Octobre 2017 : prix Nobel, 1ères mondiales, plan « égal accès aux soins », PLFSS, Lévothyrox

Les questions de santé ont largement occupé l'actualité de ce mois d'octobre : Prix Nobel, deux 1ères mondiales en CHU, le plan de lutte du gouvernement contre les déserts médicaux, les débats autour du PLFSS et encore la crise du Lévothyrox
Les questions de santé ont largement occupé l’actualité de ce mois d’octobre : Prix Nobel, deux 1ères mondiales en CHU, le plan de lutte du gouvernement contre les déserts médicaux, les débats autour du PLFSS et encore la crise du Lévothyrox 

Les progrès de la médecine,  trois américains pour un Nobel et deux premières mondiales pour les CHU de France

L’actualité santé du mois d’octobre 2017 débute avec l’attribution du Nobel de médecine à 3 chercheurs américains, Jeffrey C. Hall, 72 ans, Michael Rosbash, 73 ans, et Michael W. Young, 68 ans, "pour leurs découvertes des mécanismes moléculaires qui règlent le rythme circadien". Ils ont servi l’humanité en révélant la synchronisation de l’horloge moléculaire interne des plantes, des animaux et des humains qui est d’environ 24 heures en phase avec les durées de jour et de nuit. C’est depuis l’hypothalamus, au centre du cerveau que l’horloge biologique rythme notamment le cycle veille-sommeil. Cette régulation interne est le fait d’un gène dont les chercheurs ont décodé la structure. Cette avancée a permis de mieux comprendre les troubles du sommeil, de l’humeur… altérations relevant de la chronobiologie ou étude des rythmes biologiques

En octobre, la chirurgie fait deux pas de géant à Amiens et à Lille

Prouesse à Amiens où un enfant de 6 ans souffrant d’une scoliose aggravée est opéré à l’aide du robot Rosa et d’une préparation de l’équipe par simulation sur impression 3D du patient. 
Avancée également à Lille où un traitement laser unique des tumeurs au cerveau permet de minimiser le risque chirurgical et celui de récidive

