Maladies rares : les équipes stéphanoises à l’honneur au congrès de CMT-France du 24 mars

Les maladies de Charcot-Marie-Tooth (CMT) (1) sont les plus fréquentes maladies neurologiques héréditaires. En France, environ 30 000 personnes en sont atteintes. Lors du vingt-huitième Congrès de l'association CMT-France qui se déroulera le 24 mars 2018 à Saint-Etienne, 7 médecins du CHU interviendront. Les équipes du Pr Jean-Christophe Antoine, neurologue et coordonnateur du Centre de Référence Maladies Neuromusculaires Rares au CHU de Saint-Etienne, seront particulièrement sollicitées pour répondre aux questions des patients et de leurs proches. Réseau CHU est allé à sa rencontre.
Les maladies de Charcot-Marie-Tooth (CMT) (1) sont les plus fréquentes maladies neurologiques héréditaires. En France, environ 30 000 personnes en sont atteintes. Lors du vingt-huitième Congrès de l’association CMT-France qui se déroulera le 24 mars 2018 à Saint-Etienne, 7 médecins du CHU interviendront. Les équipes du Pr Jean-Christophe Antoine, neurologue et coordonnateur du Centre de Référence Maladies Neuromusculaires Rares au CHU de Saint-Etienne, seront particulièrement sollicitées pour répondre aux questions des patients et de leurs proches. Réseau CHU est allé à sa rencontre. 

Quels sont les sujets d’actualité majeurs dans la maladie de Charcot-Marie-Tooth ?
Pr Jean-Christophe Antoine
Pr Jean-Christophe Antoine : J’en évoquerai trois. En premier lieu, face à des maladies rares, il est indispensable de collecter des données auprès d’un maximum de patients pour mieux connaître les formes cliniques ainsi que l’évolution de la maladie. La Société francophone du nerf périphérique vient d’ailleurs de développer un projet de bases de données pour les neuropathies périphériques dont je suis le coordonnateur. Nous espérons que cette base, aujourd’hui installée dans trois CHU, dont l’un en Suisse (2), sera diffusée à l’ensemble des centres de référence maladies neuromusculaires et centres hospitaliers universitaires en 2018.
Pr Jean-Christophe Antoine © CHU de Saint-Etienne
Le deuxième sujet sur lequel j’interviendrai au Congrès CMT-France concerne les essais thérapeutiques. Là encore, nous avons besoin d’un maximum d’informations : Quels sont les patients qui remplissent les critères de sélection ? Combien sont-ils ? Où se trouvent-ils ? Si près de 70% des patients présentent une seule et même mutation génétique, impliquée dans la CMT 1 A, n’oublions pas que plus de 70 autres gènes ont été identifiés dans d’autres formes de la maladie. Il est donc illusoire de rechercher un traitement unique.
Je traiterai enfin du séquençage à haut débit car disposer d’un diagnostic génétique dès que l’on sort des formes les plus fréquentes de la maladie reste compliqué. Le séquençage à haut débit nous permet de tester dès maintenant les 70 gènes connus et en cas de résultats infructueux, de recourir au Whole Exome Sequencing ou au Whole Genome Sequencing pour identifier de nouveaux gènes.
Mais si ces techniques sont très prometteuses, l’interprétation demeure extrêmement complexe. Sur un panel de 70 gènes, nous sommes confrontés à la mise en évidence pour une personne donnée de nombreux variants de ces gènes dont nous ne savons pas toujours s’ils sont ou non pathogènes. Différentes méthodes ont toutefois été proposées, comme les modèles informatifs appelés « in silico » pour évaluer le retentissement de la mutation selon l’endroit où celle-ci se trouve. Il est souvent nécessaire de tester plusieurs personnes d’une même famille pour progresser mais malgré tout on ne peut parfois pas donner de réponse définitive, ce qui peut être extrêmement frustrant pour les patients et leur famille.
Les Prs Léonard Feasson (3) Vincent Gautheron (4), les Drs Lhassan El Mhandi (5) Bérénice Zagorda (6) et Prune Payre (7) interviendront à vos côtés. L’expertise du CHU de Saint-Etienne dans le champ des maladies rares est-elle ancienne ?
Pr Jean-Christophe Antoine : C’est le fait d’être centre de référence maladies neuromusculaires qui explique cette expertise. Nos équipes de rééducateurs et de physiologistes sont par ailleurs très investies pour démontrer l’intérêt de la rééducation par l’exercice dans les maladies neuromusculaires. Il n’y a pas si longtemps, il était conseillé aux patients « ayant des nerfs malades » d’éviter les efforts afin de ne pas aggraver leurs problèmes. Or c’est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire ! Conserver une activité physique et pratiquer l’exercice sont conseillés à la condition bien sûr d’être médicalement encadrés. Nos équipes ont donc conduit des essais pour mesurer cet intérêt dans différentes maladies neuromusculaires, dont la maladie de Charcot-Marie-Tooth.
Quel est aujourd’hui votre objectif prioritaire : accélérer la recherche ? Renforcer les moyens diagnostiques ? Travailler sur l’accompagnement des patients ?
L’idéal serait de trouver des médicaments susceptibles de stabiliser l’état des patients. Mais l’une des difficultés que nous rencontrons dans la maladie de Charcot-Marie-Tooth tient au fait que les essais cliniques sont menés chez des adultes, dont les nerfs sont malades depuis longtemps. Réussir à prouver que des médicaments vont être efficaces nécessiterait de réaliser des essais chez des patients présentant peu de symptômes, ce qui est compliqué sur un plan éthique. Nous testons donc des traitements sur des stades plus avancés de la maladie tout en ayant conscience que nous risquons de perdre de la sensibilité aux résultats.
Hélène Delmotte
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1 – Elles doivent leur nom aux trois médecins qui l’ont décrite en 1886 : deux français, Charcot et Marie et un anglais, Tooth
2 – CHU de Saint-Etienne, Créteil et Lausanne 
3 – PU-PH Physiologie – Myologie
4 – PU-PH MPR Pédiatrique
5 – Attaché de Recherche
6 – Chef de Clinique MPR Enfants & Adultes
7 – Psychologue Clinicienne en Médecine Physique et de Réadaptation.

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