apporte ainsi sa contribution à la prévention de la violence et à l’accompagnement de ses conséquences.
Visionner le document : www.violence-hopital.fr
Définition de la violence
L’Organisation Mondiale de la Santé définit la violence comme: “ L’usage intentionnel de la force physique, du pouvoir sous forme de menace ou d’action contre soi-même, autrui ou un groupe ou une communauté dont la conséquence réelle ou probable est une blessure, la mort, un traumatisme psychologique, un mauvais développement ou encore la précarité” (WHO, 1995).»
En 1998, le bureau international du Travail définit la violence au travail par le statut des victimes et le contexte dans lequel se déroule l’agression à savoir tout incident au cours duquel des personnes sont victimes de comportements abusifs, de menaces ou d’agressions physiques dans des circonstances liées à leur travail (y compris sur le trajet entre leur domicile et le lieu de travail) et impliquant une remise en cause  implicite de leur sécurité, de leur bien être ou de leur santé.
Pour le législateur, la violence à l’hôpital entre dans le registre des « accidents du travail » : « Est considéré comme accident du travail, qu’elle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d’entreprise. » (Code de la sécurité sociale L411-1).
Une approche que complète la consultation interdisciplinaire de médecine et de prévention de la violence du CHU de Besançon qui précise que cette violence peut être tournée contre soi-même : « L’usage intentionnel ou menace de la force physique ou du pouvoir contre soi-même, une autre personne ou une communauté entraînant ou risquant fortement d’entraîner des conséquences négatives sur la santé physique, mentale ou sociale de celui ou celle qui en est victime. » Cette définition tient compte du risque psycho-social qui doit être pris en considération au même titre que le dommage corporel.

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