Plan de lutte contre les déserts médicaux

Se retrouver loin de toute assistance médicale et soignante est une inquiétude majeure pour un nombre grandissant de Français. Préoccupation entendue par le gouvernement qui a lancé le 13 octobre 2017 un plan en 4 mesures par la voix de son premier ministre, Édouard Philippe. L’objectif est de garantir à tous un égal accès aux soins, de permettre aux Français d’obtenir rapidement un rendez-vous avec un médecin traitant, d’accéder à des soins médicaux spécialisés dans un délai approprié. 
1. renforcer la présence médicale dans les zones en tension par une aide à l’installation et à l’exercice des médecins. L’octroi de 50 000 euros sur trois ans doit inciter l’installation d’un médecin dans ces zones en tension. Le plan prévoit aussi le cumul facilité de l’emploi/retraite des médecins libéraux et le développement des consultations avancées. Quant aux jeunes médecins, ils sont aussi concernés avec la création de 300 postes d’assistants partagés entre la ville et l’hôpital et ce dès 2018. Le contrat de médecin-adjoint sera étendu en zone sous-dense. Les stages ambulatoires vont être renforcés avec la création de 500 nouveaux lieux de stages en ville, dont 350 en médecine générale.
Le premier ministre reconnaît aussi le rôle essentiel des infirmiers. «Le dispositif expérimental Asalee, qui permet à des infirmiers libéraux de suivre, en partenariat avec des généralistes, des malades chroniques, sera pérennisé». reprend Libération du 13 octobre
2. La révolution numérique en marche
La télémédecine sera généralisée avec une tarification adaptée inscrite au PLFSS 2018 pour ce qui concerne la télé-consultation et la télé-expertise. L’aide à l’équipement des structures de soin permettra l’émergence de territoires digitaux
3. Le développement des maisons de santé pluri-professionnelles. 910 aujourd’hui, elles seront deux fois plus nombreuses d’ici cinq ans pour un coût estimé à 400 millions d’euros
4. L’implication des acteurs des territoires "les professionnels de santé, les usagers, les institutions et les élus" dans la co-construction des projets. La porte est ouverte aux expérimentations d’organisations qui seront évaluées par un comité de suivi national, présidé par Agnès Buzyn. 
Premières réactions 
Les élus ont déploré un plan qui privilégie les incitations financières. Dispositif qui  à déjà été éprouvé. Les édiles déplorent l’absence de coercition dans l’installation des médecins libéraux. La Croix du 13 octobre souligne aussi l’absence de mesures contraignantes "alors qu’un nombre croissant d’élus locaux, de droite comme de gauche, les réclament, le gouvernement s’est donc refusé à toucher à la liberté d’installation des médecins".
Jean-Paul Orthiz, président de la CSMF, premier syndicat de médecins regrette dans le Parisien du 14 octobre que "tout soit centré sur les maisons de santé" 
Caractériser le désert médical   
"Un désert médical est un territoire habité par une population qui peine à accéder aux soins médicaux comparativement à la moyenne nationale" écrit France Assos Santé. En France (métropole et DOM), la densité médicale s’établit à 330,7 médecins en activité pour 100 000 habitants Or cette moyenne cache des "interstices", des territoires très mal lotis ou dépourvus d’offre de soins de proximité. Et ces derniers ont une fâcheuse tendance à miter les cartes de l’hexagone comme le démontre régulièrement le géographe Emmanuel Vigneron. 148 cantons ne disposent pas de médecin généraliste, 244 n’ont pas de kiné 581 pas de dentiste. La Creuse, l’Indre, la Nièvre déjà déficitaires perdent chaque année un peu plus de médecins.
Au ministère, les communes à faible densité médicale se repèrent en prenant pour base "le nombre moyen de consultations auxquelles les habitants peuvent avoir accès à moins de 20 minutes de chez eux, compte tenu de la densité de médecins et des besoins de soins des habitants dans leurs communes et dans les communes avoisinantes". D’après ce calcul 8,1% de la population française fait face à une situation de faible accessibilité. La DREES établit ainsi que 5,3 millions d’habitants de 9 000 communes sont en-deçà du seuil de 2,5 consultations par habitant et par an* (*Source: DREES (Direction de la recherche,de l’évaluation et des statistiques). «Si on y ajoute la proportion des médecins de plus de 65 ans qui vont probablement cesser leur activité, c’est 12,4% de la population qui fait face à une situation de faible accessibilité actuelle ou prévisible» ajoute La Gazette des communes du 16 octobre 
Et toujours moins de médecins en activité
Selon le Conseil de l’Ordre, au 1er janvier 2017, 290 974 médecins sont inscrits au tableau de l’ordre mais la proportion des professionnels en activité diminue régulièrement de 10 points depuis 2007 pour atteindre 68% en 2017, soit 197 859 médecins.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018

Présenté en conseil des ministres le 11 octobre et examiné en Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale à partir du 17 octobre, le budget de la Sécu a réservé quelques surprises.
Parmi les mesures emblématiques, la suppression du RSI, le régime de protection sociale des indépendants, la suppression des cotisastions maladie et chômage sur les salaires, les 11 vaccins obligatoires, l’augmention de 1,7 point de la CSG et doit générer plus de 20Mds€ selon le Parisien. 2,5 millions de retraités sont mis à contribution insiste le Figaro.
Le texte prévoit aussi de moduler la "taxe soda" en fonction du taux de sucre, et une augmentation progressive du prix du paquet de cigarette qui atteindra la barre des 10 euros en 2020
Le tiers payant ne sera pas généralisé mais progressivement intégral, sur la base d’une concertation ; un rapport remis avant le 31 mars 2018 devrait définir un calendrier opérationnel a résumé l’afp dans une dépêche.
Le PLFSS doit être discuté et voté par le Parlement avant la fin de l’année.
A suivre donc….

L’affaire du Levothyrox devient un scandale sanitaire

L’actualité a classé le Levothyrox prescrit en France à 3 millions de personnes souffrant de troubles de la thyroïde dans le dossier brûlant des scandales sanitaires selon RTL. Au cœur de l’affaire, les effets secondaires liés à la nouvelle formule mise au point par le laboratoire Mercks, à la demande de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Un changement motivé par la volonté d’améliorer la stabilité du produit
Peut-être plus stable, la nouvelle version est surtout moins bien tolérée par un certain nombre de patients, provoquant des effets secondaires alarmants : fatigues, maux de tête, insomnies, vertiges, douleurs articulaires et musculaires et chutes de cheveux … Les malades se sont inquiétés. Ils ont interrogé les médecins, se sont confiés sur les réseaux sociaux et n’ont pas reçu de la part des autorités l’écoute qu’ils étaient en droit d’attendre. Le mécontentement a pris de l’ampleur. Une pétition contre le nouveau Levothyrox recueillait des milliers de soutiens en quelques semaines. Mi-octobre les compteurs affichaient plus de 300 000 signatures 
Dans le même temps se multipliaient les déclarations d’effets inhabituels, 15 000 sur la période allant de fin mars au 15 septembre 2017 selon l’ANSM. L’ANSM a diligenté une enquête de pharmaco vigilance. Les résultats, présentés le 11 octobre par l’ANSM reconnaissent une «modification de l’équilibre hormonal qui nécessite un réajustement du dosage». Certes, le déséquilibre thyroïdien est en lien avec le changement de traitement – mais «aucun effet indésirable d’un type nouveau, qui serait spécifique de la seule nouvelle formule, n’a été retrouvé» Et l’agence de pondérer « ces 15 000 signalements représentent 0,6 % des 2,6 millions de patients traités par Levothyrox nouvelle formule. 
Alors pourquoi l’affaire fait-elle scandale ?
D’abord par l’importance de la population potentiellement concernée. Ensuite par les dysfonctionnements multiples dénoncés tout au long de ces derniers mois : le déficit de communication de l’ANSM et la posture des autorités qui ont avant tout cherché à tempérer, le manque d’écoute des patients en souffrance – ainsi, la thèse de l’effet psychologique nocebo a été privilégié discréditant la parole des malades, tandis que leurs alertes se multipliaient sur les réseaux sociaux avec en point d’orgue le cri d’alarme de l’actrice Anny Duperey… Ajoutées à cela, des instances qui se contredisent à quelques jours d’intervalle. Après avoir refusé le retour à l’ancienne formule le 9 septembre, la ministre de la Santé donne son accord le 15 septembre pour la livraison de 130 000 boîtes de ce médicament sous le nom d’Euthyrox. Ces changements brutaux de cap ont aggravé la cacophonie ambiante. Crise étonnante donc que celle du Levothyrox. Il n’y a pas eu volonté de nuire mais mise à jour des failles d’un système qui malgré tout reste opaque. Aujourd’hui la justice est saisie. Le 17 octobre, l’AFP annonçait le dépôt de 365 plaintes. Et les quotidiens relayaient la perquisition des laboratoires Merck et de l’Agence nationale de sécurité du médicament.
Parallèlement, des patients experts tentent de comprendre si le système d’autorisation n’a pas failli quelque part. Ils remettent aussi en cause les tests de bioéquivalence. «Sont-ils pertinents quand ils ne sont conduits que sur des sujets sains peu sensibles aux variations mineures, alors que la Food and Drug Administration recommande d’inclure les personnes malades dans les cohortes ? » interroge Béate Bartes, présidente de l’association «Vivre sans Thyroïde» dans une tribune publiée par le Monde du 10 octobre. D’autres questions restent sans réponse: pourquoi avoir commandé une nouvelle formule plutôt que de faire venir d’autres médicaments produits par d’autres laboratoires, afin de mettre fin au monopole du Levothyrox en France (situation qui avait déjà montré ses limites au moment de la pénurie de 2013)? Et  pourquoi ce changement intervient-il maintenant, à moins de deux ans de l’expiration du brevet de l’ancienne formule? Alors que les réunions de l’ANSM avec les associations de patients se succèdent, ne serait-il pas opportun de revoir les modes de concertation avec les patients et de les associer plus étroitement en amont des décisions ? 
Dernièrement, alors qu’il s’y était opposé, le ministère avisait de la prochaine disponibilité sur le marché de 5 alternatives au Levothyrox à partir de la mi-novembre. « Pas simple surtout quand on sait que pour un traitement aussi difficile à équilibrer, la recommandation est de conserver, si possible, toujours le même médicament !» prévient le Pr Bernard Bégaud (Inserm Bordeaux) dans une tribune publiée sur Sud Ouest le 16 octobre.
Marie-Georges Fayn

Sources 

Prix Nobel 
https://www.nobelprize.org/
Le prix Nobel de médecine attribué à trois spécialistes de « l’horloge biologique » href= »http://www.lemonde.fr/prix-nobel/article/2017/10/02/le-prix-nobel-de-medecine-est-attribue-aux-americains-hall-rosbash-et-young_5194852_1772031.html#at3W1qicDEb0pCzP.99″ target= »_blank »
Et le prix Nobel de médecine 2017 pour… la découverte des mécanismes moléculaires contrôlant le rythme circadien
https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2017/10/02/et-le-prix-nobel-de-medecine-2017-pour-la-decouverte-des-mecanismes-moleculaires-controlant-le-rythme-circadien_850914
Premières mondiales en chirurgie
Les 119 premières mondiales réalisées par les CHU de France
https://www.reseau-chu.org/mieux-connaitre-les-chu/1eres-medicales-mondiales/
Déserts médicaux

Déserts médicaux : maisons de santé et télémédecine au programme du nouveau plan de lutte  http://www.lagazettedescommunes.com/529439/deserts-medicaux-maisons-de-sante-et-telemedecine-au-programme-du-nouveau-plan-de-lutte/
Déserts médicaux, un plna qui privilégie de nouveau les incitations
http://www.courrierdesmaires.fr/71519/deserts-medicaux-un-plan-qui-privilegie-de-nouveau-les-incitations/
Plan anti déserts médicaux : tout est centré sur les maisons de santé
http://www.leparisien.fr/economie/plan-anti-deserts-medicaux-tout-est-centre-sur-les-maisons-de-sante-14-10-2017-7330383.php
Un plan d’ampleur modeste contre les déserts médicaux
https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sante/plan-dampleur-modeste-contre-deserts-medicaux-2017-10-13-1200884032
Déserts médicaux: le gouvernement privilégie le pragmatisme aux mesures choc
http://www.liberation.fr/france/2017/10/13/deserts-medicaux-le-gouvernement-privilegie-le-pragmatisme-aux-mesures-choc_1602847
Ordre National des médecins ATLAS DE LA DÉMOGRAPHIE MÉDICALE
PROFILS COMPARÉS – FRAGILITÉS TERRITORIALES CUMULÉES
https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/diaporama_atlas_2017.pdf
http://www.leciss.org/espace-presse/actualit%C3%A9s/deserts-medicaux-vers-un-encadrement-de-l-installation 
PLFSS
Généralisation du tiers payant obligatoire supprimée
https://actu.orange.fr/france/generalisation-du-tiers-payant-obligation-supprimee-via-le-plfss-CNT000000QXLoA.html 
Les députés votent la hausse de la csg censée rapporter 20 milliards d’euros
http://www.leparisien.fr/politique/les-deputes-votent-la-hausse-de-la-csg-censee-rapporter-20-milliards-d-euros-17-10-2017-7338399.php
Levothyrox 
Levothyrox : le point sur le scandale sanitaire
http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/levothyrox-le-point-sur-le-scandale-sanitaire-7790585030
Le président du Conseil national de l’ordre des médecins déplore que l’ANSM ne l’ait pas alerté href= »http://www.leparisien.fr/societe/le-president-du-conseil-de-l-ordre-des-medecins-critique-l-ansm-sur-le-cytotec-et-le-levothyrox-19-10-2017-7342545.php.  » target= »_blank »
Nouvelle formule du Levothyrox: Anny Duperey lance un "cri d’alarme" href= »http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/nouvelle-formule-du-levothyrox-anny-duperey-lance-un-cri-d-alarme_1940860.html » target= »_blank »

 

                                                      Relay H, un réseau très hospitalier

Commentaires

Il n’y a pas encore de commentaire pour cet article.

Sur le même sujet

Au chevet des brûlés

Il y a quinze jours, nous mettions en ligne notre reportage vidéo tourné au centre de traitement des brûlés du CHU de Nantes, l’un des huit en France à prendre en charge les adultes comme les enfants. Dans ce service, une dizaine de métiers et d’expertises se mêlent au quotidien. Nous associons aujourd’hui les mots à l’image pour mieux rendre compte de ce qu’implique le soin de la brûlure, une pathologie répandue (400 000 personnes touchées tous les ans), complexe dans sa prise en charge, violente pour les corps et les esprits. Reportage.

Arrêt cardiaque : être préparé pour sauver demain

Dans les locaux du SAMU 44 (CHU de Nantes), le Centre d’Enseignement aux Soins d’Urgences (CESU) forme les professionnels de santé aux gestes et soins d’urgence. Il y a quelques semaines, nous avons suivi une matinée intense de formation à destination d’étudiants en troisième année de médecine, centrée sur l’arrêt cardiaque. Reportage.

Renaissance des urgences de Jeanne de Flandre

Le CHU de Lille inaugure ce mois-ci ses nouvelles urgences gynécologiques et obstétricales, situées au sein de l’Hôpital Mère-Enfant Jeanne de Flandre. Au-delà de la rénovation du service, c’est l’ensemble de la prise en charge des patientes qui a été rebâtie. Un atout de plus à destination de la femme, du nouveau-né ou de l’enfant.